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Enceinte et diabĂ©tique : qu’est-ce que je risque ?

Pour les femmes diabĂ©tiques avant la grossesse, la conception d’un bĂ©bĂ© doit ĂȘtre planifiĂ©e afin de dĂ©buter sur une pathologie stabilisĂ©e. Pauline Pazem, membre de l’Association des Mamans DiabĂ©tiques, nous explique comment bien vivre sa grossesse avec un diabĂšte non gestationnel.

DiabĂ©tique et enceinte c’est donc possible ?

Oui c’est tout Ă  fait possible : les femmes diabĂ©tiques peuvent aujourd’hui envisager de devenir mĂšre, ce qu’il Ă©tait parfois difficile de faire il y a 20 ans. Mais il faut ĂȘtre consciente que la grossesse doit ĂȘtre programmĂ©e et correctement suivie si possible par un gynĂ©cologue qui connaĂźt bien les grossesses diabĂ©tiques, des grossesses dites « à risques ». Le gynĂ©cologue qui vous suivra peut ĂȘtre conseillĂ© par le diabĂ©tologue, ce qui Ă©vitera a priori des discordances. Il sera ainsi conscient des problĂšmes spĂ©cifiques liĂ©s au diabĂšte (pour la mĂšre et pour l’enfant) qui peuvent se produire pendant la grossesse. Il faut par ailleurs se faire conseiller par un Ă©chographiste, bien conscient lui aussi des problĂšmes anatomiques qui peuvent survenir chez les bĂ©bĂ©s conçus par des mĂšres diabĂ©tiques de type 1, notamment des malformations cardiaques, rĂ©nales ou neurologiques.
Ces malformations sont plus courantes chez les nourrissons nĂ©s de mĂšres dont le diabĂšte n’est pas Ă©quilibrĂ© pendant la grossesse.

Quelles complications entraĂźne le diabĂšte chez une femme enceinte ?

Lors du premier trimestre, les hypoglycĂ©mies sont courantes, souvent accompagnĂ©es de rebonds. De nouvelles hormones se mettent en place et la future maman est souvent prise de nausĂ©es qui perturbent ses repas. Tout cela n’est donc pas propice Ă  une gestion facile du diabĂšte.
Pendant le second trimestre se met en place une insulino-rĂ©sistance, due aux hormones produites par le placenta. Les doses augmentent alors, de façon rĂ©guliĂšre ou par pallier. Les besoins en insuline peuvent ĂȘtre multipliĂ©s par 2, 3 ou 4… tout est possible. Au cours de cette phase, il ne faut pas avoir peur d’augmenter ses doses (prudemment bien sĂ»r) quand les glycĂ©mies s’envolent sur plusieurs jours. Peu importe la dose injectĂ©e quotidiennement, pourvu que les glycĂ©mies soient bonnes ! Il est indispensable de corriger immĂ©diatement l’hyperglycĂ©mie avec des injections interprandiales d’insuline rapide.

Dans les toutes derniĂšres semaines, les besoins chutent, ce qui surprend souvent la future maman, aprĂšs des semaines de hausse. Le vieillissement du placenta, mais aussi peut-ĂȘtre une importante consommation de glucose par le bĂ©bĂ© qui peut peser 3 kg ou plus Ă  ce stade, en sont les causes.

Quelles sont les précautions à prendre face à ces variations ?

Il est indispensable de souvent contrĂŽler sa glycĂ©mie pour repĂ©rer les hyperglycĂ©mies et hypoglycĂ©mies avant qu’elles ne prennent trop d’ampleur. Sans en faire une obsession, bien sĂ»r… Il est possible de faire jusqu’Ă  10 dextros par 24 heures en pĂ©riode d’ajustement de doses. Mettez en place un protocole de correction d’hypoglycĂ©mie (ressucrage) comme d’hyperglycĂ©mies (bolus ou injection) avec votre diabĂ©tologue en fonction de votre glycĂ©mie et peut-ĂȘtre aussi du moment de la journĂ©e.

