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Sage-femme, gynécologue libéral, maternité : qui doit suivre ma grossesse ?

Deux maternitĂ©s de niveau 3, Necker-Enfants Malades en 2012 et Olympe de Gouges (CHRU Tours) en mai 2015, ont mis en place un parcours d’évaluation en dĂ©but de grossesse pour dĂ©finir le « profil » de la future maman : grossesse Ă  bas risques, Ă  risques de complications ou grossesse pathologique.
Le but : mieux dĂ©pister le risque pour orienter prĂ©cocement la femme enceinte vers le professionnel de santĂ© adaptĂ©. Une dĂ©marche intĂ©ressante pour ĂȘtre bien suivie sans stress inutile dont on peut s’inspirer mĂȘme si aucun centre de dĂ©pistage n’existe autour de chez soi.

La maternitĂ© Olympe de Gouges du CHRU de Tours a ouvert le 4 mai dernier son centre de prĂ©vention des risques de la grossesse dĂšs le premier trimestre, baptisĂ© PReGnanT.SEE (PrĂ©vention des Risques de la Grossesse dĂšs le premier Trimestre –SĂ©curisation Et Evaluation). Et ça consiste en quoi ? A inviter toutes les femmes enceintes de son pĂ©rimĂštre Ă  venir passer quelques examens sur une demi-journĂ©e entre la 11e et la 14e SA autour d’une Ă©quipe pluridisciplinaire.

Examen clinique, Ă©chographie, prise de sang
 Rien de bien rĂ©volutionnaire en soi. Mais des rĂ©sultats de ces analyses viendra le changement : « Il s’agit de proposer un suivi de grossesse rĂ©ellement adaptĂ© Ă  chaque femme enceinte, explique le Pr Franck Perrotin, chef de service. Toutes les grossesses ne sont pas des grossesses Ă  complications ou pathologiques. Les patientes qui prĂ©sentent une grossesse Ă  bas risques n’ont donc pas besoin du mĂȘme suivi que celles qui prĂ©sentent un risque Ă©levĂ©. »

Ainsi la MaternitĂ© Olympe de Gouges n’a pas vocation Ă  suivre la grossesse des 3800 femmes qui viennent y accoucher chaque annĂ©e : « Ce serait beaucoup trop lourd pour nous et, dans la mesure oĂč nous sommes une maternitĂ© de niveau 3, totalement inutile en ce qui concerne les grossesses Ă  bas risques. Participer Ă  ce dĂ©pistage des risques au CHRU ne veut pas dire accoucher forcĂ©ment ici sauf pour les risques Ă©levĂ©s, mĂȘme si on espĂšre revoir pour leur accouchement un certain nombre des patientes Ă  bas risques. »


Une sĂ©lection au premier trimestre dĂ©jĂ  pratiquĂ©e Ă  l’étranger

Mais qu’est-ce qui a dĂ©cidĂ© le CHRU de Tours Ă  bousculer le parcours de suivi ? L’exemple de ce qui se passe ailleurs. « Des structures identiques Ă  PReGnanT.SEE existent en Europe et aux États-Unis. Les Anglo-Saxons notamment ont renversĂ© la pyramide des soins depuis pas mal de temps. Nous, nous faisons peu de suivi en dĂ©but de grossesse et nous accentuons la surveillance au fur et Ă  mesure que la grossesse se dĂ©roule. Eux font davantage de surveillance au dĂ©but pour Ă©valuer le niveau de risque et allĂšgent ensuite sauf nĂ©cessité », souligne le Pr Perrotin.

Trois niveaux de risques, trois parcours

Cette Ă©valuation du premier trimestre est-elle vraiment fiable ? « Les procĂ©dures d’évaluation que nous utilisons sont issues de travaux scientifiques effectuĂ©s dans le monde entier, rĂ©Ă©valuĂ©es en permanence afin d’évoluer avec le progrĂšs des connaissances », prĂ©cise le chef de service. Au terme de cette demi-journĂ©e, la future maman sera Ă©valuĂ©e Ă  bas risques (70% des grossesses en moyenne), Ă  risques intermĂ©diaires (15%) ou Ă  risques Ă©levĂ©s (15%). Et ensuite ? C’est lĂ  que PReGnanT.SEE rĂ©volutionne le parcours de soin. « Une femme enceinte qui prĂ©sente une grossesse Ă  bas risques n’a pas de raison d’ĂȘtre suivie par un gynĂ©cologue, mais devrait l’ĂȘtre par une sage-femme » estime le Pr Perrotin.

Une convention de partenariat

La rĂ©ussite d’un projet aussi ambitieux que PReGnanT.SEE repose Ă©videmment sur la coopĂ©ration des diffĂ©rents acteurs du suivi. « Pour le suivi des grossesses Ă  bas risques, on a passĂ© une convention avec les sages-femmes libĂ©rales et avec certains gĂ©nĂ©ralistes qui ont suivi un D.U. d’obstĂ©trique », prĂ©cise le Pr Perrotin.

Pour les grossesses Ă  risques intermĂ©diaires (suivi de niveau 2), une consultation sur deux est assurĂ©e par la MaternitĂ© Olympe de Gouges, l’autre Ă©tant assurĂ©e par un gynĂ©cologue du secteur privĂ© ou hospitalier. « Le but est d’éviter au maximum les transferts d’une maternitĂ© Ă  une autre qui nous font travailler dans l’urgence. Par exemple, en cas d’hypertension artĂ©rielle et de retard de croissance intra-utĂ©rin, si une cĂ©sarienne est dĂ©cidĂ©e en urgence, on n’a pas le temps de mettre en place la corticothĂ©rapie*. Si on suit la patiente Ă  risques intermĂ©diaires ou Ă  risques Ă©levĂ©s, on a le temps de voir venir, on peut ĂȘtre moins stressĂ©s sur le plateau technique et donc moins interventionnistes », conclut le Pr Perrotin.


Un exemple à suivre ?

AprĂšs l’hĂŽpital Necker-Enfants Malades Ă  Paris qui a mis en place en 2012 Prima Facie, le CHRU de Tours renforce avec PReGnanT.SEE sa place de leader dans l’organisation de la santĂ© pĂ©rinatale et de l’amĂ©lioration des soins.

Tous les acteurs concernĂ©s en Touraine joueront-ils le jeu : les femmes enceintes qui restent libres de suivre ou pas le parcours de soins conseillĂ©, et les gynĂ©cologues, invitĂ©s Ă  renvoyer vers les sages-femmes libĂ©rales les femmes enceintes Ă  bas risques ? D’autres CHRU suivront-ils l’exemple de Tours ? Le dĂ©fi est ambitieux comme en attestent les conflits exacerbĂ©s gynĂ©cos/sages-femmes depuis 2013


Et vous, seriez-vous intĂ©ressĂ©e par un dĂ©pistage du risque au premier trimestre pour une meilleure orientation de suivi ? Ou prĂ©fĂ©rez-vous choisir votre praticien vous-mĂȘme, sans « sas » de dĂ©pistage du risque ? On attend vos avis sur le forum avec impatience


 

*Pour rĂ©duire la frĂ©quence du syndrome de dĂ©tresse respiratoire chez les prĂ©maturĂ©s de moins de 32 SA, diminuer la mortalitĂ© nĂ©onatale (-40%), le risque d’hĂ©morragie intraventriculaire (-60%) ainsi que le risque d’entĂ©rocolite ulcĂ©ro-nĂ©crosante du nouveau-nĂ© (-70% sauf chez les bĂ©bĂ©s de moins de 1,5 kg).

 

 


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