Un bébé conçu avec trois ADN, c’est désormais possible en Angleterre

Le Royaume-Uni est le premier pays à autoriser la conception de bébés à partir de l’ADN de trois parents afin d’éviter la transmission de certaines maladies graves, en raison d’un dysfonctionnement de la mitochondrie (ndlr, noyau d’une cellule de l’ovule). Si la décision a été approuvée par 382 députés, 128 ont voté contre. La Chambre des Lords doit néanmoins encore valider cette décision le 23 février prochain. Les premiers bébés, nés de cette technique pourraient ensuite naître dès l’automne 2016.

La mitochondrie, qu’est-ce que c’est ?

Ce sont de petits organites présents dans les cellules. La mitochondrie est le lieu de la respiration cellulaire, c’est une peu l’usine énergétique de la cellule. Elle convertit, grâce aux enzymes ATP synthases, le glucose en molécule énergétique. Quand elles sont défectueuses, elles sont responsables de maladies dégénératives graves telles que le diabète ou la myopathie. En Grande-Bretagne, c’est près de 125 bébés qui naissent chaque année avec des séquelles générées par un dysfonctionnement mitochondrial. « Nous avons une responsabilité dans notre pays d’investir dans le changement, de faire des recherches et de le voter, a confié au Daily Mail le Premier Ministre du Royaume-Uni, David Cameron. Mais je pense que lorsqu’il y a une chance de voter pour la vie et le bonheur de milliers de parents, il faut voter pour. »

Comment bloquer la transmission de la maladie ?

Cette technique développée à Newcastle permettrait donc de retirer de l’ovule de la mère la mitochondrie défectueuse et de la remplacer par une mitochondrie saine provenant d’une autre femme. « Je soutiens ce projet parce que je pense que cela va donner aux parents la possibilité d’avoir un enfant en bonne santé. Je sais ce que c’est que d’avoir un enfant gravement malade alors j’ai beaucoup de compassion pour ces parents », a également ajouté David Cameron (ndlr, en effet, le Premier Ministre britannique et son épouse ont perdu un enfant handicapé à l’âge de 6 ans en 2009).

Comment ça marche ?

Néanmoins cette loi ne fait pas… force de loi ! En effet, les couples qui souhaitent profiter de cette avancée de la science devront en demander l’autorisation à l’organisme britannique responsable en matière de bioéthique, le Human fertilisation and embryology authority (HFEA). Après avoir été fécondé par le sperme du père en laboratoire, l’ovule est implanté dans l’utérus de la mère. Le futur enfant sera alors porteur de toutes les caractéristiques génétiques de son père et de sa mère, mais pas de mitochondries responsables de maladies comme la myopathie ou le diabète. Le procédé médical étant voté par les édiles britanniques, y a plus qu’à…


Les premiers bébés conçus avec trois ADN différents pourraient donc naître d’ici 18 mois. Si cette technique n’a pas fait débat outre mesure outre-Manche, il n’en pas de même ici. Le Pr René Frydman, un des pionniers de la PMA en France, se montre plus que circonspect, estimant que la science manque encore de recul sur cette méthode. Plus précisément, lors d’une interview à l’AFP, le gynécologue obstétricien a déclaré : « Avec cette thérapie germinale, on modifie le génome, on introduit 1% d’un génome qui vient d’ailleurs et on ne sait pas quel impact cela risque d’avoir ». Le Pr Frydman a aussi souligné le risque que ce procédé incite les femmes à repousser toujours plus loin le moment d’avoir un enfant puisque les conséquences des effets de l’âge sur les cellules de l’ovule pourraient donc être corrigées par cette modification du génome.

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