Pourquoi tant de fringales au premier trimestre ?

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Les envies de la femme enceinte dès le premier trimestre de la grossesse ont déjà fait couler beaucoup d’encre. C’est la fameuse blague que l’on raconte au Nouvel An, cette envie incroyable de mousse au chocolat surmontée d’un rollmops ou de pizza anchois-ananas… Les envies peuvent se rapprocher des fringales, très courantes jusqu’à la fin de la grossesse, mais pas forcément. L’envie marque le besoin d’un aliment particulier, hors cadre, hors saison ou hors appétence naturelle, mais pas forcément en abondance.

La fringale, elle, consiste à manger souvent et beaucoup d’un aliment particulier de type envie. Mais aussi n’importe quel aliment pour combler une sensation de manque, le fameux « petit creux ». Pourquoi certaines femmes cèdent-elles plus aux envies qu’aux fringales (et vice versa) ? Trois spécialistes ont leur point de vue sur la question… Instructif alors que les tentations vont se faire nombreuses dans les coulisses des repas estivaux !

Des carences à combler pendant votre grossesse ?

Une envie frénétique de noisettes ou de chocolat indiquerait-elle une carence en magnésium ? L’envie d’une orange un manque de vitamine C ? Saliver devant des chips démontrerait donc une déperdition trop importante de sel par la transpiration ? Et tutti quanti…

Pour le Pr Jean-Michel Lecerf, nutritionniste, le corps humain a perdu depuis belle lurette la capacité d’auto-réguler carences et apports alimentaires spécifiques. L’envie de noisettes pourrait traduire une appétence pour ce fruit sec très coûteux que la grossesse autoriserait donc comme un luxe acceptable. Voire nécessaire. Histoire de déculpabiliser devant la dépense.

Le chocolat ? Le magnésium vraiment ? Ou un besoin de douceur qui a besoin d’une excuse minérale pour s’autoriser cette gourmandise dans une société qui l’élève au rang de péché mortel pour la ligne ? Le hachis parmentier ? Quelles vertus nutritives lui trouver ? Sa richesse en protéines ? L’apport de calcium et de sucres lents de la purée de pommes de terre, tellement nécessaires enceinte ? Et si c’était seulement un besoin de régression ? Permettant ainsi de redevenir la petite fille qui aimait tant ce plat familial ? Tandis que la future maman est un peu inquiète à l’idée des responsabilités qui l’attendent ?

Bref, selon ce spécialiste, les envies de la femme enceinte seraient davantage mues par un état émotionnel et surtout hormonal, le flux d’oestrogènes qui pousse à consommer des aliments riches, que par de vrais besoins nutritionnels.

Les fringales : un instinct de protection ?

Pour Chantal Birman, sage-femme, « les envies » de la femme enceinte sont à relier à un instinct de protection envers le futur bébé. La femme enceinte vit sa grossesse naturellement, sans devoir faire de gros efforts particuliers envers le bébé, sinon prendre soin d’elle. Cela peut être inconsciemment frustrant pour les mamans qui ont besoin d’être dans le contrôle ou tout simplement dans l’action.

Pour la sage-femme, les « envies » pendant la grossesse viennent du désir inconscient de participer à la vie utérine du bébé, d’avoir un rôle moins passif. En ayant des « envies », la future maman apporte quelque chose à son bébé. Des vitamines par exemple s’il s’agit de fruits, des bons lipides et de l’iode s’il s’agit de roll-mops, etc… Un pré-maternage en quelque sorte, avant même la naissance.

Parfois, l’envie peut être excessive et se muer en voracité, d’où le terme plus approprié de fringale. « Manger rassure les futures mamans, explique Chantal Birman. Il s’agit souvent, quand la fringale occasionne une prise de poids plus qu’excessive, de jeunes femmes subissant une situation affective ou matérielle inconfortable qui génère une dépression ». Ce qui les pousse à se remplir par la nourriture pour combler le vide. « Mais, en général, rappelle la sage-femme, les « envies » des femmes enceintes n’ont rien à voir avec la boulimie ». Alors, la solution, quand on a des « envies » raisonnables (du moins en quantité calorique) ?

Suivre une préparation à la naissance et favoriser ainsi le dialogue avec soi-même. Avec l’aide de la sage-femme, pour décoder ce qui provoque ces envies. Y céder ? Pourquoi pas… De temps à autre, comme en ce moment alors que l’été s’annonce, porteur de nombreuses gourmandises exceptionnelles. Et tant que cela ne menace pas la santé de la future maman et, par conséquent, celle de son futur bébé.

Une « envie » autorisée (pas d’alcool, pas de protéines animales crues qu’il s’agisse de viande, de poisson, de lait ou d’oeuf…) qui s’inscrit dans un programme alimentaire raisonnable, encadré, n’aura pas forcément de conséquences sur la courbe de poids ni sur la santé. Donc aucune raison de culpabiliser d’avoir lâché (un peu !) la bride à sa gourmandise !


La nourriture, une façon de compenser un manque pendant la grossesse ?

Elizabeth Somer, spécialiste américaine de la nutrition et notamment des « envies » pendant la grossesse, y voit une compensation à un état qui met mal à l’aise : « La marée des émotions qui va de pair avec la grossesse détourne généralement vers l’alimentation le besoin d’un réconfort qu’on ne trouve pas dans sa vie », explique-t-elle. Pas faux dans certains cas, mais, alors, pourquoi aller chercher des aliments qu’on n’apprécie pas forcément quand on n’est pas enceinte ? Les roll mops, par exemple ? Sans doute, la spécialiste fait-elle pot commun des « envies » et des « fringales » ? Pour elle, la solution consiste à prendre un bon petit déjeuner le matin afin de couper les envies de grignotage dans la journée. Si seulement c’était si simple…

Mais Elisabeth Somer insiste surtout sur l’affection de l’entourage pour aider à passer le cap sans (trop) dévaliser le frigo. Rien de très nouveau sous le soleil… Et ces propos ne tiennent pas compte des bouleversements hormonaux. Le flux d’oestrogènes notamment, qui, comme pendant les règles, nous pousse à ouvrir plus souvent à qu’à son tour la porte du frigo ou du placard à douceurs pendant la grossesse… Certes, si nous nous sentons mal aimées, mal comprises ou en équilibre professionnel ou financier instable, cela ne fait qu’accentuer la tendance aux fringales compulsives.

La solution, là encore, c’est de trouver un lieu pour en parler. Le cabinet de la sage-femme, par exemple, semble tout à fait indiqué… Et en attendant de recourir aux vieux trucs qui ne fonctionnent pas si mal chez les adeptes des régimes minceur. Alors pourquoi chez les femmes enceintes aussi ? On a cité le brossage des dents dès qu’une envie surgit, le grand verre d’eau (ou tisane sans sucre) à boire lentement ou le chewing-gum à mâcher consciencieusement.

Et vous, quels sont vos trucs pour parer les fringales ?

Si vous souhaitez aller plus loin, vous pouvez lire le livre de Jean-Michel Lecerf A chacun son vrai poids.

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