Vitamine B9 : c’est avant la grossesse que c’est important !

Une carence en acide folique (B9) peut avoir des conséquences lourdes sur le fœtus : malformations mais aussi handicaps très lourds, dont le spina bifida. Pour prévenir les anomalies de fermeture du tube neural (AFTN), il faut impérativement prendre une supplémentation en acide folique au minimum un mois avant de concevoir bébé et si possible trois mois avant.

Dans certains pays (USA, Canada…), les farines sont enrichies en vitamine B9 afin d’éviter la carence dans la population féminine en âge de procréer. Ainsi, on se supplémente sans même le savoir. Et apparemment ce ne serait pas un mal ! « Aujourd’hui, le nombre de femmes en âge de procréer qui se supplémente avant la conception est très anecdotique », regrette le Pr Michel Zerah, neurochirurgien qui a opéré en 2014 pour la première fois en France un fœtus atteint de spina bidifa. « La carence en vitamine B9 est à l’origine de cette pathologie qui provoque de très lourds handicaps et, a mini, des malformations du type fente palatine », explique-t-il. C’est pendant les premières semaines de conception que se joue l’essentiel de la prévention. Pour le spina bifida, avant le 28e jour de conception, quand s’effectue la fermeture du tube neural. Se supplémenter dès qu’on se sait enceinte, c’est évidemment trop tard, puisque le fœtus a déjà 15 jours et ce n’est pas en 13 jours que les effets de la carence vont pouvoir être neutralisés.

Quelles conséquences si on est carencée en B9 ?

En cas de carence, la fermeture du tube neural (qui contient la moelle épinière et qui va permettre la formation et la croissance du cerveau) se fait mal ou pas du tout, et de ce niveau de non-fermeture dépendra l’importance des atteintes sur le fœtus.

Ces anomalies graves sont révélées lors de la seconde échographie, dite morphologique. « Dans 90% des cas, les couples choisissent une interruption médicale de grossesse, mais pour les 10% qui ne s’y résignent pas pour différentes raisons, notamment religieuses, ce qui est tout à fait respectable, la situation est difficile car l’enfant va naître avec des handicaps parfois lourds », souligne le neurochirurgien.

Aujourd’hui, il est possible d’opérer ces anomalies de fermeture du tube neural pendant la grossesse. « Mais il ne faut pas se leurrer, l’opération telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui ne guérit pas, simplement elle améliore d’un grade le niveau de handicap », conclut le neurochirurgien pour qui la solution consiste en une meilleure prévention : « Il faut impérativement que la femme en désir d’enfant prenne une supplémentation en vitamine B9 pendant plusieurs semaines avant la conception, idéalement pendant trois mois avant de concevoir le bébé ».

Comment se supplémenter ?

Vendue en pharmacie sans ordonnance, cette supplémentation peut prendre différentes formes : cocktail de vitamines prénatales (jusqu’à 19 vitamines, minéraux et oligo-éléments) ou juste quatre apports (fer, iode, B9, vitamine D). Le dosage en vitamine B9 (acide folique) doit représenter 400 ug, un dosage qui peut aller jusqu’à 500 ug pour les femmes épileptiques ou présentant des antécédents d’AFTN.

La supplémentation en acide folique doit débuter plusieurs semaines avant la conception et se poursuivre au moins jusqu’au quatrième mois mais rien n’interdit de la poursuivre jusqu’au terme de la grossesse, ce que conseille la plupart des médecins.

Vers une évolution de la réglementation ?

Si quelques pays ont validé la supplémentation en B9 dans les farines et les céréales, ce n’est pas le cas en France. On ajoute de la vitamine D dans les produits laitiers et dans certaines céréales, parfois de la vitamine C dans des jus de fruits, mais la vitamine B9 reste la grande oubliée. Une étude européenne va-t-elle faire changer la donne ? En effet, l’équipe de l’unité INSERM 1153 Centre de recherche épidémiologie et statistique Sorbonne Paris cité a analysé les données de 11 000 cas d’anomalies de fermeture du tube neural. Les registres EUROCAT dont les chercheurs ont extrait ces éléments couvraient environ 12,5 millions de naissances dans 19 pays entre 1991 et 2011.


Les résultats semblent aller dans le sens d’une recommandation de l’enrichissement de l’alimentation de base en vitamine B9 puisque « les recommandations en supplémentation volontaire (par prise volontaire de vitamines prénatales) n’ont pas permis de faire baisser le taux de prévalence des anomalies de fermeture du tube neural ».

De fait, le nombre d’AFTN a baissé de manière drastique dans les pays ayant réglementé la supplémentation automatique par l’enrichissement de l’alimentation de base.

En France, 5 000 fœtus sont encore touchés par cette pathologie chaque année. La plupart n’arriveront pas à terme, les parents choisissant l’IMG mais environ 8 à 10% naîtront avec de lourds handicaps (retard mental, paralysie, incontinence urinaire et fécale…). « La supplémentation n’évite pas tous les risques d’anomalies mais les diminue fortement », précise le Dr Thierry Harvey, gynécologue-obstétricien, chef de service de la maternité des Diaconesses de Reuilly (Paris), qui se positionne clairement en faveur d’un enrichissement en vitamine B9 de l’alimentation de base. D’autant que les différentes études menées n’ont pas montré d’effets indésirables suite à une supplémentation systématique.

A suivre donc, et en attendant, n’oubliez pas, si vous projetez de faire un bébé, de prendre une supplémentation dès maintenant.

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