Comment j’ai géré un accouchement compliqué loin du papa

Bonjour à toute la communauté Neuf Mois, je m’appelle Elodie, et je tenais à vous faire partager mon expérience : ma grossesse vécue loin du papa de notre petit Jules. Complications et pertes de moral… voici mon histoire.

« Ce sera le plus beau jour de ta vie »

C’est faux. « Ce ne sera que du bonheur », c’est faux. Pour moi en tout cas. Forcément, avant l’accouchement, il y a la grossesse. La mienne a été parfaite, ou presque. Oublions le premier trimestre, la fatigue et les nausées qui commençaient au lever et ne disparaissaient que lorsque je finissais par m’endormir. Mais voilà, bébé a pris son temps pour s’installer, et a un peu chamboulé nos prévisions.

Vers le 4ème mois de grossesse, le papa travaillait à Paris, alors que nous vivions dans le sud. Nous avions alors deux options pour la suite des aventures : aller vivre à Paris ensemble et y élever notre fils ou deuxième option, bébé et maman restent dans le sud et papa fait des allers et retours entre la maison et Paris chaque semaine… Il était pour nous impensable d’élever notre fils dans la capitale et l’emploi de papa étant provisoire, nous avons donc opté pour la seconde solution.

Les fêtes de fin d’année approchaient, nous étions en pleine recherche d’appartement, quand de nouveau, il nous a fallu changer nos plans. Nouvelle proposition d’emploi pour papa. Pas à Paris. Ni même en France. De l’autre côté de l’océan. Au Canada. Départ prévu 15 jours plus tard. Oui mais voilà, j’étais à 7 mois de grossesse. Impossible pour moi de prendre l’avion, papa devrait partir seul, et bébé et moi ne le rejoindrions qu’après l’accouchement. Les délais étaient courts, la décision devait être prise rapidement. Comment faire ? Élever bébé avec un papa présent le weekend uniquement ou accoucher sans papa pour ensuite pouvoir être tous les trois et avoir la possibilité d’élever notre fils sereinement.

Le départ tant redouté de papa à deux mois du terme

Papa s’envole donc pour le Canada, 2 mois avant la date de terme. Ma grossesse se poursuit tranquillement. Bébé est en pleine forme, et moi aussi. La fatigue du 3ème trimestre, je ne connais pas. La visite du 8ème mois est une formalité. On me propose des séances d’acupuncture et de l’homéopathie pour me relaxer et préparer mon corps à la naissance. Je me prête au jeu avec plaisir. Puis les jours passent et le téléphone commence à sonner trop souvent : « Alors, toujours rien ? » Les premières fois, c’est marrant, j’écoute les conseils en gardant le sourire. Mais rapidement, ça devient lourd. Chacun me faisait part de son impatience, sans jamais penser à la mienne. J’avais sous les yeux ces deux énormes valises à remplir. Une pour moi et une pour bébé. Il ne nous manque plus que les billets d’avion pour rejoindre papa. Sauf que bébé n’a pas l’air décidé.

La date du terme approche et il n’y a aucun signe d’accouchement à l’horizon. La sage-femme qui me fait les séances d’acupuncture laisse tomber la relaxation et sollicite des points qui devraient déclencher le travail.

Le jour où j’ai dû faire face à l’accouchement toute seule

Puis le jour du terme arrive. Comme prévu, je me rends à la maternité, pour être examinée une énième fois. Après avoir vérifié que bébé était toujours en forme, on commence à me parler de la procédure de déclenchement. On me laisse 4 jours. Pas un de plus. Si bébé ne se décide pas d’ici là, il faudra déclencher le travail. Inutile de préciser que le téléphone et les messages se font plus nombreux et plus pressants depuis que j’ai atteint la date de terme. Et 4 jours ont passés… J’ai donc été admise à la maternité. Physiquement, je me sentais en pleine forme. Moralement, j’étais au plus bas. Le papa me manquait. Je pensais être assez forte pour mettre ce bébé au monde sans lui, mais c’était une terrible erreur.

