Découverte il y a 50 ans, une molécule pourrait réduire les décès par hémorragie post-partum

L’hémorragie de la délivrance représente un quart des décès maternels dans le monde, la plupart d’entre eux ayant lieu dans les pays à faibles revenus. Actuellement l’hémorragie post-partum est soignée par des injections d’ocytocine (hormone qui accélère la fréquence des contractions), par massage utérin et dans les cas plus graves, par transfusion sanguine quand la perte est trop importante. L’acide tranéxamique est un médicament capable d’empêcher ou de réduire les hémorragies, mais celui-ci n’est utilisé qu’en cas de persistance de l’hémorragie. Cependant, une nouvelle étude de grande ampleur publiée dans la revue médicale The Lancet vient de montrer que l’administration d’acide tranéxamique dès l’apparition des saignements pourrait permettre de réduire la mortalité maternelle d’un tiers.

Qu’est-ce que l’hémorragie de la délivrance ?

Après la naissance du bébé, l’accouchement n’est pas terminé puisqu’il faut encore expulser le placenta et le cordon ombilical. Cette étape appelée la délivrance a lieu 10 à 30 minutes après la naissance. Sous l’effet des contractions utérines le placenta va alors se décoller puis être expulsé. Cette étape provoque des pertes de sang car tous les vaisseaux utéro-placentaires qui nourrissaient le placenta saignent. Mais lorsque l’utérus se contracte il resserre les vaisseaux et les saignements finissent par diminuer. L’hémorragie survient quand les pertes de sang à cette étape deviennent trop importantes, c’est-à-dire supérieures à 500 ml de sang.

Ces hémorragies imprévisibles sont le plus souvent provoquées par l’atonie utérine. Il s’agit d’une situation où l’utérus ne se contracte pas correctement ce qui engendre des saignements car les petits vaisseaux restent ouverts. Certains facteurs peuvent favoriser cette atonie en étirant l’utérus comme une grossesse gémellaire, un gros bébé, ou encore un excès de liquide amniotique. La rétention placentaire est aussi une cause récurrente d’hémorragie,  un fragment de placenta reste dans l’utérus ce qui l’empêche donc de se contracter efficacement. Plus rarement, les saignements peuvent provenir d’une déchirure du vagin ou du col de l’utérus.

Qu’est-ce que l’acide tranéxamique ?

L’acide tranéxamique est une molécule découverte dans les années 50 par un couple de chercheurs japonais Shosuke et Utako Okamoto. Il agit en bloquant la fibrinolyse, un processus de dissolution de la fibrine (une protéine qui provoque des caillots sanguins). Il est utilisé actuellement pour contrôler les hémorragies gingivales en cas d’extraction dentaire, dans le traitement des thromboses et pour soigner l’hyperménorrhée (règles trop abondantes)

Comment s’est déroulée l’étude scientifique sur l’acide tranéxamique ?

Entre 2010 et 2016, 20 000 femmes ayant accouché dans 193 hôpitaux de 21 pays différents ont participé à l’étude. Cette étude a eu lieu principalement en Afrique et en Asie. Toutes ces femmes ont été victimes d’une hémorragie de la délivrance après avoir donné naissance par voie basse ou par césarienne. Une fois l’hémorragie diagnostiquée, elles ont été réparties au hasard pour recevoir soit 1 gramme d’acide tranéxamique par voie intraveineuse, soit un placebo (substance sans effet pharmacologique), en plus des soins habituellement prodigués.

De cette étude, les médecins ont tiré deux conclusions :


  • Les femmes traitées avec l’acide tranéxamique ont vu leurs saignements diminuer par rapport à celles qui ont reçu le placebo.
  • La mortalité maternelle a chuté, 155 femmes sont décédées à cause de l’hémorragie sur les 10 000 femmes ayant reçu de l’acide tranéxamique (1,5 %) contre 191 femmes sur 9 985 dans le groupe ayant reçu le placebo (1,9 %).

A noter que si le médicament est administré dans les 3 heures suivant le saignement, il semble réduire les décès chez un tiers des patientes : 89 décès chez les femmes traitées contre 127 chez les autres. Cela dit, si le médicament est administré dans un délai supérieur à 3 heures après le début de l’hémorragie, le médicament ne semble plus faire effet : 66 femmes ayant reçu de l’acide tranéxamique 3 heures après les premiers saignements ont perdu la vie, contre 63 femmes pour le placebo. Les interventions chirurgicales pour neutraliser les saignements ont également été moins nombreuses dans le groupe ayant reçu de l’acide tranéxamique que dans le groupe placebo respectivement 0,8 % contre 1,3 %.

Quelle conclusion tirer de cette étude scientifique sur l’acide tranéxamique ?

« Nos résultats suggèrent que, si l’acide tranéxamique est utilisé dans le traitement de l’hémorragie du post-partum, il devrait être donné dès le début des saignements, en même temps que l’ocytocine », écrivent les auteurs de l’étude. « Cependant dans les pays pauvres, beaucoup de décès dus à une hémorragie du post-partum surviennent à domicile ou dans des lieux où l’injection par voie intraveineuse n’est pas possible. C’est pour cela que le mode d’action de l’acide tranéxamique par d’autres voies doit encore être évalué », soulignent les chercheurs.

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