Le diabÚte peut-il entraßner des problÚmes de santé pour le bébé à la naissance?

Les mamans diabĂ©tiques donnent trĂšs souvent naissance Ă  de gros bĂ©bĂ©s, d’oĂč un accouchement parfois difficile et un risque d’hypoglycĂ©mies pour l’enfant dans les premiĂšres heures ou les premiers jours de sa vie
 La plupart du temps, ces hypoglycĂ©mies restent sans consĂ©quence pour sa santĂ© future. Il faut savoir que le glucose passe la barriĂšre du placenta, mais pas l’insuline. Si la mĂšre est en hyperglycĂ©mie, le bĂ©bĂ© aura aussi une hyperglycĂ©mie mais qu’il Ă©vite en produisant de l’insuline. Il n’est pas diabĂ©tique, lui ! Cette production d’insuline par le pancrĂ©as du bĂ©bĂ© entraĂźne alors une prise de poids par stockage du sucre sous forme de graisse, d’oĂč le risque d’un poids de naissance Ă©levĂ©. A la naissance, le nouveau-nĂ© peut produire toujours beaucoup d’insuline, mais il n’a plus l’apport de sucre de la maman, d’oĂč un risque d’hypoglycĂ©mie. A noter que la souffrance fƓtale est surveillĂ©e en fin de grossesse  par des monitorings. Le diabĂšte, associĂ© au dĂ©clenchement de l’accouchement, le plus souvent trois semaines avant terme, peut entraĂźner des problĂšmes respiratoires à la naissance dus Ă  un manque de maturation pulmonaire.

Les femmes diabétiques présentent souvent un excÚs de liquide amniotique : quels en sont les risques ?

L’hydramnios n’est pas spĂ©cifique aux femmes diabĂ©tiques mais c’est frĂ©quent chez elles. Cet excĂšs de liquide amniotique provoque une distension de l’utĂ©rus et de la poche des eaux, augmentant ainsi le risque d’accouchement prĂ©maturĂ© par rupture de la poche. On le repĂšre lors des Ă©chographies ou lors de la mesure de la hauteur utĂ©rine.

Pourquoi les femmes diabétiques sont-elles plus exposées au risque de césarienne ?

Les femmes diabĂ©tiques ayant souvent des fƓtus d’un poids dĂ©passant 4 kg, il n’est pas rare que les Ă©paules du bĂ©bĂ© « bloquent » pendant l’accouchement par voie basse, ce qui entraĂźne des risques tant pour la maman que pour le bĂ©bĂ©. C’est la crainte de cette complication qui incite les obstĂ©triciens Ă  recourir plus souvent Ă  la cĂ©sarienne chez les mamans diabĂ©tiques.

Pourquoi y a-t-il davantage de déclenchements chez les futures mamans diabétiques ?

En effet, l’accouchement est souvent dĂ©clenchĂ© Ă  38 SA en l’absence de complications. A ce stade, soit trois semaines avant terme, le bĂ©bĂ© est « fini » et considĂ©rĂ© Ă  terme par le corps mĂ©dical. En fin de grossesse, les bĂ©bĂ©s de mĂšres diabĂ©tiques sont exposĂ©s Ă  un risque plus Ă©levĂ© de souffrance fƓtale et mĂȘme de mort in utero. Le dĂ©clenchement est donc une mesure nĂ©cessaire pour sauver le bĂ©bĂ©, et permet aussi que le bĂ©bĂ©, souvent dĂ©jĂ  de bon poids, ne grossisse pas davantage in utero. En effet, mettre au monde un gros bĂ©bĂ© peut entraĂźner de sĂ©rieuses complications lors de l’accouchement, tant pour la maman que pour l’enfant, souvent fragile. Le recours Ă  la cĂ©sarienne n’étant plus systĂ©matique aujourd’hui, l’accouchement par voie basse est « facilité » si le bĂ©bĂ© n’est pas trop gros. Toutefois, les Ă©checs de dĂ©clenchement de l’accouchement par voie basse existent : au terme de deux ou trois jours de tentatives sans que le travail ne se mette en route, le recours Ă  la cĂ©sarienne est inĂ©vitable.

