Boom des jumeaux : quand le nombre de naissances a doublé en 40 ans inquiète

Dans les pays développés, depuis 40 ans, la naissance de jumeaux a quasiment doublé ! Un « boom des jumeaux » jugé « inquiétant » selon des chercheurs…

Dans une étude parue le lundi 8 février 2016, dans la revue américaine Population and Development, les scientifiques s’inquiètent face à ce taux de naissances multiples qui ne cesse de grimper : « Nous avons passé en revue toutes les statistiques d’état civil des pays disposant de tableaux détaillés pour les accouchements distinguant les naissances simples des naissances multiples : jumeaux, triplés, etc. » des années 1970 à 2012/2013/2014 a déclaré à l’AFP Gilles Pison, professeur au Muséum national d’histoire naturelle et chercheur associé à l’Institut national d’études démographiques (Ined). Les raisons ? Le retard des maternités qui favorise la scission d’un ovule en deux parties en raison de la maturité du système reproductif féminin et le fait que de plus en plus de couples passent par une Aide Médicale à la Procréation (AMP) car à partir de 25 ans la fécondité baisse.

Alors, passé 35 ans, 35% des couples ont besoin de cette aide pour concevoir un enfant. Quand ces couples doivent passer en consultation en Procréation médicalement assistée (PMA), plusieurs embryons sont implantés en même temps pour augmenter les chances de grossesse car tous ne sont pas forcément viables. Du coup, la probabilité d’avoir des jumeaux augmente car il arrive évidemment que plusieurs embryons soient viables.

Comparé au retard des maternités, l’effet de l’PMA est trois fois plus grand concernant ce « boom des jumeaux ». Pour cette étude, le Professeur Pison et ses collègues néerlandais, Christiaan Monden de l’Université d’Oxford et Jeroen Smits, originaire de Nimègue au Pays-Bas se sont basés sur les données de 32 pays. La majorité de ces pays est européenne, à laquelle on ajoute l’Australie, le Canada, les Etats-Unis, la Nouvelle-Zélande. Le Professeur Pison a tenu à souligner : « Cette moyenne recouvre une grande diversité de situations. »

Des taux différents selon les pays

Au Japon, le taux de gémellité des grossesses sous PMA n’est pas de trois fois plus mais dix fois plus, comparé à la gémellité générée par des grossesses tardives naturelles. Mais par exemple, en Pologne où la PMA n’est pas très développée, les grossesses gémellaires sous PMA ne représentent pourtant que 30% des grossesses multiples. L’interdiction de l’avortement toujours en cours dans ce pays n’est sans doute pas étrangère à ce taux élevé de grossesses gémellaires naturelles, sans doute imputable à davantage de grossesses tardives qui auraient été interrompues sans doute dans un pays pratiquant l’IVG.


Ce boom des jumeaux… jusqu’à quand ?

Avoir des jumeaux, c’est souvent considéré comme un véritable bonheur, notamment en raison de leur relation fraternelle privilégiée. Mais pour le Professeur Pison, « c’est de plus en plus perçu comme un problème de santé publique ». La raison ? Les complications obstétricales : diabète gestationnel, accouchement pathologique, grande prématurité, dépression post-partum… Le chercheur a également déclaré : « Dans un pays sur quatre, le taux de gémellité a cessé d’augmenter. On constate un plateau, suivi d’une diminution. Mais dans trois pays sur quatre, notamment en France, ce taux continue de progresser. » 

Alors les chercheurs se demandent : pourquoi ne pas utiliser un seul embryon lors d’une PMA ? Au risque de décevoir les espoirs des couples si l’embryon ne s’implante pas ?

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