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La loi anti-fessĂ©e adoptĂ© Ă  l’AssemblĂ©e Nationale

Mise Ă  jour le 3 dĂ©cembre 2018 : Dans la nuit du 29 au 30 novembre, l’AssemblĂ©e Nationale a adoptĂ© la loi Ă  51 voix contre 1. Seule la dĂ©putĂ© d’extrĂȘme droite Emmanuelle MĂ©nard a votĂ© contre, estimant que la loi « dĂ©pouillait les parents de leurs prĂ©rogatives« . La loi doit encore ĂȘtre validĂ©e par le SĂ©nat. Si elle est dĂ©finitivement adoptĂ©e, elle entrera dans l’article 371-1 du Code civil. Article qui est lu pendant les mariages et auxquels s’ajouterait cette phrase : « l’autoritĂ© parentale s’exerce sans violences physiques ou psychologiques« . On parle d’une loi anti-fessĂ©e, mais que contient rĂ©ellement le texte ?

Interdire toutes les VEO

La France est en retard par rapport Ă  ses voisins europĂ©ens concernant la lĂ©gislation autour des VEO. Elle est l’un des cinq derniers pays du continent Ă  ne pas encore avoir interdit dans ses lois les violences Ă©ducatives ordinaires. Les autres pays n’ayant pas encore lĂ©gifĂ©rĂ© sont le Royaume-Uni, l’Italie, la Belgique et la RĂ©publique TchĂšque. Le nouveau projet qui sera discutĂ© Ă  l’AssemblĂ©e vise Ă  interdire la fessĂ©e mais aussi la gifle, les menaces ou les propos humiliants envers l’enfant. S’il est adoptĂ©, il serait incorporĂ© à l’article 371-1 du Code Civil sur l’autoritĂ© parentale.

Une loi anti-fessée censurée en 2017

En 2016, une premiĂšre loi avait Ă©tĂ© Ă©tudiĂ©e et votĂ©e Ă  l’AssemblĂ©e. Cette loi excluait « tout traitement cruel, dĂ©gradant ou humiliant, y compris tout recours aux violences corporelles« . Pourtant, l’annĂ©e suivante, le Conseil Constitutionnel avait pris la dĂ©cision de censurer cette loi, la jugeant sans rapport avec le projet initial. D’autres amendements et projets de loi ont Ă©tĂ© proposĂ©s depuis, mais ils ont tous Ă©tĂ© refusĂ©s. La dĂ©putĂ© Maud Petit ne perd pas espoir « Cette fois, je suis optimiste. Plusieurs membres du gouvernement se sont prononcĂ©s en faveur de cette interdiction« . Par exemple, la SecrĂ©taire d’Etat chargĂ©e de l’Ă©galitĂ© femmes-hommes, MarlĂšne Schiappa s’est prononcĂ©e en faveur de ce projet de loi, mais Ă  titre personnel, le gouvernement n’ayant encore rien dĂ©clarĂ© officiellement.

La fessĂ©e, un geste qui n’a aucune portĂ©e Ă©ducative

Chaque nouveau projet de loi anti-fessĂ©e amĂšne son lot de critique souvent fait de « j’en ai reçu je ne suis pas traumatisĂ© » ou encore « Ă§a n’a jamais fait de mal Ă  personne ». Seulement, ce n’est pas l’avis de nombreux spĂ©cialistes, qui considĂšrent que ces violences ordinaires n’ont pas leur place dans l’Ă©ducation de nos enfants. Dans un entretien accordĂ© Ă  LCI, Samuel Dock, psychologue clinicien, explique ce qu’il peut se passer dans la tĂȘte d’un enfant qui reçoit une fessĂ©e « Le parent reprĂ©sente l’environnement de l’enfant, il est le garant de la sĂ©curitĂ© de son univers, des rĂšgles et des gratifications qu’il peut recevoir. Lorsqu’il frappe l’enfant, il envoie voler en Ă©clats cet univers, et c’est donc d’abord de l’incomprĂ©hension que ressent l’enfant, incomprĂ©hension qui explique qu’une fessĂ©e n’aura jamais la moindre valeur Ă©ducative« . Plus que les violences en elle-mĂȘme, c’est l’absence de communication entre les parents et les enfants que souligne les spĂ©cialistes. La fessĂ©e vient remplacer l’explication, ou tout simplement le langage, et avec le temps, l’enfant ne saura pas forcĂ©ment rĂ©pondre avec des mots, mais le fera par la colĂšre : « C’est la peur qui domine le tableau. Lorsque les fessĂ©es sont amenĂ©es Ă  se rĂ©pĂ©ter, la colĂšre prend le dessus, la colĂšre comme seule rĂ©ponse Ă  l’absence de langage« .

Et vous, que pensez-vous de ces analyses et de ce nouveau projet de loi ?

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