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GPA et adoption : le scandale inutile en Italie ?

En janvier dernier, l’Italie a fait un pas de plus vers les droits accordĂ©s aux couples homosexuels. Ils ont dĂ©sormais la possibilitĂ© de se pacser mais ce qui pose problĂšme c’est que la loi votĂ©e n’a pas tenu compte de certaines mesures importantes concernant notamment l’adoption ou le port du nom de famille du conjoint. Un article initialement prĂ©sent dans la loi devait en effet donner la possibilitĂ© Ă  un des partenaires dans un couple homosexuel d’adopter l’enfant du second partenaire. Mais cela n’a pas Ă©tĂ© reconnu et pose donc souci aux couples concernĂ©s, qu’ils aient financĂ© un projet de GPA Ă  l’étranger ou que l’un des deux ait adoptĂ© un enfant prĂ©cĂ©demment et souhaite que son conjoint soit reconnu comme parent Ă  part entiĂšre.

Le cas du petit Tobia Antonio soulÚve une grande problématique

Le dĂ©bat fait rage depuis quelques jours Ă  cause d’un cas particulier : le petit Tobia Antonio, fils biologique du canadien Eddy Testa, est nĂ© en Californie (États-Unis) grĂące Ă  une mĂšre porteuse canadienne qui a Ă©tĂ© rĂ©munĂ©rĂ©e Ă  hauteur de 200 000 dollars. Nicki Vendola, politicien italien et conjoint d’Eddy Testa, a donc apportĂ© une aide financiĂšre pour que le petit Tobia puisse voir le jour au sein de leur couple. MĂȘme s’il n’est pas lĂ©galement reconnu comme le pĂšre, Nicki Vendola a subi de nombreuses remarques en raison de cette GPA effectuĂ©e Ă  l’étranger, cette mĂ©thode de procrĂ©ation Ă©tant interdite en Italie. La loi italienne considĂšre le recours aux mĂšres porteuses comme un dĂ©lit passible de deux ans de prison et d’une amende allant de 300.000 Ă  un million d’euros.

La polĂ©mique a donc pris des allures nationales : mais pourquoi donc rĂ©munĂ©rer une mĂšre porteuse Ă  l’étranger alors mĂȘme que l’adoption est autorisĂ©e pour les couples homosexuels en Italie ? La raison que dĂ©fend l’un de ces conjoints est claire : l’adoption en Italie est trĂšs compliquĂ©e, l’attente est interminable non seulement pour l’attribution d’un enfant mais aussi pour son transfert dans le pays des parents adoptants malgrĂ© l’enregistrement de l’adoption. De plus, Nichi Vendola est dĂ©sormais ĂągĂ© de 57 ans, or l’ñge Ă©levĂ© est un facteur discriminant dans les dossiers d’adoption. Quand la demande d’enfants Ă  adopter est forte, les chances des parents candidats les plus ĂągĂ©s s’amenuisent forcĂ©ment !

Une vive polémique qui divise les conservateurs

Le couple ne s’est en aucun cas souciĂ© des regards portĂ©s sur leur dĂ©cision, alors que de nombreuses remarques les attaquaient directement.


De maniĂšre gĂ©nĂ©rale, l’Église Catholique s’est insurgĂ©e contre cette nouvelle loi en faveur des homosexuels car pour elle, un bĂ©bĂ© doit avoir un mĂšre et un pĂšre et non ĂȘtre Ă©levĂ© par deux personnes de mĂȘme sexe. Le secrĂ©taire fĂ©dĂ©ral de la Ligue du nord a Ă©galement dĂ©nonce un « égoĂŻsme dĂ©goĂ»tant » de la part de Nicki Vendola. En revanche, les groupes fĂ©ministes italiens, d’ordinaire rĂ©actifs par rapport Ă  de tels Ă©vĂ©nements, n’ont pas Ă©levĂ© la voix alors mĂȘme que cette histoire dĂ©montre, selon eux, une exploitation du corps de la femme en devenant mĂšre porteuse et en Ă©tant rĂ©munĂ©rĂ©e.

Plusieurs camps opposent donc diffĂ©rents points de vue sur ce cas « d’utĂ©rus par location » car beaucoup pensent que laisser faire cette pratique n’est pas le rĂ©sultat d’avancĂ©es sociales et donc pas en adĂ©quation avec les nouvelles lois accordĂ©es aux homosexuels. En France aussi, le dĂ©bat est loin d’ĂȘtre clos : si la GPA y est interdite, la Cour EuropĂ©enne des Droits de l’Homme (CEDH) avait condamnĂ© la France en juin 2014 pour son refus d’inscrire Ă  l’état civil les actes de naissance des enfants nĂ©s par GPA Ă  l’étranger. De cette condamnation a dĂ©coulĂ© une jurisprudence de la Cour de Cassation, en juillet 2015, qui valide donc l’inscription Ă  l’état civil de ces enfants nĂ©s d’un pĂšre français et d’une mĂšre porteuse Ă  l’étranger. Mais le dĂ©bat est loin d’ĂȘtre clos pour autant ! En Italie aussi oĂč une autre affaire attend son dĂ©nouement : un couple qui avait fait appel Ă  une mĂšre porteuse en Europe de l’Est s’était vu retirer l’enfant Ă  son retour, lequel avait Ă©tĂ© proposĂ© Ă  l’adoption. Or, la CEDEH avait donnĂ© raison aux parents, qui avaient portĂ© plainte pour « atteinte au respect de sa vie privĂ©e et familiale ». Le gouvernement italien a fait appel et le verdict devrait ĂȘtre connu d’ici l’étĂ© prochain.

Une sentence évidemment trÚs attendue dans un climat tendu, renforcé encore par la polémique autour de la filiation du petit Tobia Antonio.


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