Comment booster mes réserves en iode dès le début de la grossesse ?

Une supplémentation en iode permettrait de doper les capacités intellectuelles de notre futur bébé. Or, selon l’étude SUVIMAX, 80% des Français seraient carencés en iode. Comment booster nos réserves d’iode dès le début de la grossesse ?  Le point avec le Dr Jean-Pierre Ruasse, nutritionniste*.

L’iode au stade fœtal, à quoi ça sert ?

D’où viennent les hormones thyroïdiennes ? De la thyroïde, évidemment ! Et quel est le carburant de la thyroïde ? L’iode. En cas de panne sèche ou de restriction drastique, la thyroïde ne peut pas fabriquer ses hormones ! Idem pour le fœtus dont le cerveau se développe grâce à la thyroïde. Dont les fonctions ne s’arrêtent pas en si bon chemin. En effet, les hormones thyroïdiennes régulent aussi la température du corps, le rythme cardiaque, le système nerveux, le tube digestif, l’appareil génital…

Durant les premiers mois de sa vie in utero, l’organisme du fœtus ne peut pas fabriquer spontanément ses hormones, donc ce sont celles de la future maman qui fonctionnent à plein tube ! Vers le 5e mois, le fœtus trouve une certaine autonomie, mais pour synthétiser ses hormones, il a toujours besoin de l’iode que sa maman lui fournit via le placenta.

Quand les hormones dissipent l’iode…

Pendant la grossesse, la thyroïde travaille à plein rendement ! L’iode n’est disponible que par notre alimentation et, comme forcément, pour l’instant le fœtus ne gère pas encore sa propre assiette, c’est la thyroïde de la future maman qui travaille pour deux. Et comme l’iode est son carburant, il faut réamorcer la pompe en permanence. Et puisque l’on parle de pompe… Enceinte, on élimine beaucoup plus que d’habitude. L’iode n’a pas la capacité de se raccrocher au bastingage et l’oligo-élément si nécessaire file avec nos urines dans les canalisations. De plus, comme le placenta en pompe une bonne partie, voilà la future maman en carence. Et donc… bébé aussi !

Comment dépister la carence en iode chez les femmes enceintes ?

Enceinte ou non, le premier symptôme d’un important déficit en iode est le goitre, cette grosseur à la base du cou. On en mesure la gravité à sa circonférence. Pour en venir à bout, il suffit d’augmenter les apports en iode et le goitre disparaît comme il est venu. En revanche, si on traite la carence par le mépris, on se retrouve vite en hypothyroïdie. Surtout si ce n’est pas notre première grossesse. Fatigue, irritabilité, insomnie, hypertension en sera le prix à payer à court terme, sans oublier un risque augmenté de fausse couche.

Quant au futur bébé, à moyen terme, il risque de souffrir des conséquences de la carence en iode de sa maman. Notamment sur le plan intellectuel. Car c’est son cerveau, organe qui connaît la croissance la plus rapide pendant le stade fœtal, est un gros consommateur d’hormones thyroïdiennes.

Que manger enceinte pour doper ses réserves ?

Pas besoin d’attendre l’apparition d’un goitre pour booster ses ressources en iode. En France, 80% de la population présente une légère carence en iode (enquête SUVIMAX, 2000). L’iode existant à l’état naturel dans les océans, forcément, on va en trouver des réserves importantes dans les aliments d’origine marine. Premiers sur la plus haute marche du podium, la morue, les crustacés et les mollusques (40 à 320 µg/100g) tout à fait consommables pendant la grossesse s’ils sont bien frais et bien cuits, suivis par les poissons (25 à 75 µg/100g) à consommer bien cuits, et les algues (20 à 50 mg/100g).


On trouve aussi de l’iode dans les produits issus du terroir tels que les œufs et les produits laitiers, mais en quantité infime. Malheureusement, les fruits et les légumes et les viandes sont les cancres de la catégorie, alors que ces aliments constituent souvent la base de l’alimentation de la future maman en France.

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Pour améliorer les réserves d’iode, on peut aussi choisir un sel de table iodé. A utiliser avec parcimonie car l’excès de sel est plutôt déconseillé pendant la grossesse (et après). Enfin, en lisant de près les étiquettes des produits manufacturés, on peut aussi recharger ses batteries : certains agents de texture (alginates, carraghénates) sont riches en iode. Mais bon, enceinte (et même après), si on peut éviter de manger des plats industriels et des produits transformés et plutôt faire l’effort de cuisiner des produits frais ou surgelés, c’est tout de même mieux, non ?

Gare au surdosage dans l’alimentation pendant la grossesse

Combler la carence est une chose, en faire trop en est une autre, surtout enceinte. Il faut savoir qu’une consommation trop importante d’iode, notamment via les algues séchées particulièrement riches en iode, pourrait provoquer  une hyperthyroïdie dont les conséquences seraient une perte de poids importante, des troubles du sommeil, de la nervosité et des problèmes dermatologiques. On y va donc mollo sur les algues. Une supplémentation en iode par un complément alimentaire est tout à fait envisageable pendant la grossesse. Mais pas d’automédication : seul le gynécologue ou la sage-femme sont à même de la prescrire.

*Auteur de L’alimentation de la femme enceinte et allaitante, éd. Ipredis.


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