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Journée de lutte contre la méningite : la vaccination contre la méningite à méningocoque

Le 6 octobre 2018 avait lieu la JournĂ©e Nationale de lutte contre la MĂ©ningite. Neuf Mois a pu interviewer le professeur Haas, Chef de Service Urgences PĂ©diatrique Infectiologie au CHU de Nice et faire le point sur cette maladie rare et imprĂ©visible et sur le rĂŽle crucial de la vaccination. Parce que l’information et la prĂ©vention sont essentielles, Neuf Mois vous en dit plus sur cette pathologie.

La mĂ©ningite, qu’est ce que c’est ?

D’aprĂšs une enquĂȘte Harris spĂ©cialement commandĂ©e pour la journĂ©e de la lutte contre la mĂ©ningite, le ressenti de la population est vrai : la grande majoritĂ© des personnes sondĂ©es (95%) jugent que c’est une maladie grave voire trĂšs grave. Une trĂšs grande partie des Français (83%) savent Ă©galement que c’est une maladie touchant le cerveau et la moelle Ă©piniĂšre, bien que les personnes les plus jeunes savent beaucoup moins bien identifier la maladie.
Pour ĂȘtre plus prĂ©cis, la mĂ©ningite Ă  mĂ©ningocoques est une infection due Ă  une bactĂ©rie qui touche les mĂ©ninges, cette enveloppe protectrice du cerveau et de la moelle Ă©piniĂšre. C’est la bactĂ©rie Neisseria meningitidis qui se trouve le plus souvent impliquĂ© dans la pathologie. Les mĂ©ningites Ă  mĂ©ningocoques sont peu frĂ©quentes mais particuliĂšrement dangereuses : elles Ă©voluent rapidement et sont responsables d’une grande morbiditĂ© et d’une grande mortalitĂ©.

Comment peut-on contracter une méningite à méningocoques ?

La mĂ©ningite est une infection des mĂ©ninges. Elle se produit quand le liquide cĂ©phalo-rachidien est infectĂ© par un micro-organisme (virus, bactĂ©rie..). Si les mĂ©ningites virales sont souvent bĂ©nignes, en revanche les mĂ©ningites bactĂ©riennes peuvent s’avĂ©rer trĂšs dangereuses. Les bactĂ©ries peuvent ĂȘtre transmises par la toux, les Ă©ternuements et si elles arrivent Ă  coloniser le liquide cĂ©phalo rachidien elles peuvent provoquer une inflammation trĂšs grave. Ainsi, les mĂ©ningocoques se transmettent lors d’un contact Ă©troit direct et prolongĂ© avec une personne prĂ©sentant de telles bactĂ©ries dans ses sĂ©crĂ©tions nasales et pharyngĂ©es. En collectivitĂ© les enfants sont donc particuliĂšrement exposĂ©s.
Parmi les bactéries responsables des méningites bactériennes ont trouve trois grands types de pathogÚnes : le pneumocoque (Streptoccus pneumoniae), le streptocoque du groupe B (Streptococcus agalactiae), le cobacille (Escherichia coli) et enfin le méningocoque (Neisseria meningitidis).

Quelles sont les personnes les plus touchées ?

Toujours d’aprĂšs le sondage Harris, prĂšs d’un Français sur trois pense Ă  tort, que cette maladie ne touche que les personnes fragiles et non les nourrissons
et c’est une erreur ! Certes, les personnes immunodĂ©primĂ©es sont plus fragiles vis-Ă -vis des infections mais les nourrissons et les enfants de moins de 5 ans sont particuliĂšrement vulnĂ©rables. Les adolescents sont Ă©galement plus souvent touchĂ©s et dans la plupart des cas, l’infection se dĂ©clare chez des personnes en bonne santĂ©.

Quelles sont les séquelles de la maladie ?

La grande majoritĂ© des personnes interrogĂ©es lors du sondage pensent ĂȘtre mal informĂ©es sur les complications potentielles de la mĂ©ningite. Ces complications sont malheureusement souvent trĂšs invalidantes : 1 survivant sur 5 prĂ©sente des sĂ©quelles graves comme des handicaps physiques ou neurologiques : perte de l’audition, amputation


Quelles sont les signes d’alerte ?

LĂ  est le paradoxe : 94% des personnes interrogĂ©es savent que c’est une maladie qui doit ĂȘtre prise en charge rapidement mais seulement 17% de la population connaĂźt les symptĂŽmes. Or dans les cas de mĂ©ningite Ă  mĂ©ningocoques, la rapiditĂ© de la prise en charge est essentielle.

