Enceinte, comment arrêter de fumer ?

Arrêter de fumer lorsqu’on est enceinte nécessite volonté et courage. Difficile de savoir vers qui se tourner lorsque l’on a pris cette décision difficile à appliquer tout au long de la grossesse, du fait de l’addiction. Catherine Laveissière, l’une des quatre sages-femmes tabacologues aux hospices civils de Lyon,  fait le point sur la prise en charge de ces patientes fumeuses.

Comment se déroule une consultation ?

Tout d’abord, je souhaite donner un chiffre  : il y a encore 20 % de femmes fumeuses au dernier trimestre de grossesse. Autant dire que le tabagisme de la femme enceinte n’est vraiment pas à prendre à la légère. Plus qu’une tendance ou un effet de mode, il s’agit d’une maladie chronique. Lors des premiers rendez-vous (en moyenne un échange d’une heure), je ne banalise pas le fait qu’elles soient fumeuses. Ce sont avant tout des fumeuses qui tombent enceintes. Et que l’on fume une cigarette par jour ou un paquet, le phénomène de dépendance est bien présent. Au début de la prise en charge à la maternité, elles reçoivent un questionnaire sur la base du conseil minimal, à savoir  : «  Fumez-vous  ?  », si oui, envisagez-vous de l’aide  ?  ». Dans tous les cas, notre rôle n’est pas de juger ni de culpabiliser, mais bien de les aider à réduire leur consommation de tabac voire d’arrêter si elles le peuvent au cours de leur grossesse. Lorsqu’elles reçoivent ce questionnaire, elles sont entre 6 à 7 semaines de grossesse. Pour la plupart, le déclic s’opère. La grossesse devient alors une occasion d’arrêter de fumer.

Quelle méthode préconisez-vous pour arrêter de fumer enceinte ?

Il n’y a pas de règle en la matière. Je leur pose des questions sur leurs comportements, leurs habitudes et ensuite nous évaluons la façon de procéder sans jamais brusquer les choses. Chaque femme reçoit une thérapeutique adaptée à sa personnalité et ses besoins.

Patchs, cigarettes électroniques font-ils partie des remèdes que vous préconisez aux femmes enceintes ?

Depuis 1996, toutes les substitutions orales ou sur la peau sont autorisées chez la femme enceinte, car elles ne présentent aucun danger pour le fœtus. Il faut dédramatiser le patch. En revanche, concernant la cigarette électronique, je leur dis que ce n’est pas possible, les études sont en cours donc la prescription médicamenteuse, c’est le patch. La nicotine pharmaceutique n’est pas dangereuse. C’est le fait de fumer et d’inhaler tous les produits contenus dans une cigarette qui se révèle toxique et nocif.

Mettez-vous en garde contre les dangers liés au tabac pendant une grossesse ?

Oui bien entendu, là encore, il faut faire preuve de délicatesse. C’est au cours de la discussion que j’aborde cela. Il faut avoir un discours très empathique pour faire passer ces messages sans brutalité.  Lorsque je leur pose la question de la compatibilité tabac / grossesse, la plupart des femmes sont déjà conscientes   des risques  : accouchement prématuré, petit bébé…  Je leur parle également de mort subite, mort fœtale… Moi je les amène à prendre conscience des risques postérieurs. Certes leur bébé peut naître en bonne santé. Mais l’impact à long terme existe. L’enfant peut développer des troubles comportementaux à l’adolescence, de l’asthme, une addiction au tabac. Chose plus impactante, on sait que les couples de fumeurs ont moins de chance que les autres d’avoir des enfants. Un enfant de fumeurs a donc plus de chances de présenter des facteurs de stérilité. Ce n’est pas anodin.

Craquer pour une cigarette pendant la grossesse, est-ce grave  ?

Dans l’absolu, oui, et ce n’est pas conseillé. Mais je compare souvent cela à l’apprentissage du vélo. Au début, on commence avec deux roues, puis une roue jusqu’au jour où l’on tombe et que l’on remet la deuxième roue. C’est un parcours chaotique, difficile, compliqué, qui nécessite des efforts et cela ne se fait pas sans craquages.


La prise en charge psychologique est-elle déterminante chez les femmes enceintes fumeuses ?

Bien entendu. Nous travaillons médicalement mais aussi au niveau du comportement. L’idée, c’est de changer la façon d’aborder la journée sans cigarette. Et bousculer les habitudes café/clope, ce n’est pas évident. Et ce n’est pas en un seul rendez-vous que tout se règle. Le coaching s’étale sur 4 ou 5 rendez-vous tout au long de la grossesse. Mais à la toute fin, les résultats sont là  : 80 % des femmes ont arrêté de fumer. L’environnement aussi est un facteur de réussite important. Si le conjoint fume, la femme a plus de difficultés à s’arrêter. Je propose alors des consultations avec le compagnon/conjoint pour parler de tout cela. Il est important d’être aidé et soutenu lorsque l’on prend la décision d’arrêter de fumer.

 

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