La caféine nuirait au développement du fœtus pendant la grossesse

Selon une étude scientifique publiée dans la revue Science Translational Medecine, réalisée sur des souris en gestation et menée par Christophe Bernard, directeur de recherche à l’Insitut National de la Santé et de la Recherche Médicale, la consommation de caféine affecte le développement cérébral de la progéniture. Bien qu’ayant eu recours à un modèle animal pour exécuter la recherche, cette étude pose désormais la question des conséquences néfastes engendrées par une consommation de caféine chez la femme enceinte. Neufmois.fr fait le point avec Christophe Bernard, directeur de recherche à l’INSERM et principal auteur de cette étude.

 

Combien temps a duré cette étude et combien de scientifiques a-t-elle réuni ?

L’étude a duré presque trois ans et a réuni 5 laboratoires européens : l’Institut de Neuroscience des Systèmes à Marseille, l’Institut du Fer à Moulin à Paris, ainsi que deux laboratoires allemands et un portugais. L’idée de départ de cette recherche visait à déterminer la fonction d’un récepteur (l’A2AR) pendant le développement du cerveau. Nous avons cherché à connaître l’impact de la caféine sur ce récepteur. La caféine est en effet capable de se fixer sur ce dernier et de l’empêcher de fonctionner correctement. L’étude du blocage de ce récepteur a donc orienté les recherches vers les effets de ce stimulant pendant la gestation. Les chercheurs en charge de l’étude ont ainsi reproduit chez des souris femelles une consommation de café régulière (équivalent de 2 à 3 cafés par jour chez l’homme), tout au long de la période de gestation (pendant 19 à 20 jours) jusqu’au sevrage de la progéniture, en ajoutant de la caféine dans l’eau de boisson.

 

Qu’ont relevé les résultats de cette étude réalisée sur des souris ?

Au cours du développement cérébral, certains neurones naissent dans des régions particulières du cerveau et doivent ensuite migrer vers leur cible afin d’y fonctionner. Ils doivent migrer aux bons endroits. Quand la caféine se fixe sur le récepteur A2A, cette substance ralentit l’arrivée des neurones dans les bonnes régions du cerveau. Pendant ce temps, celles-ci continuent à se construire sans les neurones en question. Ce retard produit alors un léger déséquilibre. Résultat, le cerveau devient plus excitable et l’animal devient ainsi plus sensible aux crises d’épilepsie. Une fois adulte, la souris est victime d’un déficite de mémoire. Cette étude est la première démonstration scientifique, effectuée sur des souris en gestation, qui révèle des effets néfastes de l’exposition à la caféine sur le cerveau en développement. Surtout, il ne s’agit en rien d’alarmer les femmes enceintes. Si les effets de la caféine étaient vraiment dangereux pour l’enfant, on l’aurait déjà vu. La caféine est avant tout un facteur de risque. Il est important de rappeler la difficulté d’extrapoler ces résultats à la population humaine sans prendre en compte les différences de développement et de maturation entre les différentes espèces.


 

D’autres recherches concernant les effets néfastes de la caféine ont-elles été effectuées ?

En effet, début 2013 les résultats d’une étude scientifique sur les mères norvégiennes ont montré qu’à la naissance les bébés des mères ayant consommé de la caféine avaient un plus faible poids.

 

Une étude scientifique sur l’être humain est-elle à l’ordre du jour ?

A ce jour, il n’y a pas d’autres études en cours. Je suis actuellement en discussion avec des équipes de scientifiques norvégiens pour savoir si l’on corréler le problème que nous avons découvert à leur recherche. Le but serait de mettre en place une étude rétrospective et d’interroger des mères sur leur passé en incluant dans le protocole de l’étude une question sur la consommation de caféine pendant leur grossesse.

 

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Cette étude doit-elle insister les femmes enceintes à réduire davantage leur consommation de caféine ? Que préconise l’Organisation Mondiale de la Santé aux futures mères ?

Personnellement je n’ai fait qu’apporter des données scientifiques sur le modèle animal. Mais selon les recommandations préconisées par l’Organisation Mondiale de la Santé, les femmes enceintes ne devraient pas boire plus de deux tasses à café par jour. Suite à l’étude sur les femmes norvégiennes, les scientifiques expliquent qu’il faudrait mieux s’en tenir à une tasse à café par jour.

Outre le café, il est par ailleurs bon de rappeler que la caféine se trouve aussi dans le chocolat, le thé, le cola et les boissons énergisantes.


 

Merci à Christophe Bernard, directeur de recherche à l’INSERM d’Aix/Marseille.

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