L’allaitement est-­il vraiment le remède miracle à tout, comme le prétend l’UNICEF ?

La campagne de communication lancée par l’Unicef à l’occasion de la Semaine Mondiale de l’Allaitement qui se termine dimanche est­-elle allée un peu trop loin dans le cliché choc ? À l’en croire, si vous allaitez bébé, il sera en meilleure santé, plus intelligent et plus riche à l’âge adulte qu’un autre bébé élevé au lait infantile. Évidemment que le lait maternel est l’aliment le plus naturel, le mieux équilibré pour bébé. Mais quant à savoir si allaiter bébé, c’est lui décrocher le gros lot à la loterie du destin, il n’y aurait pas comme un pas à ne pas franchir ?

Il y a des mots qui fâchent, surtout quand ils sont sortis de leur contexte. Ainsi, le gazouillis de l’UNICEF sur Twitter a provoqué certains remous justifiés : « L’allaitement stimule la santé d’un enfant, son QI, ses performances scolaires et son revenu à l’âge adulte. » Certes, on sait depuis des années et des années qu’un nourrisson allaité dès sa naissance bénéficie d’un apport salvateur d’anticorps maternels qui permet d’éviter certaines maladies infantiles lors des premiers mois où bébé est justement très fragile. Nul ne remet cela en question. On sait aussi qu’allaiter ses enfants réduit le risque de développer un cancer du sein ou de l’ovaire. D’ailleurs, la campagne de l’UNICEF s’appuie sur une étude récente publiée dans The Lancet, la revue médicale de référence. Selon cette méta-­analyse, qui a analysé plus de 1.300 études scientifiques, allaiter son bébé les six premiers mois pourrait sauver plus de 800 000 vies chez les moins de 5 ans et éviter 20 000 décès des suites d’un cancer du sein ou de l’ovaire chez les mères. La rumeur évoquée plus haut n’est donc pas une rumeur mais bien des faits avérés. Sauf que, même dans les pays du tiers­-monde où les enfants sont très majoritairement allaités, la mortalité infantile suite à une maladie infectieuse atteint encore des records inacceptables.

Le gros lot à tous les coups ?

Ceci étant, la campagne de promotion de l’allaitement orchestrée par l’Unicef a peut-­être poussé le trait trop loin en prétendant que l’allaitement booste le QI, donc les performances scolaires et même, allons-­y donc, ses revenus à l’âge adulte. Nous connaissons tous des adultes qui n’ont pas été allaités et qui font une belle carrière après de belles études et d’autres, a contrario et pourtant allaités, qui ont pris le chemin de l’école buissonnière au risque d’un avenir très précaire. Forcer le trait pour forcer l’allaitement a pour effet de discréditer le discours et c’est bien dommage.

Culpabilisation des mères ?

Pour toute femme qui le souhaite et le vit en bonne harmonie avec son conjoint, l’allaitement est un plus pour elle et pour son bébé. Comme il peut être un frein voire un obstacle douloureux à franchir quand il est imposé. Communiquer sur les bienfaits de l’allaitement, c’est top mais faire assaut de marketing en culpabilisant les femmes (ou les couples) qui font le choix du lait infantile sur l’air de « Ce sera de ta faute s’il aura zéro en maths plus tard et cherchera fortune en vain toute sa vie » n’est ni élégant ni très honnête intellectuellement. La réussite scolaire et patrimoniale dépend de facteurs multiples, ce n’est pas un scoop ! Maintenant, ce que j’en dis, moi, hein… c’est qu’il faut faire confiance aux mamans ! Mieux vaut un biberon de lait infantile donné avec amour et attention qu’un allaitement contraint mal vécu qui peut avoir des conséquences sur le lien mère -enfant. Mais ça vaut quand même le coup d’essayer, d’ailleurs, c’est ce que j’ai dit à mon troisième poussin, qui, à l’heure où j’écris ces lignes, est entré à la maternité pour donner naissance à son premier bébé. Sera­-t­-elle allaitée, cette petite princesse ? Je l’espère, mais si ce n’est pas le cas, elle n’en sera pas moins l’une des plus belles et plus merveilleuses petites filles de mon entourage proche. Et elle réussira sa vie, tant que sa grand- mère, comme ses parents, ses enseignants et tous les porteurs de savoirs et surtout de valeurs qui croiseront sa route, sauront développer chez elle la curiosité, l’envie d’apprendre et d’entreprendre, et surtout le respect de l’altérité. Ce dont a un peu manqué la campagne de communication de l’UNICEF. Mais comme on dit, l’enfer est pavé de bonnes intentions… Allez zou, je retourne zieuter mon phone pour savoir comme se passent les choses à la maternité de Pontoise, ce matin…

Voir les commentaires (0)

Laisser votre commentaire