Nidation : les 10 jours décisifs où tout se joue 

Quand le spermatozoïde et l’ovule se rencontrent, l’affaire n’est pas entendue pour autant ! Pour qu’un bébé naisse de cette rencontre, il faut que l’œuf parvienne à se nicher dans l’utérus. Récit des dix jours qui vont changer le cours des choses.

Dans l’imaginaire collectif, bébé est conçu le jour où le spermatozoïde le plus performant gagne le cœur de l’ovule. Et ce n’est pas faux. Sauf que l’affaire est un peu plus complexe que cela. Car pour que l’œuf puisse se développer et devenir un embryon puis un fœtus, il faut qu’il entame une marche du combattant pour s’installer au cœur de l’utérus. Un parcours initiatique qui prend un certain temps et qui n’est pas sans difficultés.

Jour 1

Allez, zou… Un plus un égale… un ! De la fusion d’un spermatozoïde et d’un ovule naît un œuf qui va devoir descendre le long des trompes de Fallope jusqu’à l’entrée de l’utérus. Comment réalise-t-il cet exploit vu que la nature ne l’a pas doté de jambes ? Tout simplement en progressant au gré des contractions de la trompe, et en s’aidant des cils présents sur la paroi et qui font office de tapis roulant. Une trompe, ce n’est pas le bout du monde mais quand on est un jeune œuf sans beaucoup de moyens, la parcourir peut prendre un certain temps. Trois jours, en fait. Mais pendant ce temps, l’œuf ne se laisse pas vivre au gré de sa balade bucolique : il commence à se développer et pour cela, il faut que ces cellules de base se divisent. En trois jours il va tripler de volume, mais rien de spectaculaire, là encore : il est toujours microscopique.

Jour 4

Il a enfin atteint l’utérus. La belle affaire ! L’œuf n’est pas encore en fusion avec son nouvel environnement, il lui faut un peu de temps pour s’acclimater. Mais il poursuit son développement, continue à grossir. L’utérus, de son côté, interpellé par sa présence incongrue, se met en quatre pour accueillir cet hôte de choix : la muqueuse utérine, l’endomètre en termes savants, s’apprête à l’accueillir à bras ouverts, et lui propose un nid de choix à mi-chemin entre l’embouchure de la trompe de Fallope et du col de l’utérus.

Jour 7

Une fois le tour du propriétaire fait, l’œuf va faire son nid au cœur de la muqueuse utérine, se nichant bien profond. Le trophoblaste, partie externe de l’œuf, secrète des enzymes qui détruisent des cellules dans l’utérus, afin de lui permettre de « faire son trou » dans la muqueuse, qui, bonne fille, s’était préparée avec l’aide de l’ovaire « mère » de l’ovule fécondé, qui a secrété de bonnes doses de progestérone pour inciter la muqueuse utérine à se montrer accueillante, grâce à une vascularisation optimisée.

Au fil des jours, la muqueuse envahie se referme, comme un toit au-dessus de l’œuf niché. Emmuré, il ne mourra pas de faim les premiers temps car il dispose de réserves, mais il va lui falloir bientôt trouver de quoi se sustenter pour pouvoir grandir. Le seul moyen possible, annexer les vaisseaux sanguins de la muqueuse qui l’abrite et créer ainsi des lacs sanguins. Là où le phénomène vaut son pesant d’or, c’est que cette fusion se crée sans que le sang du futur fœtus et celui de sa mère ne se rencontrent. Vases communicants, connaît pas !

Jour 8

A ce stade, il y a eu des laissés pour compte : selon les biologistes, un œuf seulement sur deux parvient à se nicher correctement et à survivre. La faute aux anomalies chromosomiques, à une muqueuse utérine peu disposée à remplir son office et qui présente des troubles de la coagulation empêchant la nidation, ou à des déséquilibres hormonaux. Quoi qu’il en soit, l’œuf ne se niche pas dans l’utérus et sa fin passera inaperçue, dans le flux des règles à venir. L’explication sans doute de certains retards constatés.

Plus rarement, l’œuf fait fausse route : au lieu de se nicher dans l’utérus, il s’installe dans la trompe. La fameuse grossesse extra-utérine. Cette fausse route est due à un mauvais timing sur la route : quand l’œuf est mûr pour la nidation, ou trop épuisé pour poursuivre sa route, il n’attend pas, il creuse son nid. Et tant pis si ce n’est pas le bon terreau. D’où ces grossesses extra-utérines qui ne peuvent pas évidemment pas aboutir et présentant un réel danger pour la future maman. Les futures mamans fumeuses sont plus exposées que la plupart des autres, car la nicotine affaiblit la motricité des fameux cils qui tapissent la trompe. En général, des douleurs et des saignements accompagnent cette nidation hors zone, amenant la future maman à consulter.


A l’échographie, nul embryon n’est détectable dans l’utérus, la poursuite de l’investigation ne tarde pas à découvrir le passager clandestin de la trompe qui sera malheureusement détruit soit par traitement médicamenteux, soit par cœlioscopie s’il est déjà bien développé. Même si la trompe est bien endommagée par cette aventure, tout espoir de devenir maman n’est pas à enterrer trop vite car la nature a doté toute femme de deux trompes.

Dans le pire des cas, il ne faut pas oublier que la médecine fait aujourd’hui des miracles, en termes de procréation médicalement assistée.

Jour 10

L’œuf est désormais bien niché, pourvu de sources d’alimentation conséquentes et il est alors possible de faire un test sanguin de dosage des hormones Bêta HCG – hormones secrétées par le trophoblaste qui deviendra le placenta, pour confirmer les espérances : bébé est en route. Mais il a encore devant lui neuf mois de pérégrinations en tout genre qui ne seront pas sans pièges ni sans danger. Tout n’est pas encore joué, mais heureusement, aujourd’hui, le bon suivi des grossesses permet à l’embryon d’espérer raisonnablement pouvoir devenir un fœtus en bonne santé, et enfin, un superbe bébé.

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