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ZĂ©ro alcool pendant la grossesse, une rĂšgle de prudence !

Chaque annĂ©e, en France, 7000 enfants naissent fragilisĂ©s Ă  des degrĂ©s divers par les effets de l’alcool sur la gestation. PĂ©diatre et prĂ©sident de SAF France, une association de sensibilisation au syndrome d’alcoolisation fƓtale (SAF), le Dr Denis Lamblin nous explique son action pour prĂ©venir les troubles causĂ©s par l’alcool pendant la grossesse.

Neuf ans aprĂšs l’obligation du picto ZĂ©ro alcool pendant la grossesse sur les bouteilles, oĂč en est-on ?

En France, la consommation d’alcool pendant la grossesse reprĂ©sente la premiĂšre cause de handicap mental, d’origine non gĂ©nĂ©tique, chez l’enfant ! Chaque annĂ©e en France 7 000 enfants naissent fragilisĂ©s par les effets de l’alcool sur la gestation, soit 1 % des naissances et 700 sont atteints de la forme grave, le syndrome d’alcoolisation fƓtale (SAF) qui gĂ©nĂšre un retard de croissance, des malformations et surtout une atteinte cĂ©rĂ©brale.

Un discours de tolĂ©rance zĂ©ro n’est-il pas contre-productif ?

Il n’y a pas de seuil de consommation d’alcool sans danger pour les femmes enceintes ou en projet d’enfant. L’alcool est une molĂ©cule tĂ©ratogĂšne, c’est-Ă -dire qu’elle peut provoquer des malformations sur un organe en formation, au mĂȘme titre que d’autres molĂ©cules, comme la thalidomide prescrite dans les annĂ©es 50-60 pour lutter contre les nausĂ©es gravidiques puis interdite dans ce cadre une fois ses effets tĂ©ratogĂšnes constatĂ©s. Il ne viendrait pas Ă  l’idĂ©e d’une femme enceinte de prendre ne serait-ce qu’un quart de comprimĂ© de thalidomide, ou encore, pour faire Ă©cho Ă  une polĂ©mique plus rĂ©cente, de valproate de sodium (DĂ©pakine) en cas d’épilepsie. Il faut rĂ©aliser que l’alcool est tĂ©ratogĂšne comme ces mĂ©dicaments. Les cellules de lÂŽembryon se diffĂ©rencient progressivement entre la troisiĂšme et la huitiĂšme semaine de gestation pour former les organes. CÂŽest au cours de cette pĂ©riode que lÂŽon constate des malformations des organes et de la « charpente » du fƓtus. Mais cela ne veut pas dire qu’aprĂšs le troisiĂšme mois il n’y a plus de risque. Le cerveau par exemple est en formation continue pendant toute la grossesse (et bien aprĂšs la naissance). Les Ă©tudes ont montrĂ© que des sĂ©quelles cĂ©rĂ©brales importantes peuvent exister avec des doses d’alcool beaucoup moins importantes que pour d’autres malformations.

Un verre Ă  l’occasion n’a pas forcĂ©ment pour consĂ©quence un SAF ?

Non, en effet, ce n’est pas une fatalitĂ© mais un risque rĂ©el. Certaines familles prĂ©sentent une susceptibilitĂ© gĂ©nĂ©tique Ă  l’éthanol plus importante que d’autres et cela peut varier aussi d’une grossesse Ă  l’autre chez la mĂȘme femme. Ce n’est pas Ă©crit Ă  l’avance et c’est pour cela qu’il faut ĂȘtre prudent et s’abstenir par principe de prĂ©caution. Quand on consomme de l’alcool, le foie produit des substances mĂ©taboliques, dont l’acĂ©taldĂ©hyde, pour attĂ©nuer la toxicitĂ© de l’éthanol. Mais ces substances sont tĂ©ratogĂšnes.

Quelles sont les séquelles les plus sérieuses ?

Elles sont essentiellement cĂ©rĂ©brales. On sait dĂ©sormais que le SAF est impliquĂ© dans des cas d’autisme. Ces sĂ©quelles varient en fonction de la consommation d’alcool et des autres addictions (tabac, drogues..), de la sensibilitĂ© gĂ©nĂ©tique, de la santĂ© physique et psychique de la maman, de l’hygiĂšne de vie de la famille. On a pu constater dans certains cas une rĂ©duction de la masse cĂ©rĂ©brale (microcĂ©phalie) et des malformations de certaines parties du cerveau, des modifications de lÂŽorganisation neuronale, la destruction de millions de cellules suite Ă  une alcoolisation aiguĂ« mĂȘme exceptionnelle, empĂȘchant ainsi la formation de certaines zones cĂ©rĂ©brales. Les Ă©tudes cliniques font Ă©tat de dysfonctionnements au niveau des neurotransmetteurs et de la destruction de liaisons permettant de coordonner le fonctionnement des diffĂ©rentes aires du cerveau.

Les formes moins sĂ©vĂšres du SAF entraĂźnent des difficultĂ©s d’apprentissage scolaire, des troubles du caractĂšre et du comportement, gĂ©nĂ©rateurs de conduite d’exclusion sociale. Plus largement on sait que 300 pathologies dĂ©coulent du SAF et peuvent toucher l’enfant tĂŽt ou tard dans sa vie.

SAF est nĂ©e de votre action Ă  La RĂ©union, un terrain plus favorable qu’un autre au SAF ?

Pas du tout ! La RĂ©union n’est pas forcĂ©ment la rĂ©gion de France la plus exposĂ©e. D’autres rĂ©gions mĂ©tropolitaines comme le Nord par exemple sont bien plus concernĂ©es. J’exerce Ă  La RĂ©union depuis 25 ans et j’ai pu initier une stratĂ©gie de dĂ©pistage et de suivi avec de nombreux professionnels.

DĂšs 1999, nous avons mis cette problĂ©matique au cƓur des prioritĂ©s de santĂ©. La RĂ©union a ainsi Ă©tĂ© la premiĂšre rĂ©gion Ă  s’en prĂ©occuper dans sa globalitĂ©.

En 2008, l’association SAF France a Ă©tĂ© crĂ©Ă©e pour permettre de mener des actions de prĂ©vention, d’accentuer la recherche autour du SAF, de sensibiliser les familles et d’accompagner les patients porteurs de TCAD (ndlr, troubles causĂ©s par l’alcoolisation fƓtale). La RĂ©union, une fois de plus s’inscrit en pionnier car l’Agence RĂ©gionale de SantĂ© OcĂ©an Indien vient de dĂ©cider la mise en place d’une plate-forme ressource pour la prĂ©vention des TCAF : une premiĂšre en France.

* PrĂ©sident de l’association SAF France

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