Quand je n’étais pas scotchée au lit avec le monitoring, j’arpentais l’hôpital et montais les escaliers. Puis les redescendais et les remontais, sans relâche. J’étais tellement frustrée de croiser ces jeunes parents avec leur bébé, les visiteurs des bras chargés de présents, d’entendre les pleurs des nourrissons, et n’avoir rien d’autre à faire qu’attendre.

A mon retour dans ma chambre, je retrouvais le téléphone et ses nombreux messages. J’avais beau dire que je donnerai l’information dès qu’il y aurait du changement, personne n’a compris. Et leur insistance ne faisait qu’exacerber ma frustration, me rendant plus amère à chaque fois que la question était posée.

Au soir du troisième jour d’hospitalisation, le déclenchement n’ayant pas eu les effets escomptés et le niveau de liquide amniotique commençant à être trop bas pour le bébé, le médecin me laisse une dernière nuit avant de pratiquer une césarienne. Ce n’était pas du tout ce que nous avions prévu, mais ça a été une délivrance lorsque le médecin me l’a annoncé.

Apaisée, je quitte la salle d’examen, et m’empresse de joindre le papa pour lui annoncer la nouvelle. C’est à ce moment précis que le produit que l’on m’a administré pour déclencher le travail a commencé à faire effet. La nuit est longue, le travail douloureux, mais le papa est avec moi, par Skype. Je ne suis pas seule. La seule voix que j’avais besoin d’entendre, c’était justement la sienne et ça me fait un bien fou. Après 9 heures de travail, la sage-femme m’examine pour savoir où nous en sommes, mais son visage ne me laisse rien présager de bon. Les contractions sont inefficaces, le col ne se dilate pas. Il est 5 heures du matin, elle retire le produit provoquant les contractions et me dit de me reposer avant l’arrivée du médecin et la césarienne. Le papa aussi est fatigué. Nous coupons Skype et nous nous couchons, chacun sur notre continent.

Mon répit est de courte durée. À peine trente petites minutes. Ce sont des contractions, cette fois naturelles qui me réveille. Toutes aussi violentes que les précédentes, et encore plus rapprochées. Au bout de 4 heures, la douleur devient vraiment difficile à supporter, je n’en peux plus, je suis fatiguée et à bout. La sage-femme m’examine, et je reconnais l’expression sur son visage. Mon col n’a pas bougé. Je le sais avant qu’elle ne le dise. C’est trop, je craque. Je ne comprends pas ce que je fais de mal. Je me repasse les cours de préparation à l’accouchement dans ma tête. J’ai été assidue et attentive. Je cherche ce que j’ai dû rater. Il me manque forcément quelque chose. Une info que l’on ne m’a pas donnée. Comme s’il y avait un « truc » à savoir, sans lequel il est impossible de faire naître un bébé.

Un combat de tous les instants

C’est le médecin qui met fin à ce questionnement. Les contractions étant naturelles, elle me propose de poser un ballonnet pour aider mon corps à se mettre en place pour faire sortir bébé. Une lueur d’espoir. J’accepte aussitôt. Je passe donc en salle d’accouchement. Là encore, tout ne se passe pas comme prévu. La douleur devient insoutenable. Je n’ai que quelques secondes de répit entre chaque contraction.

Cela fait maintenant plus de 13 heures que ça dure. Je n’ai plus de force. Je subis ses assauts répétés. Je n’ai même pas le temps de reprendre mon souffle entre chaque contraction. Je n’y arriverai pas. Donner la vie, n’est pas quelque chose que je sais faire. Je pense alors que des millions de femmes l’ont fait avant nous, et le font encore. Moi, je n’en suis pas capable. À la douleur, s’ajoute la déception. Ainsi que le manque du papa. J’ai besoin de lui plus que tout. Mais Amandine, la sage-femme, est merveilleuse. Elle me parle. Je ne sais pas ce qu’elle me dit, mais petit à petit, j’entends ses mots sans les comprendre. Je me concentre sur sa voix. Je reprends pied grâce à elle. Puis je me crée une bulle. Je sais qu’il y a du monde, mais je ne les vois pas. Mes souvenirs des deux heures passées en salle d’accouchement sont assez flous. Je ressens la douleur, mais parviens enfin à la gérer. Je vais finalement réussir à faire naître ce bébé. Je me sens presque bien.


