L’accouchement à domicile, un choix personnel peu démocratisé en France

L’accouchement à domicile (AAD) concerne 90% des naissances dans le monde. Ce pourcentage impressionnant révèle bien à quel point les futures mamans prennent en main la façon dont elles veulent accoucher et surtout où. Néanmoins, il existe une grande inégalité du nombre d’accouchements à domicile selon les pays. En France, contrairement aux Pays-Bas ou au Québec, la pratique est quasiment inexistante.  Les raisons peuvent être multiples mais il faut avant tout comprendre en quoi ce choix reste très personnel et à la charge de la future maman. Décryptage un peu partout dans le monde.

Les accouchements à domicile dans le monde

De nombreux pays sont adeptes de l’accouchement à domicile. Plus pratique, plus rassurante ou tout simplement plus confortable, cette pratique séduit de plus en plus. Et c’est notamment le cas au Québec où 1 maman sur 200 donne naissance chez elle. Depuis 2006, la loi autorise cette pratique mais uniquement avec l’aide d’une sage-femme. Tous les frais sont couverts par l’Assurance maladie et cela vient répondre à un besoin connu depuis très longtemps. Pour Jeanine Auger, directrice des services médicaux généraux et préhospitaliers du ministère de la Santé et des Services sociaux au Québec, il fallait que la loi aille dans ce sens pour rendre légale une volonté affirmée des femmes. Pour elle, que la loi soit de leur côté ou pas, les femmes font souvent le choix d’accoucher à la maison, alors autant les aider.

Grâce à l’évolution de la législation, la pratique est donc bien encadrée et très sécurisée. Les meilleures conditions sont donc réunies pour que l’accouchement se passe de la meilleure façon possible.

Au Québec, la sage-femme vient rendre visite à domicile pour s’assurer, avant l’accouchement, que tout est sécurisé. S’il y a besoin de faire intervenir l’ambulance pour conduire la maman et le bébé à l’hôpital, il faut s’assurer qu’il y a la place nécessaire pour laisser passer une civière. La sage-femme s’occupe ensuite de contacter les services ambulanciers pour les prévenir de l’accouchement, au cas où celui-ci nécessiterait une hospitalisation. Le jour J, la sage-femme est équipée de médicaments, d’oxygène et de matériels pour pouvoir pratiquer une épisiotomie. C’est elle qui juge si une maman et son bébé doivent être pris en charge par un service hospitalier. Dans seulement 15% des cas, ils sont transférés à l’hôpital pour leur sécurité. C’est donc grâce à une bonne complémentarité entre les sages-femmes et les hôpitaux que ce service marche au mieux depuis 2006.

Du côté des Pays-Bas, le phénomène est encore plus accru : 1 maman sur 3 accouche à la maison et cela ne semble pas être exceptionnel pour le pays ! Pendant de nombreuses années, les futures mamans ont dû accoucher chez elles à cause des frais trop importants qu’une hospitalisation impliquait. Si tout allait bien, la prise en charge médicale à l’hôpital était entièrement à leurs frais et cela revenait souvent très cher. Selon les constats effectués dans ces pays où l’accouchement à la maison est devenu ordinaire, les mamans se sentent en sécurité. Ce qui importe c’est d’avoir le choix comme le constate Céline Lamay, présidente du Regroupement Les sages-femmes au Québec. En Angleterre, l’accouchement à la maison reste un épiphénomène, moins de 3% des naissances, mais il est encouragé par les professionnels de santé, tant que la grossesse se passe bien, qu’il n’y a pas d’antécédents à risque, et que la future maman habite à proximité d’un hôpital. L’hôpital dépêche même une sage-femme hospitalière pour assurer l’accouchement à domicile.

Et en France alors ?

