S’alimenter quand on allaite bébé : tout ce qu’il faut savoir

En matière d’allaitement, les préjugés, les mythes et les idées reçues persistent. Difficile quand on est maman de démêler le vrai du faux, surtout dans le domaine de l’alimentation. Faut-il boire de la bière pour favoriser la lactation ? Existe-t-il des aliments interdits ? Neuf Mois s’est entretenu avec Claude-Suzanne Didierjean-Jouveau, animatrice à la Leche League France, association pour le soutien de l’allaitement maternel affiliée à la Leche League internationale, travaillant avec l’OMS (organisation mondiale de la santé) et avec Catherine Buzy, puéricultrice et consultante en lactation.

A-t-on besoin d’avoir une alimentation spécifique lorsqu’on allaite ?

Tout d’abord, tordons le cou aux idées reçues. Pas besoin d’une alimentation spécifique particulière lorsque l’on allaite sauf contre-indication de la part du médecin (si la maman a des allergies ou des soucis de santé). Le plus important c’est avant tout de maintenir une alimentation variée et équilibrée, composée d’aliments naturels comme pendant la grossesse pour favoriser le bien-être de la maman. Le régime le plus sain possible combine donc des légumes et fruits frais, des céréales, des protéines animales et /ou végétales et des graisses en petites quantités. L’alimentation de la mère n’a pas d’influence majeure sur la qualité du lait.

Il est essentiel de manger à sa faim et de boire à sa soif. En revanche, il n’est pas nécessaire  de manger plus quand on allaite. Comme pendant la grossesse, inutile de manger pour deux. Certaines femmes vont dévorer plus que d’autres alors que certaines vont garder le même nombre de calories. Et les mamans ont le droit de manger des fruits de mer et de consommer des produits au lait cru.

Certains aliments sont-ils interdits pendant l’allaitement ?

On a longtemps dit qu’il ne fallait pas manger des aliments au goût prononcé du type asperges, ail… qui donnent une saveur particulière, relevée ou épicée au lait. Or, une équipe de chercheurs des États-Unis a réalisé des expériences et fait faire ingérer des capsules d’ail aux mamans qui allaitaient et participaient au test. Il s’est avéré que les bébés tétaient davantage et appréciaient le goût. Les produits laitiers peuvent en revanche être interdits si le bébé se montre allergique aux protéines de lait de vache.

Existe-t-il un risque de carences pour le bébé avec les régimes végétariens ?

Un régime végétarien contenant certains produits animaux dérivés, comme le lait, les produits laitiers ou les œufs, est généralement équilibré. Les femmes qui ne mangent pas de viande mais consomment des produits laitiers ou des œufs n’ont généralement pas de problème d’allaitement. Avec un régime ne contenant aucun de ces aliments (comme le végétalisme et certains régimes macrobiotiques), une mère doit s’assurer un apport de vitamine B12 d’une manière ou d’une autre. De nombreux végétariens utilisent des compléments alimentaires pour la vitamine B12. La recherche a montré que le lait produit par les mères végétariennes contient moins de polluants environnementaux (comme les PCB) que celui des autres mères.

L’allaitement fait-il mincir ?

De nombreuses femmes désirent retrouver leur poids d’avant la grossesse dès que possible après l’accouchement. Une partie du poids que les mamans prennent pendant la grossesse est une réserve d’énergie en vue de répondre à la demande calorique supplémentaire liée à l’allaitement. Lorsque la maman allaite, cette réserve fond. Il est sage d’attendre que l’enfant ait au moins deux mois avant de faire un effort particulier pour perdre du poids. C’est à peu près la période nécessaire à l’organisme d’une femme pour se remettre de l’accouchement et établir une bonne production de lait. Souvent, les mamans perdent du poids sans effort particulier au cours de cette période. Inutile d’entamer un régime spécifique qui risque de fatiguer la mère. Une femme qui allaite doit perdre du poids lentement. En effet, elle a besoin d’assez d’énergie et de nutriments pour être en bonne santé, active et capable de s’occuper de son (ses) enfant(s). L’idéal est de ne pas perdre plus de 2 kg par mois.

La bière favoriserait la lactation : idée fausse ou réalité ?

Ce n’est pas une idée reçue. Effectivement, la bière contient de l’orge et du malt, qui possèdent des éléments lactogènes. Mais ce n’est pas une raison pour boire des litres de bière car même la bière sans alcool est titrée à 3°. Il existe des capsules d’orge ou du malt en poudre que l’on peut rajouter dans ses légumes, salades ou soupes. Le meilleur des lactogènes reste la succion du bébé.

Des idées reçues concernant l’allaitement ?

Il ne  faut pas boire du lait pour en produire. C’est faux. Le lait et le fromage concernent une partie importante du régime de nombreuses personnes. D’autres s’en passent complètement. Dans tous les cas, il est inutile d’introduire ces aliments dans le régime ou d’augmenter leur consommation, surtout si la mère ne les aime pas ou ne les tolère pas.


Tabac, alcool, drogue, y-a-t-il des risques pour le bébé ?

La consommation de tabac pendant l’allaitement entraîne une plus grande irritabilité chez l’enfant, une diminution de la durée de l’allaitement, une diminution des taux de prolactine, une production de lait moins importante et une inhibition du réflexe d’éjection.

Comment diminuer au maximum la quantité de nicotine présente dans le lait maternel ?

En diminuant sa quantité de cigarettes et en fumant juste après une tétée. Il faut savoir que fumer avant, multiplie par 10 la quantité de nicotine transmise au bébé.

Que faut-il savoir sur la consommation d’alcool pendant l’allaitement ?

La consommation d’alcool est fortement déconseillée et peut avoir des incidences sur le développement cognitif de l’enfant. Si vraiment, pour une occasion exceptionnelle, la maman désire consommer une boisson alcoolisée, il faut impérativement le faire après une tétée et éloigné de la suivante. L’alcool passe très rapidement dans le lait. A jeun, le pic plasmatique se produit entre 30 et 60 minutes après l’ingestion. Au cours d’un repas, le pic plasmatique se produit entre 60 et 90 minutes après l’ingestion.

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