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Le bĂ©bĂ© nĂ© avec l’aide de 3 ADN diffĂ©rents n’est finalement pas une premiĂšre mondiale

Le bĂ©bĂ© nĂ© avec l’aide de 3 ADN diffĂ©rents, n’a finalement pas de quoi faire le buzz. Pas plus tard que la semaine derniĂšre, tous les journaux dĂ©battaient sur l’incroyable procĂ©dĂ© gĂ©nĂ©tique qui avait permis Ă  un bĂ©bĂ© d’Ă©chapper Ă  la maladie de Leigh. En effet, grĂące Ă  l’ADN provenant d’une donneuse, couplĂ© Ă  ceux de ses parents, Abrahim est nĂ© en bonne santĂ©. Pourtant, ce procĂ©dĂ© n’a rien d’une premiĂšre mondiale puisqu’il est rĂ©alisĂ© depuis les annĂ©es 1990 !

Une technique déjà vieille de 20 ans

Selon un rapport publiĂ© mardi dernier par le New Scientist, un bĂ©bĂ© nĂ© en avril Ă©tait le premier Ă  avoir bĂ©nĂ©ficiĂ© d’une nouvelle procĂ©dure controversĂ©e, qui permet, grĂące à des mutations gĂ©nĂ©tiques, aux parents d’avoir des enfants en bonne santĂ©. C’est donc devenu le bĂ©bĂ© aux 3 ADN.

Pourtant, dans les annĂ©es 1990, une poignĂ©e de cliniques aux États-Unis avait dĂ©jĂ  commencĂ© Ă  effectuer une procĂ©dure de fertilitĂ© qui donna lieu Ă  plus d’une douzaine de « bĂ©bĂ©s nĂ©s de trois parents ». DĂ©veloppĂ©e par Jacques Cohen, mĂ©decin de la fertilitĂ©, Ă  l’Institut de MĂ©decine de la Reproduction et de la Science au Centre MĂ©dical  de Saint Barnabas, dans le New Jersey, le procĂ©dĂ© consiste à injecter un peu de cytoplasme d’un ovule d’une donneuse (liquide qui constitue la majeure partie de la cellule) dans l’ovule de la mĂšre, avant qu’il ne soit insĂ©minĂ© artificiellement avec le sperme du papa.

Pendant l’opĂ©ration gĂ©nĂ©tique, une quantitĂ© non mesurable de l’ADN mitochondrial de la donneuse prĂ©sent dans le cytoplasme a Ă©té absorbĂ© par l’ovule de la mĂšre. Ces procĂ©dures peuvent ĂȘtre notamment utilisĂ©es dans les cas oĂč la mĂšre a une maladie mitochondriale et tente d’Ă©viter de le transmettre Ă  son bĂ©bĂ©. Mais la FDA (Agence amĂ©ricaine des produits alimentaires et mĂ©dicamenteux) est intervenue, et a dĂ©cidĂ© de reconsidĂ©rer le transfert mitochondrial comme Ă©tant « un nouveau mĂ©dicament expĂ©rimental ».

Finalement, il n’a jamais Ă©tĂ© approuvĂ©. Jeffrey Kahn, professeur de bioĂ©thique Ă  l’UniversitĂ© Johns Hopkins, a dĂ©clarĂ© à BuzzFeed que Jacques Cohen a Ă©tĂ© le premier Ă  crĂ©er des bĂ©bĂ©s de trois parents. A cette Ă©poque, il Ă©tait encore impossible de dire Ă  quel point le matĂ©riel gĂ©nĂ©tique avait Ă©tĂ© transfĂ©rĂ©.

Une nouvelle méthode

En revanche, avec la nouvelle technique, le bĂ©bĂ© reçoit de l’ADN mitochondrial Ă  partir de l’Ɠuf donneur et de l’ADN mitochondrial non normale de la mĂšre. Selon le New Scientist, les parents du bĂ©bĂ© ont voyagĂ© au Mexique pour la procĂ©dure car elle a Ă©tĂ© interdite aux États-Unis. Le scientifique qui a rĂ©alisĂ© l’expĂ©rience, John Zhang, fondateur et directeur mĂ©dical du Centre de fertilitĂ© de New Hope Ă  New York, n’est pas le seul Ă  vouloir appliquer ce nouveau procĂ©dĂ©. De nombreux scientifiques du monde entier sont Ă  l’essai pour permettre Ă©ventuellement aux parents atteints de maladies mitochondriales d’avoir des enfants en bonne santĂ©. Le cas d’Abrahim prouve que la technique est prometteuse, car il est en bonne santĂ©. Pourtant, devant l’Ă©mergence de ces nouveaux procĂ©dĂ©s, la FDA reste sceptique, et l’opinion du CongrĂšs influe sur sa dĂ©cision de ne pas l’autoriser. L’ADN partagĂ© Ă  trois devra encore faire ses preuves.

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