Moustique-tigre : quel risque pour une femme enceinte qui se fait piquer ?

Depuis mi-juin, 20 départements français sont placés en vigilance rouge et 21 autres sont placés en alerte orange en raison du retour du moustique-tigre. Cet insecte, présent en France depuis dix ans et porteur de la dengue et du chikungunyua, conquiert chaque année de nouveaux territoires.

Mais ne paniquons pas, on peut être piquée sans développer l’une de ces deux maladies. Et si c’était le cas quand même ? Enceinte ou maman d’un nourrisson, quels sont les risques ?

Le chikungunya : surtout dangereux pour bébé

Bonne nouvelle, cette maladie ne présente pas de danger pour le fœtus en cours de grossesse car l’infection ne traverse pas la barrière placentaire. En revanche, si la future maman est piquée par le moustique-tigre et infectée proche du terme de sa grossesse (J-2), ce risque de transmission au fœtus est tout de même bien réel. Et ça c’est plus embêtant !

Pour s’en convaincre, des chercheurs ont étudié l’apparition de la maladie chez des nouveau-nés, qui ne sont pas exposés aux piqûres des moustiques vecteurs. Des chercheurs de différents services de l’Institut Pasteur et ceux de l’Inserm U604 ont étudié la possible transmission mère-enfant du Chikungunya, pour en déterminer la fréquence, la gravité et en comprendre le mécanisme à travers une vaste étude prospective et multidisciplinaire chez les femmes enceintes dans des régions endémiques, comme La Réunion.

22 mois d’investigations cliniques chez plus de 7500 femmes enceintes, dont 678 ont été infectées au cours de leur grossesse. Ils ont ainsi observé que plus une future mère contractait l’infection proche du terme de sa grossesse, plus la probabilité de transmettre le virus à son enfant était importante. Ainsi, alors qu’au total moins de 3% des enfants nés de mères ayant développé un Chikungunya au cours de leur grossesse sont contaminés, ce taux de transmission atteint 50% lorsque l’infection de la mère se fait dans les deux jours avant l’accouchement.

L’étude a également montré que les enfants ayant contracté le Chikungunya par transmission materno-fœtale développent dans un cas sur deux une forme sévère de la maladie, avec notamment une encéphalopathie se traduisant par un œdème cérébral, et parfois des complications hémorragiques. Et par voie de conséquence, des troubles psychomoteurs plus ou moins importants (coordination, langage, mal-être social…).

Comment prévenir les piqûres ?

Éviter tout ce qui attire les moustiques : les plats de fruits décoratifs, les stagnations d’eau (piscine, bacs décoratifs, sous-pot…), les eaux de toilette fruitées. Installer des moustiquaires aux fenêtres, porter un bracelet anti-moustique (que l’on peut accrocher aussi au landau mais pas au contact de bébé).

Et les insecticides ? Les répulsifs à base de DEET sont contre-indiqués dans la plupart des cas voire même interdits autour des nourrissons de moins de 3 mois. Il existe en magasins bio des insecticides plus naturels à base d’huiles essentielles mais ils ne sont pas conseillés non plus en présence d’un nourrisson.

Comment se soigner enceinte ?

En ce qui concerne la future maman piquée et infectée, la consultation d’un médecin s’impose dès l’apparition des symptômes (fièvre supérieure à 38,5°C, douleurs articulaires et musculaires, nausées…) car certains traitements anti-inflammatoires sont déconseillés pendant la grossesse.

La dengue, enceinte, prudence !

Il y a tout de même de bonnes nouvelles : les études disponibles portant sur dengue et grossesse ne mettent pas en évidence d’effets tératogènes, selon le Département International et Tropical de l’Institut National de Veille Sanitaire (invs). Donc pas de risques pour le fœtus si vous développez la maladie pendant la grossesse.

En revanche, selon une étude conduite en Guyane sur 38 femmes enceintes et malades de la dengue, le risque de prématurité est un peu plus élevé que dans la population non malade (21 % vs 11,5% en 2000), mais comme le souligne l’étude, une part des cas de prématurité avec la dengue peut aussi être induite par des conditions de vie précaires.

Le taux de morts fœtales est par contre plus important (13,2% vs 1,8 %). Ceci étant, l’INVS reconnaît que l’étude, portant sur peu de cas, est à prendre avec des pincettes. Et bébé ? Pas de risques car les anticorps maternels traversent la barrière hémato-placentaire et le protègeraient jusqu’à 6 mois après la naissance. En zone d’endémie (pays tropicaux), on peut constater une transmission transplacentaire du virus de la dengue. Comme pour le chikungunya, il faut alors que l’infection de la maman se produise deux jours avant l’accouchement.


Dans ce cas, l’enfant manifeste les premiers symptômes au cours des dix premiers jours de vie et la durée des signes varie entre un et cinq jours. La gravité est aussi variable : parfois la maladie passe quasi inaperçue (asymptomatique), parfois cela provoque le décès du bébé. Mais il s’agit essentiellement des zones endémiques, donc en France, on respire un bon coup, on n’en est pas encore là…

Comment soigner la dengue ?

Il n’existe ni vaccin ni traitement spécifique contre la dengue mais on peut se prévenir de l’infection avec des gestes simples (lire plus haut), comme pour le chikungunya.

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