En Suisse, pourquoi y-a-t-il tant de licenciements après un congé maternité ?

Lorsqu’on apprend qu’on est enceinte, on n’a qu’une hâte : l’annoncer au futur papa, à la famille, mais aussi au monde entier tant notre joie est immense. Ah oui, il faut aussi l’annoncer au patron… Pas facile facile n’est ce pas ? En France une future maman dispose de certains droits et la loi la protège contre un éventuel licenciement. Seulement voilà, les employeurs peuvent trouver des parades, afin de mettre fin à la carrière d’une femme revenant de son congé maternité. C’est le cas en Suisse, où de plus en plus de femmes se font licencier après une grossesse.

Pour ce reportage, le journal suisse Le Temps a récolté de nombreux témoignages de jeunes mamans, congédiées par leur patron, au retour de leur congé maternité. Il y a notamment cette jeune femme (qui a souhaité rester anonyme) qui, en 2013, avait pourtant une très belle carrière qui se dessinait devant elle. Un poste de cadre dans une multinationale, des voyages, mais aussi une promotion au poste de chef d’équipe. Après une première grossesse, la jeune femme est de nouveau enceinte. Alors qu’elle est encore en congé maternité, elle reçoit une convocation pour une réunion qui doit se dérouler le jour de sa reprise. Mais cette journée qui sonne la fin de son congé maternité aura un goût amer. En effet, lors de cette réunion où ses chefs brillent par leur absence, elle apprend qu’elle est licenciée en raison de « réorganisation ». Les personnes présentes expliquent à la trentenaire que c’est tout à fait légal. Elle n’a donc pas « osé contester ».

Plusieurs cas recensés

Et l’histoire de cette jeune femme n’est pas la seule et le taux des licenciements lors d’un retour de congé maternité ne cesse d’augmenter. Par exemple, on peut remarquer que sur la plateforme gleichstellungsgesetz.ch, une base de données juridique en ligne depuis 2014, 100 dossiers sont sur le thème de la « grossesse » et 710 le sont sur celui de la « discrimination liée au sexe ». Voilà pourquoi, les bureaux de l’égalité de Zurich, à Genève souhaitent y mettre un terme.

Pour Véronique Kämpfen, directrice de communication à la Fédération des entreprises romandes (FER), il n’y a pas de quoi s’inquiéter. Ici, les cas sont dits « extrêmes », mais en moyenne, les employeurs « respectent la loi ». Et pourtant, il existe de nombreuses femmes entre 20 et 40 ans qui voient leur carrière s’arrêter à leur retour de congé maternité sous prétexte qu’elles ont eu le désir d’être maman. Le gouvernement suisse reconnaît alors que le « problème persiste ». En Suisse aussi, la loi protège la future maman. Voilà pourquoi les employeurs doivent une bonne raison de renvoi, et ne pas inclure la grossesse de la future maman.


Pourquoi licencier une jeune maman ?

Pour Audrey Schmid, déléguée syndicale à Unia Genève, ce qui pousse un employeur à licencier une jeune maman, c’est la peur. En effet, selon les dires de la jeune femme : le patron craindra « qu’une mère soit moins investie, qu’elle réclame plus souvent des congés ou un temps partiel. Plutôt que de prendre ce risque, il préfère la congédier. » Ses principales excuses ? « Il tente souvent de noyer le poisson en invoquant de multiples motifs: mesures d’économies, absences antérieures ou encore restructuration interne », explique-t-elle.

Outre le licenciement, il existe un autre moyen pour faire partir une jeune maman : la pression sociale, ce qui « pousse » une mère à démissionner. La réduction de leur temps de travail n’est pas autorisée, et s’il l’est, c’est pour faire des tâches les moins intéressantes, voire dégradantes pour elles. Pour Anouchka Chardonnens, juriste au Bureau de l’égalité de Fribourg, il s’agit d’une « autre forme de discrimination en raison du sexe. » Avec autant de pressions sociales, il n’est pas étonnant alors de voir des femmes démissionner aussitôt après avoir mis au monde leur petit bout…

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