Neufmois.fr » Au fil de l'actu » L’accouchement hors maternité : oĂč en est-on ?

L’accouchement hors maternité : oĂč en est-on ?

Selon les autoritĂ©s sanitaires britanniques, le National Health Service, il serait dĂ©sormais tout aussi sĂ©curisant d’accoucher Ă  domicile ou dans une maison de naissance qu’Ă  l’hĂŽpital tant que la grossesse ne prĂ©sente pas de complications. Et beaucoup moins coĂ»teux pour l’assurance maladie. La mĂ©thode semble faire des Ă©mules, notamment en Suisse oĂč les sages-femmes veulent se dĂ©barrasser de tous les a priori qui encadrent la naissance, en s’inspirant du modĂšle anglais. En France, l’accouchement hors maternitĂ© reste encore trĂšs controversĂ© malgrĂ© de petites avancĂ©es sur l’ouverture de maisons de naissance.

Les maisons de naissances, qu’est-ce que c’est ?

En Suisse, une vingtaine de maisons de naissance, gĂ©rĂ©es par des sages-femmes libĂ©rales, ont ouvert leurs portes depuis 1983. Les futures mamans prĂ©sentant une grossesse sans complication et sans antĂ©cĂ©dents Ă  risques y sont accompagnĂ©es tout au long de leur grossesse par la mĂȘme sage-femme jusqu’Ă  l’accouchement oĂč seront utilisĂ©s des moyens prophylactiques naturels (eau via baignoire ou piscine, relaxation, huiles essentielles
). Bien Ă©videmment, il n’y aura pas de recours possible Ă  la pĂ©ridurale. Il est possible de rester quelques jours Ă  la maison de naissance ou de rentrer chez soi quelques heures aprĂšs l’accouchement. Dans tous les cas, l’aprĂšs-accouchement reste trĂšs surveillĂ©.

En France, on est trĂšs en retard sur les maisons de naissance. AprĂšs de longues polĂ©miques, une dizaine de structures ont Ă©tĂ© ouvertes Ă  titre expĂ©rimental, Ă  Pontoise, Ă  Paris, Bordeaux, Rennes
, Ă  la condition expresse d’ĂȘtre mitoyennes d’une maternitĂ©, ce qui les rend plus proches d’une unitĂ© physiologique (comme il en existe dans de nombreuses maternitĂ©s) que d’une vraie maison de naissance.

L’accouchement à domicile, une alternative possible ?

Aux Pays-Bas, il est encouragĂ© pour les grossesses physiologiques si le domicile se situe Ă  moins de 20 minutes d’un hĂŽpital et concerne plus de 30% des accouchements. En Angleterre, on n’en est pas lĂ  (environ 3% des accouchements seulement) mais les hĂŽpitaux encouragent de plus en plus les femmes prĂ©sentant une grossesse sans complication Ă  accoucher chez elles avec la prĂ©sence d’une sage-femme. En Belgique, l’accouchement Ă  domicile reste anecdotique mais il existe car les sages-femmes sont assurĂ©es. C’est sur ce point que le bĂąt blesse en France : l’assurance professionnelle existe mais Ă  des montants tels qu’aucune sage-femme ne peut s’assurer, la prime reprĂ©sentant une annĂ©e de salaire mĂ©dian d’une sage-femme libĂ©rale (contre 5% du revenu mĂ©dian de la profession en Belgique). Non assurĂ©es, les sages-femmes françaises n’ont pas le droit d’accoucher leurs patientes Ă  domicile. Certaines passent outre Ă  leurs risques et pĂ©rils car en cas de procĂšs disciplinaires initiĂ©s par les conseils rĂ©gionaux de l’Ordre des Sages-Femmes, elles risquent la radiation Ă  vie. C’est arrivĂ© rĂ©cemment Ă  l’une d’entre elles, Krista G., dont le jugement du recours en appel devrait ĂȘtre rendu le 12 janvier prochain. Les sages-femmes libĂ©rales assurant les accouchements Ă  domicile sont donc de moins en moins nombreuses, ce qui contraint les femmes enceintes rĂ©fractaires Ă  la naissance en maternitĂ© (qu’elles estiment « trop mĂ©dicalisĂ©e ») Ă  accoucher seules chez elles : on parle alors d’ANA (Accouchement Non AssistĂ©) et c’est Ă©videmment beaucoup plus problĂ©matique qu’un accouchement Ă  domicile avec prĂ©sence d’une sage-femme. Si la demande d’accouchement Ă  domicile est en hausse, elle reste trĂšs minoritaire en France (environ 1% des accouchements).

La naissance physiologique, jusqu’oĂč ?

En maison de naissance, Ă  domicile, avec ou sans sage-femme, l’accouchement dit physiologique prĂ©sente toujours la particularitĂ© de se dĂ©rouler sans l’aide de la pĂ©ridurale. Un choix qui ne concerne que 30% des accouchements en maternitĂ©, rarement au premier bĂ©bĂ©, et impose d’avoir prĂ©parĂ© assidĂ»ment son accouchement par une mĂ©thode qui permet de mieux contrĂŽler sa respiration et de choisir sa position d’accouchement : hypnose, sophrologie, yoga, chant prĂ©natal, gym ballon
 et d’ĂȘtre trĂšs entourĂ©e pendant l’accouchement par une personne compĂ©tente. Or les Ă©quipes rĂ©duites en maternitĂ© ne permettent que rarement Ă  une sage-femme de rester aux cĂŽtĂ©s de la future mĂšre pour l’aider Ă  supporter les contractions. Si beaucoup de femmes rĂȘvent d’accoucher sans pĂ©ridurale pour « sentir leur bĂ©bĂ© venir Ă  la vie », la plupart renoncent Ă  ce rĂȘve dĂšs que les contractions s’intensifient si elles se trouvent Ă  proximitĂ© d’un plateau technique facilitant le recours Ă  la pĂ©ridurale. Ce sont lĂ  les limites des maisons de naissance accolĂ©es aux maternitĂ©s


À lire absolument

Laisser un commentaire