J’ai grandi dans une famille homoparentale

Hello la communauté Neuf Mois ! Moi c’est Marion, et je suis née dans une famille homoparentale. Pour m’avoir, mes deux mamans ont été aidées un ami et aujourd’hui on forme une famille très unie. Dès les premiers instants où je suis née, j’ai reçu de l’amour à n’en plus finir et j’ai eu une éducation comme les autres enfants. Mais malgré les doutes, les obstacles et les incompréhensions autour de moi, de nous, je suis aujourd’hui une femme comblée qui ne changerait pour rien au monde sa vie et son vécu.

Une décision de cœur

Je suis une adulte à présent et j’ai grandi avec deux mamans et un papa. A l’époque cela n’a pas été simple pour mes parents je l’avoue. Mes deux mamans souhaitaient plus que tout avoir un enfant. La nature ne pouvant offrir ce cadeau, elles ont demandé au meilleur ami de l’une d’entre elles de devenir le géniteur pour la conception. Très proche de mes mamans, il est devenu un confident au fil des années. Il a rencontré l’une de mes mamans à l’école militaire et il a toujours été au courant de l’homosexualité de ma mère. Très honoré, il n’a alors pas hésité longtemps avant de donner sa réponse afin de leur permettre de devenir mères. A l’époque, il était célibataire et en début de carrière. Aujourd’hui, il est toujours seul et n’a conçu sa famille qu’avec nous. Cette situation lui semblait plus simple. C’est un homme quelque peu « sauvage », et partager sa vie avec une femme ne lui convenait pas.

Puis, afin de savoir quelle maman allait me porter, cela n’a pas été très difficile car l’une d’entre elles étant stérile à son grand malheur, la question ne se posait pas. Côté grossesse, quelques difficultés sont alors survenues. Le placenta n’étant pas bien fixé, cela a obligé ma mère à rester alitée pendant 8 mois. Elle a pu sortir au 9ème mois.

Une période de doutes

Ma mère ne pouvant pas avoir d’enfant ainsi que mon père, étant tous les deux militaires, ils ont été amenés à se poser des questions quant à leur situation professionnelle. Car à la fin des années 80, c’était un milieu où ce sujet était tabou. De plus, les missions les obligeaient à partir durant certaines périodes.

Un accouchement long puis un bonheur ultime

Lors de ma naissance, mon père n’a pas désiré assister à l’accouchement. Et ma deuxième mère n’a pas pu venir en salle. Nous nous sommes alors retrouvées à deux, ma maman et puis moi qui suis arrivée. Ce fut une épreuve assez difficile pour elle car le travail a duré plus de 24 heures. Pour finir, je suis née en excellente santé.

Le personnel soignant n’était pas au courant de la sexualité de mes mères. Mes trois parents ont préféré ne parler que d’un papa et d’une maman. Et actuellement, je porte le nom de mon père car à l’époque la paperasse était très difficile à gérer. A mon arrivée, du côté de mes mamans, c’était l’extase ! L’enfant tant attendu était enfin là.

L’annonce à la famille

Pour l’annoncer à la famille, cela a été très simple. Nous sommes très ouverts d’esprit. La nouvelle a été très bien acceptée à une exception, les parents de mon père qui au départ n’étaient pas favorables. Après 6 mois, le temps a passé, ils sont revenus sur leur avis, et ont décidé de me rencontrer. Le fait d’être grands-parents biologiques mais pas au sein du couple, les a attristé au départ. De plus, pensant que leur fils n’aurait pas la garde, ils se sont inquiétés. La donne a alors très vite changé en voyant l’amour que mes mères me portaient et le fait que mon père pouvait me voir autant qu’il le désirait. Parti 2 à 3 fois par an pour son travail, je le voyais ainsi lorsqu’il était présent. Tant que cette situation n’avait pas d’incidence sur ma vie, mes grands-parents étaient heureux pour toute notre petite famille. Ils ne jugent absolument pas le mode de vie et le couple de mes mères.

L’école, une période compliquée 

A l’école, cela n’a pas toujours été simple. Les autres enfants se moquaient de moi, et de ma situation. Ils n’arrivaient pas à comprendre pourquoi deux mamans venaient me chercher à la sortie des cours. Jamais mon père. J’ai eu le droit à nombreuses insultes. J’ai très vite pensé aux parents qui devaient expliquer à leur manière ce qu’était l’homosexualité et les dangers qu’il y avait à l’époque avec les maladies sexuellement transmissibles. Les enfants sont durs entre eux. Heureusement, j’ai un tempérament assez calme, ce qui me permettait de les laisser dire sans y prêter grande attention. Avec le temps, j’ai appris à ignorer leurs propos.


Je ne dis pas que cela ne m’a pas affecté mais j’ai eu la chance de beaucoup discuter avec mes trois parents. Je leur posais de nombreuses questions. L’amour que mes parents me portent est exactement le même que celui des autres enfants. J’ai grandi comme tous les autres. Je suis partie en vacances, je jouais de la même manière que mes camarades, j’avais les mêmes angoisses, les mêmes désirs. Tout ce qu’ils faisaient, je le faisais. Il n’y avait aucune différence. J’ai reçu une excellente éducation.

Mais malgré mon contrôle, il m’est arrivé de déraper lorsque j’étais au collège. J’en suis venue aux mains avec une élève après qu’elle ait dit, je cite : « Je souhaite que tes parents crèvent en mission, ce sera bien fait pour eux ». Convoquées chez le CPE, mes deux mères sont venues me défendre, mon père n’étant pas présent à ce moment donné. Au vu de ses actes déplacés, ma camarade d’école s’est fait renvoyer durant une semaine. Je me rappellerais surtout lorsque ma mère non stérile a dit au CPE que moi aussi je méritais une punition du fait de mes actes violents envers elle. Elles désiraient réellement me faire comprendre que la violence n’est jamais la solution. J’ai alors fait une dissertation sur la violence au collège. Je n’étais évidemment pas ravie de cette punition mais une fois de plus, j’ai réalisé que j’étais une enfant comme les autres et surtout élevée à la militaire. C’était tout ou rien. Si elle était punie, je l’étais aussi.

Je suis une femme comblée

Je suis maintenant une adulte et j’ai fondé une famille avec mon compagnon. Le fait d’avoir grandi avec un couple homosexuel ne fait pas de moi une homosexuelle pour autant, un monstre comme penseraient certains. Je suis hétérosexuelle. Mon enfant a trois grands-mères et deux grands-pères. J’ai un travail, une famille très soudée et ouverte. J’ai des amis hétérosexuels et homosexuels. Je suis très heureuse, et pour rien au monde je n’échangerai ma vie.

On imagine toujours que l’union de deux sexes identiques est sale et malsain. Pour ma part, je suis fière d’avoir grandi dans ce monde là. Tant qu’il y a de l’amour dans le couple et du respect, c’est le principal. Je n’ai jamais été maltraitée, ni trop gâtée, ni exposé à l’intimité de mes mamans.

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