Faut-il encore vacciner les bébés contre le rotavirus ?

Deux bébés seraient décédés entre 2012 et 2014 des suites d’une vaccination contre la gastro-entérite à rotavirus, selon un communiqué de l’Agence française du médicament. En cause, une invagination intestinale, effet secondaire pourtant rarissime de cette vaccination. Alors que le vaccin a permis une nette diminution de l’impact épidémique sur les tout-petits, faut-il renoncer à vacciner les bébés contre le rotavirus ?

Si la Belgique a opté depuis belle lurette pour une prise en charge de ces vaccins afin d’éviter que des bébés hospitalisés pour une gastro-entérite à rotavirus ne contractent en plus une maladie nosocomiale pendant leur hospitalisation, la France, jusqu’en 2014, n’avait pas souhaité recommander cette vaccination (pour les bébés jusqu’à 4 mois) justement à cause d’un risque, certes rare mais toutefois réel, d’invagination intestinale. Puis, en 2014, au vu des bénéfices, les autorités de santé avaient fait volte-face et décidé de recommander cette vaccination. Mais, alors que plus d’un million de doses ont été distribuées entre 2006 et 2014, 47 cas d’invagination intestinale ont été relevés parmi 508 effets indésirables moins graves. Toutes les invaginations intestinales ne se sont pas soldées, heureusement, par un décès.

L’invagination intestinale est une pathologie qui touche en moyenne 50 nourrissons (entre l’âge de 6 semaines et de 1 an) sur 100 000 chaque année. Il s’agit d’une nécrose intestinale déclenchant des symptômes d’alerte qu’il ne faut pas négliger : douleurs abdominales, vomissements, présence de sang dans les selles, ballonnements abdominaux, fièvre élevée… En cas de vaccination, il faut être particulièrement vigilant pendant les dix jours qui suivent et consulter dès le premier symptôme car l’invagination intestinale se soigne bien si elle est prise à temps. Les professionnels de santé en charge des nourrissons ont donc été sensibilisés à ces effets secondaires et aux symptômes d’alerte afin de permettre une prise en charge rapide des bébés atteints par une invagination intestinale.

Un vaccin condamné ?

Ces révélations de l’Agence du Médicament posent la question de la pertinence de ce vaccin, destiné au départ à éviter qu’un bébé déjà affaibli par une déshydratation induite par le rotavirus ne contracte à l’hôpital une autre maladie, notamment la bronchiolite dont les pics épidémiques sont communs à ceux de la gastro-entérite à rotavirus. Avant l’âge de 6 mois, la gastro-entérite à rotavirus peut être mortelle, provoquant une déshydratation irréversible si le bébé n’est pas réhydraté à temps. En ce sens, la vaccination apportait une réponse, malgré les risques rares d’invagination intestinale.

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En Belgique, la vaccination prise en charge par l’assurance maladie depuis plusieurs années, a permis de faire chuter de manière drastique le nombre d’hospitalisations de nourrissons déshydratés par la diarrhée, situation qui peut se solder également par un décès. Mais peut-on passer sur les risques d’invagination intestinale non dépistés à temps ? Quoi qu’il en soit, à la lueur de cette actualité, les autorités de santé devront se prononcer sur le maintien ou non de la recommandation (ndlr, depuis avril 2014) au calendrier vaccinal voire même sur un retrait des vaccins incriminés dans ce risque.

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