Tout s’accélère autour de moi et je commence à perdre pied

Puis une porte claque, ma bulle vole en éclats, le médecin aboie des ordres. Les gestes sont rapides, tout le monde semble pressé. Je ne comprends plus jusqu’à ce que j’ouvre les yeux sur le visage d’un vieil homme aux cheveux gris qui me disent de sa voix grave et calme « Tu as bien travaillé ma grande, maintenant, on va prendre le relais ». Et là, d’un coup, je prends conscience de ce qu’il se passe autour de moi. Le monitoring n’est pas bon, le cœur du bébé s’affaiblitC’est un « code rouge ». « Préparez le bloc, on l’emmène tout de suite ! ». Quand je réalise ce qui va se passer, je m’accroche à mon téléphone. Je dois absolument prévenir le papa.

En moins d’une minute, je me retrouve assise sur la table du bloc opératoire, l’anesthésiste s’apprête à pratiquer la rachianesthésie. Je suis terrorisée. Les médecins sont agités. Pourquoi est-ce que personne ne me parle plus ? Puis, sans que je ne l’aie entendu crier, mon bébé est né. La sage-femme vient me le présenter très rapidement. Je lui demande « C’est le mien ? » avec le besoin d’entendre que oui, il s’agit bien de mon bébé.

Ma rencontre avec bébé

Quand je sors du bloc, je retrouve ma maman et mon fils. Il est merveilleux. Je m’empresse de joindre le papa, pour qu’il rencontre son fils. On passe de longues minutes à pleurer et à se répéter qu’il est beau. Ma maman prévient la famille que Jules est né et que nous allons bien. Nous allons bien, mais je suis épuisée. Je demande donc à ne pas avoir de visite aujourd’hui. J’ai besoin de temps. De temps avec ce petit être et du temps avec le papa. J’ai besoin qu’on se retrouve tous les trois. Qu’on se découvre. J’ai besoin que les premières heures de vie de mon fils soient consacrées à son papa qui est si loin. Et surtout, je n’assume plus. Je pensais accoucher de manière naturelle et pouvoir m’occuper pleinement de mon bébé. Assurer pour deux. Assumer notre choix. Mais il n’en était rien. J’étais incapable de prendre soin de mon fils, j’en avais honte et je ne voulais pas que qui que ce soit me voit comme ça. Ma demande de ne pas recevoir de visite, bien qu’ayant été respectée, n’a pas été comprise de tous. Incompréhension et non-dits ont créé une tension palpable. J’ai donc laissé de côté ces querelles pour me concentrer sur l’essentiel : ce petit être merveilleux.

Notre vie à tous à construire rapidement

À partir de là, le temps a filé. Entre les nuits avec bébé, les formalités administratives dont il faut s’occuper après une naissance, plus les préparatifs de notre départ au Canada, je n’ai pas vu passer les 7 semaines. C’est pour le papa que cette période a été la plus difficile. Il n’est pas évident de prendre conscience de cette paternité sans même n’avoir jamais porté ou embrassé son fils.

Avec le temps est la distance, ceux qui n’ont pas compris mes envies et mes besoins sont restés silencieux. Aujourd’hui, nous sommes heureux. Nous vivons notre vie de famille comme nous l’avions rêvée. Et notre bébé est en train de devenir un merveilleux petit garçon.

Alors non, une naissance, ce n’est pas toujours magique et fantastique. Le 22 février 2015 n’est pas le plus beau jour de notre vie. C’est un jour important. C’est le jour où notre fils est né. Mais ce n’est pas notre plus beau souvenir. En revanche, le 12 avril est une journée dont nous nous souviendrons toute notre vie. Une journée incroyable. Pleine d’émotion et d’amour. Le jour où, dans ce hall d’aéroport, nous sommes devenus une famille.

Voir les commentaires (0)

Laisser votre commentaire