Ne faudrait-il pas alors attendre que le travail se dĂ©clenche de lui-mĂȘme pour limiter le risque de cĂ©sarienne ?

Pas du tout ! Des Ă©tudes ont montrĂ© que l’attente d’une entrĂ©e spontanĂ©e en travail n’entraĂźne pas une diminution du taux de cĂ©sariennes mais s’accompagne d’un taux plus Ă©levĂ© de macrosomes et de dystocies (ndlr, blocage) des Ă©paules.

Faut-il s’alimenter diffĂ©remment pendant la grossesse quand on est diabĂ©tique de type 1 ?

Les besoins nutritifs minimaux d’une femme enceinte restent les mĂȘmes que ceux d’une femme jeune et en bonne santĂ©. Il faut simplement veiller Ă  manger sainement, en alliant Ă©quilibre glycĂ©mique et surveillance du poids. GĂ©nĂ©ralement, trois repas sont nĂ©cessaires au dĂ©but de la grossesse, puis des collations interviennent parfois entre les repas. C’est ce que l’on nomme le fractionnement, qui permet de contrer les hyperglycĂ©mies post-prandiales. Il peut ĂȘtre utile de consulter une diĂ©tĂ©ticienne ou de revoir la composition des repas ainsi que les quantitĂ©s de glucides avec son diabĂ©tologue en dĂ©but de grossesse. Dans tous les cas, il est conseillĂ© que tous les types d’aliments soient prĂ©sents. Les produits sucrĂ©s et «sans sucre» peuvent ĂȘtre consommĂ©s dans la limite du raisonnable et de prĂ©fĂ©rence dans le cadre d’une insulinothĂ©rapie fonctionnelle, c’est-Ă -dire lorsque l’on connaĂźt l’équivalence d’insuline pour un nombre de glucides donnĂ©s. PossĂ©der une table des Ă©quivalences est trĂšs pratique pour calculer la quantitĂ© dĂ©volue Ă  chaque type d’aliment.

Pourquoi fractionner les repas ?

A partir du 4e ou du 6e mois, nombreuses sont les femmes chez qui l’absorption des glucides du repas entraĂźne une hyperglycĂ©mie post-prandiale (ndlr, 1h30 Ă  2h aprĂšs le repas) en particulier aprĂšs le petit-dĂ©jeuner. Les nutritionnistes proposent alors de fractionner les prises alimentaires, c’est-Ă -dire de conserver une partie des glucides du repas pour les manger au moment de la post-prandiale. Il peut s’agir du dessert, yaourt et/ou fruit, ou bien d’une partie des fĂ©culents, la moitiĂ© du pain prĂ©vu par exemple. Ce fractionnement permet de conserver l’équilibre des glycĂ©mies. De mĂȘme, si les autres post-prandiales s’envolent, on pourra prĂ©voir une collation l’aprĂšs-midi et le soir avant le coucher, prĂ©levĂ©e sur le repas prĂ©cĂ©dent. Ce fractionnement des repas, commencĂ© avec le petit-dĂ©jeuner le plus souvent, donne l’impression de grignoter un peu toute la journĂ©e, mais c’est un procĂ©dĂ© qui fonctionne trĂšs bien et permet de lisser les glycĂ©mies. Sachez que le plus important est de garder en tĂȘte que les glycĂ©mies quotidiennes doivent ĂȘtre les plus Ă©gales possibles. Un diabĂ©tologue ou une diĂ©tĂ©ticienne pourra aider la future maman Ă  trouver les stratĂ©gies ou les petites astuces Ă  adopter. Toutefois, n’oublions pas que chacune rĂ©agit Ă  sa maniĂšre, connaĂźt les aliments et les plats qui lui conviennent et doit s’écouter.

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