Pour ou contre manger son placenta ?

Manger son placenta. Quelle drôle d’idée nous direz-vous. Et pourtant aux Etats-Unis, de plus en plus de jeunes mères demandent à récupérer le leur. Selon certaines croyances, le placenta permettrait aux femmes venant d’accoucher de surmonter la dépression et la fatigue. Info ou intox ? Philippe Deruelle, Professeur à la Faculté de Lille 2 et Secrétaire du Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français répond aux interrogations de Neuf Mois.

Etes-vous pour ou contre manger son placenta ?

Formellement, je ne suis pas contre ce genre de pratique mais je modulerai dans le sens ou dans certains pays, les conditions de stockage du placenta sont opaques (et cela reste un organe quand même), ce qui expose la mère à de potentiels infections alimentaires.

Certains people expliquent que manger son placenta peut aider les femmes à surmonter la dépression et la fatigue…

Je pense que c’est surtout le côté mystérieux du placenta qui attire. Capable de produire un certain nombre d’hormones, le placenta possède des capacités particulières dont celle de maintenir un lien entre le fœtus et sa mère. Pompé par le bébé, le placenta est donc et surtout une membrane d’échanges et non un lieu de stockage de nutriments. Celui-ci n’est donc pas un organe capable d’apporter tout ce qu’il faut en vitamines, en sels minéraux ou oligoéléments à une mère qui souhaiterait le consommer. Ce n’est pas plus nourrissant qu’un bifteck.

En France, est-il possible de récupérer son placenta ?

Non. Notre législation est bien plus stricte qu’aux États-Unis. En France, le placenta est considéré comme un déchet hospitalier qui doit être incinéré. On ne le conserve que dans deux cas bien précis. Dans un premier temps, si les patientes qui accouchent par césarienne donnent leur accord pour que l’hôpital conserve leur placenta, on utilisera ce dernier dans le cas d’une greffe de cornet. La membrane amniotique servira de pansement car elle permet de soulager. On peut aussi récupérer le placenta s’il y a besoin de l’analyser si une femme a perdu son bébé lors de l’accouchement ou si elle a été victime de complications. On demande alors un consentement oral aux parents avant de procéder à l’examen du placenta.

Depuis quand cette interdiction existe-t-elle en France ?

Dans les années 90, il était encore possible de récupérer les placentas pour les utiliser dans certains domaines. Les hôpitaux les mettaient ainsi gratuitement à disposition des industries de la cosmétologie. Ces dernières les récupéraient pour les utiliser dans les produits de beauté. Mais avec l’affaire de la vache folle (maladie mortelle causée par le prion), la législation s’est durcie. Nous nous sommes rendu compte que le placenta pouvait lui aussi contenir le fameux agent pathogène : le prion. Comme il y avait encore très peu de moyens de le détecter, la récupération de placentas a dont été interdite.

Est-il possible de conserver son placenta dans d’autres pays que les États-Unis ?

Pas à ma connaissance. Il existe par contre des régions où la demande de conserver le placenta est plus forte qu’ailleurs. A la Réunion, certaines mères réclament leur placenta afin de l’enterrer près d’un arbre. Ce rituel ancestral porterait chance au bébé.


Bon à savoir

Si une maternité s’est engagée dans le don de cordon, les femmes qui le souhaitent peuvent faire don de leur placenta pour aider des enfants atteints de leucémie. Une fois que le bébé est sorti du ventre de sa mère, on profite que le placenta soit encore collé à l’utérus pour prélever le sang qui se trouve dedans. Ce dernier est ensuite envoyé en laboratoire, analysé. On envoie ensuite les poches de sang vers les hôpitaux en demande de greffe.

Merci au Professeur Philippe Deruelle, professeur à la Faculté de Médecine de Lille 2 et secrétaire du CNGOF (Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français).

Voir les commentaires (0)

Laisser votre commentaire