Professeur Haas : « Le diagnostic est trĂšs difficile Ă  Ă©tablir rapidement car les premiers symptĂŽmes ne sont pas spĂ©cifiques et ressemblent Ă  un syndrome grippal : fiĂšvre, irritabilitĂ©, fatigue
.Cependant, rapidement, l’enfant va prĂ©senter des signes beaucoup plus graves comme une perte des troubles de la conscience, des maux de tĂȘte, l’apparition de tĂąches pourpres (appelĂ©es purpura fulminans). Le nourrisson quant Ă  lui semble somnolent, ne rĂ©agit pas, il n’interagit plus avec son entourage.
Au moindre doute, si votre bĂ©bĂ© n’agit pas comme Ă  l’habitude, il faut donc consulter rapidement son pĂ©diatre ou son mĂ©decin, si celui-ci soupçonne une mĂ©ningite il prendra les mesures d’urgence nĂ©cessaires ou pourra pratiquer d’autres examens pour affiner son diagnostic ».

Quels sont les traitements ?

Les traitements doivent ĂȘtre administrĂ©s le plus vite possible, il s’agit d’une antibiothĂ©rapie qui s’effectue par voie intraveineuse pendant plusieurs jours. Une antibiothĂ©rapie prĂ©ventive est administrĂ©e pour l’entourage proche.

Que peut-on faire en termes de prévention ?

Encore d’aprĂšs le sondage Harris, beaucoup de français qualifient la maladie de mortelle (54%), grave (54%) et foudroyante (45%), mais la grande majoritĂ© des personnes interrogĂ©es (71%) ne se sentent pas concernĂ©es par la maladie, pourtant la maladie peut toucher tout le monde. L’information et la vaccination pourraient permettre de rĂ©duire drastiquement le nombre de cas chaque annĂ©e et une couverture vaccinale suffisante permettrait de rĂ©duire la circulation de la bactĂ©rie voire d’éradiquer la maladie. La France est malheureusement le premier pays EuropĂ©en en termes de dĂ©cĂšs liĂ©s aux infections Ă  mĂ©ningocoques, mais ce triste record peut ĂȘtre arrĂȘtĂ©.

Professeur Haas : « Actuellement la vaccination reste le seul moyen de prĂ©vention efficace pour lutter contre cette pathologie gravissime. Les vaccins sont les produits les plus contrĂŽlĂ©s et le vaccin est particuliĂšrement efficace et parfaitement tolĂ©rĂ© : il n’a aucune ambigĂŒitĂ© sur le bĂ©nĂ©fice de la vaccination. Il faut rappeler que la mĂ©ningite Ă  mĂ©ningocoque est extrĂȘmement dangereuse et peut toucher n’importe qui. On dispose d’un traitement prĂ©ventif efficace : la vaccination qui reste le seul moyen pour protĂ©ger son enfant. Le Royaume-Uni Ă©tait autrefois le pays le plus touchĂ© par les infections Ă  mĂ©ningocoques. Une grande campagne de vaccination a permis de faire chuter drastiquement le nombre de cas au Royaume-Uni.
Concernant les mĂ©ningites Ă  mĂ©ningocoques, il y a plus de 20 ans on a introduit le vaccin contre la mĂ©ningite Ă  Haemophilus influenzae de type B et ce type de mĂ©ningite a quasiment disparu (sauf pour les enfants non vaccinĂ©s). En 2006, l’apparition du vaccin contre la mĂ©ningite Ă  pneumocoques Ă  permis de faire diminuer fortement le nombre de cas. Depuis 2010, il existe des vaccins qui protĂšgent contre les principaux sĂ©rogroupes responsables de ces mĂ©ningites Ă  mĂ©ningocoques (vaccin MenC, Vaccin MenACWY et MenB). Actuellement la couverture vaccinale n’est pas suffisante pour faire reculer la maladie ».

Quelles sont les axes de recherche sur la méningite ?

Professeur Haas : « Plusieurs axes de recherche existent autour de la mĂ©ningite Ă  mĂ©ningocoques, notamment pour savoir pourquoi certains enfants sont atteints et d’autres non (existence d’un terrain gĂ©nĂ©tique
) mais on ne peut que constater que, depuis 20 ans, la rĂ©animation pĂ©diatrique n’a guĂšre avancĂ©e : les mĂ©ningites Ă  mĂ©ningocoques sont toujours responsables de 15 Ă  20 % de dĂ©cĂšs et de 30 Ă  40 % de sĂ©quelles. Le seul moyen qui permettra Ă  terme de rĂ©duire drastiquement ces chiffres reste la vaccination ».

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