Grossesse et compléments alimentaires font-ils bon ménage ?

grossesse et compléments alimentaires-neuf mois

La grossesse est une période privilégiée. Et en ce qui concerne le plan santé, nous futures mamans, on veut toutes être au top. Rien ne vaut alors une alimentation variée et équilibrée. Grâce à elle, vous serez sûre d’absorber tous les nutriments dont votre bébé et vous avez besoin pendant la grossesse. Pourtant, pour certaines d’entre vous, l’alimentation peut ne pas suffire à fournir tous les nutriments indispensables. Soudain la question des compléments alimentaires se pose. L’ANSES a émis une mise en garde contre l’abus de compléments alimentaires. Mise à part un besoin identifié par un professionnel de santé, vous devez éviter les compléments alimentaires. Alors comment s’y retrouver ? On a donc posé la question au Dr Laurence Plumey, nutritionniste, afin que vous ayez toutes les réponses en main.

La prise de compléments alimentaires au cours de la grossesse est-elle une nécessité ?

Oui et non. Normalement, si on suit les recommandations de la Haute Autorité Sanitaire (HAS), les femmes enceintes doivent être supplémentées surtout au niveau des vitamines suivantes : la vitamine D et la vitamine B9. Il est d’ailleurs recommandé de prendre de la vitamine B9 dès le projet de maternité. Un peu avant l’arrêt de la contraception. En effet, cette vitamine est essentielle pour la bonne fermeture du tube neural au 28e jour de la gestation. Sinon le bébé risque de développer un spina bifida, qui est un très lourd handicap. Les carences en vitamines B9 touchent beaucoup de femmes en âge de procréer. D’où la nécessité de cette supplémentation avant même la grossesse.

En ce qui concerne la vitamine D, une alimentation équilibrée permet de couvrir les besoins nutritionnels d’une femme en bonne santé. En règle générale, les médecins supplémentent toutes les femmes enceintes durant l’hiver. Et uniquement celles qui habitent des régions peu ensoleillées l’été. Ainsi que celles qui ont la peau sombre. L’étude récente de L’ANSES pointe du doigt la supplémentation en vitamine D et en iode, qui peuvent provoquer des effets indésirables graves chez le fœtus, chez certaines femmes enceintes.

Attention, pas de panique, les compléments en vitamine D sont généralement trop peu concentrés pour aboutir à un excès de calcium. Mais certaines femmes ont une sensibilité particulière au calcium qui peut avoir des conséquences sur la santé du fœtus. Quant à l’iode, il y a un risque avéré de surdosage qui peut influer sur la thyroïde de bébé, alors on ne prend rien en automédication. On applique le principe de précaution. Et dès lors que votre gynécologue obstétricien ne vous prescrit pas ces compléments, on ne prend rien.

Quant aux suppléments en calcium et DHA (acide gras polyinsaturés oméga-3), les études n’ont rien relevé de concluant. Mieux vaut s’assurer d’apports suffisants par une alimentation diversifiée et équilibrée.

Les besoins en fer augment-ils pendant la grossesse ?

Le cas du fer est très réglementé. On considère qu’il y a anémie pendant la grossesse si le taux sanguin d’hémoglobine est inférieur à 11g/dl. Mais il ne faut pas faire une fixation sur le manque de fer et une anémie potentielle : la nature est bien faite. Les hormones produites par la femme enceinte permettent une meilleure absorption du fer. En cas de grossesses rapprochées, il vaut mieux vérifier son taux, plutôt que de passer à l’aveugle à une complémentation en fer. En effet, trop de fer n’est pas bon pour la santé : ce dernier est un oxydant puissant. Par contre, la détection d’une carence permet de ne pas cumuler des retards en fer.

Qu’en est il des carences en iode chez la femme enceinte ?

Dans le cas de l’iode, L’ANSES est très clair, il y a un risque avéré de surdosage qui peut influer sur la thyroïde de bébé. Alors on ne prend rien en automédication ! Si vous habitez proche des côtes maritimes, ou à moindre mesure si vous habitez l’intérieur des terres mais mangez régulièrement du poisson (deux fois par semaine), il n’y a pas de risque de carence. Selon les statistiques, les populations les plus carencées habitent dans le Centre ou dans le Nord-Est de la France. Mais cela ne veut pas dire que les autres ne le sont pas.

En effet, si vous êtes fumeuses ou si vous avez eu des grossesse rapprochées, vous êtes plus susceptibles d’être carencées. De même que celles qui ne mangent jamais de produits marins, quel que soit leur lieu de vie. Ou encore les femmes qui ont l’habitude d’un régime alimentaire végétarien. Des apports suffisants sont indispensables car une carence en iode affecte le fonctionnement de la thyroïde de la maman et la maturation du cerveau du fœtus. Cependant il faut seulement prendre un complément d’iode si le médecin vous en prescrit.

Quels risques sont à prévoir si une femme enceinte refuse de prendre les compléments alimentaires prescrits ?

Si la future maman est en refus, il y plusieurs prises de risque : pour la vitamine B9 aussi appelée folates, le spina bifida notamment au premier trimestre de grossesse, et aussi des malformations comme la fente palatine au troisième trimestre. Pour la vitamine D, la carence conditionne la capacité d’absorption du calcium. Les réserves peuvent alors baisser : la prise de risque concerne plus la maman en elle-même que le bébé. Si la grossesse s’est déroulée en hiver avec accouchement au printemps, le risque est réel d’avoir manqué de soleil pour synthétiser la vitamine D. Mieux vaut alors se supplémenter toujours avec avis médical.

Comment être sûr de ne manquer de rien pendant la grossesse ?

Les femmes enceintes qui peuvent refusent les compléments alimentaires devraient être uniquement celles qui sont sûres de leur alimentation et des bienfaits qu’elles en obtiennent. Elles ont une alimentation équilibrée, riche en légumes à feuilles, en chou et en salade pour fixer le maximum de vitamine B9. Évidemment, après une mise en garde, on procède à une vérification car même si on mange suffisamment de légumes verts, il est possible que l’organisme ne métabolise pas correctement les folates et qu’il y ait carence. Contrairement à une idée reçue, les végétariennes ne sont pas les plus carencées. Mais nous ne sommes sûrs de rien, c’est pourquoi la supplémentation est prescrite de manière systématique.

 

Source :


ANSES

HAS

 

 

 

Voir les commentaires (0)

Laisser votre commentaire