Aussi sécurisé à la maison qu’à l’hôpital pour les mamans en bonne santé, l’AAD se normalise tout en restant évidemment moins répandu que la naissance sur un plateau technique ou en maison de naissance. Malgré cela, en France, le constat n’est pas forcément le même. En effet, les AAD concernent uniquement 1 à 2% des futures mères. Avec l’aide de sages-femmes libérales, il est en principe tout à fait possible de donner naissance chez soi, malgré quelques réticences de la part des professionnels de la périnatalité qui jugent la pratique trop risquée en cas de pépins, où le temps du transfert peut être fatal. Mais dans les faits, des problèmes d’assurance professionnelle bloquent l’AAD : en effet, les montants des cotisations sont totalement hors de portée des revenus des sages-femmes, représentant quasiment leur revenu annuel.

Certaines sages-femmes non assurées pour le volet AAD, militantes irréductibles du droit des femmes d’accoucher selon leurs convictions, acceptent d’accoucher à domicile les femmes qui le souhaitent sous couvert d’une relative discrétion. Car ces professionnelles risquent gros : une interdiction temporaire d’exercer ou un risque de radiation définitive comme cela a été le cas l’an dernier pour l’une d’entre elles, et il y a deux ans pour d’autres. Une vraie mort sociale et professionnelle ! Qui plus est, les assurances refuseraient d’assurer pour leur pratique au cabinet les sages-femmes pratiquant l’AAD, assurance obligatoire. Beaucoup de sages-femmes pratiquant les AAD ont donc fait machine arrière. Malgré ces contraintes, des AAD ont lieu chaque année, ainsi que des ANA (ndlr, accouchements non accompagnés), quand le couple n’a pas réussi à trouver de professionnelle de santé pouvant suivre la grossesse et l’accouchement à domicile.


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Afin d’éviter les mauvaises surprises lors de l’accouchement, il est indispensable que la maman se porte bien, ne présente pas d’antécédents à risques et qu’aucune pathologie ne soit découverte pendant la grossesse. Les sages-femmes AAD effectuent un vrai travail suivi avec la maman et l’accompagnent tout au long de sa grossesse en établissant bien à l’avance les raisons qui la poussent à vouloir accoucher à domicile. Il faut qu’elle prenne en compte les risques éventuellement encourus et les possibilités de partir à l’hôpital si quelque chose se passe mal. Une fois la décision prise, une charte récapitulant toutes les informations est signée afin de bien souligner les informations nécessaires.

Pour ce qui est du jour J, rien de bien particulier. Vu que l’accouchement se fait à la maison, il n’y a pas de pose de péridurale mais la sage-femme est équipée d’un monitoring, d’instruments de réanimation et de produits pour perfuser. Si la moindre complication survient, la maman et son bébé sont transférés à l’hôpital. A noter également que l’AAD est remboursé à hauteur de 300 € par la Sécurité Sociale. Cela comprend l’accouchement ainsi que les visites lors de la première semaine de naissance par la sage-femme. Forcément, il y a compléments d’honoraires car la sage-femme doit se rendre disponible pendant de longues heures et cumule les frais de déplacements. En moyenne, un AAD revient entre 1200 et 1500 €.  Certaines mutuelles peuvent prendre en charge certains frais mais il est rare que les parents ne doivent pas assumer une partie de la facture.

Même si les mœurs françaises ne se sont pas totalement en phase avec l’accouchement à domicile…

…toute future maman doit savoir qu’elle peut donner naissance chez elle si son état médical le permet. Cela relève surtout d’un choix personnel dont le papa fait entièrement partie puisqu’il joue, lui aussi, un rôle déterminant lors de l’accouchement. Autre alternative, qui ressemble un peu à l’AAD, la naissance en maison de naissance. Mais pour l’instant, ces structures sont très peu nombreuses, 9 à titre expérimental plus quelques structures ici ou là qui existaient déjà, telle la maison de naissance L’Arc en Ciel, à Lormont dans la périphérie de Bordeaux. Une alternative donc, mais limitée à environ 3 000 naissances sur toute la France (DOM compris), puisque chaque maison de naissance ne réalisera en moyenne que 300 accouchements par an. Côté naissances hors maternité, on est encore loin d’égaler le Québec ou les Pays Bas…

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