Vitamine D avant et pendant la grossesse : pourquoi la prescrire ?

Des études ont déjà démontré l’importance de la vitamine D pendant la grossesse pour prévenir certaines allergies respiratoires et l’asthme chez le bébé et le jeune enfant. Mais ce n’est pas tout ! Un bon taux de vitamine D serait également important pendant la période préconceptionnelle. Neuf Mois fait le point avec le Pr Franck Perrotin, gynécologue-obstétricien, et Laetitia Agullo, diététicienne, sur le bon usage de la supplémentation en vitamine D pendant la grossesse.

Utile, la supplémentation en vitamine D ? 

Pourquoi se supplémenter en vitamine D si l’on n’est pas carencée ? Bonne question ! En effet, un dosage sanguin est réalisé pendant la grossesse pour estimer l’éventuelle carence chez toutes les femmes enceintes. Mais l’absence de carences avérée n’est pas forcément signe d’apports suffisants. La preuve ?  Selon une étude pédiatrique* publiée en 2010, 35,8% des jeunes mamans seraient carencées en vitamine D mais 58% des nouveau-nés, soit presque deux fois plus que de futures mamans, souffriraient eux-aussi d’une carence en vitamine D. Une situation à ne pas négliger car, selon une étude de l’Université de Southampton (GB), il y aurait un lien entre la consommation de vitamine D pendant la grossesse et la masse musculaire et la bonne santé des bébés. En effet, la vitamine D agit sur le développement des fibres musculaires dans l’utérus et, sur le long terme, elle minorerait aussi le risque de diabète.

Mais ce ne sont pas les seuls avantages d’apports suffisants en vitamine D : une étude, publiée le 12 février 2016 dans le Journal of Allergy and Clinical Immunology par des chercheurs du service de pédiatrie du Mount Sinaï Hospital (New York), établit qu’une alimentation apportant 100 UI de vitamine D par jour, soit la moitié des apports journaliers recommandés, lors des deux premiers trimestres de grossesse diminue de 20 % le risque de rhinite allergique chez les bébés. « Ce bénéfice a été observé uniquement pour les femmes consommant des aliments riches en vitamine D comme les œufs, le poisson, les champignons ou les céréales« , précise le Pr Supinda Bunyavanich, qui a encadré l’étude américaine. Laquelle vient donc confirmer les nombreux travaux déjà publiés qui ont démontré que la vitamine D agit sur le système immunitaire et présente un effet protecteur face aux allergies et à l’asthme.

Et ceux, plus anciens, qui avaient déjà établi les risques de prématurité, de faible poids et taille de naissance, d’hypocalcémie néonatale et de fragilité osseuse en cas de carence en vitamine D pendant la vie fœtale.

Quels sont les apports recommandés pour les femmes enceintes ?

Le double des apports recommandés hors grossesse, soit 400UI/jour en vitamine D. Mais ces chiffres doivent être revus en fonction de paramètres distincts : zone géographique, couleur de la peau, saison… « Actuellement, la supplémentation en vitamine D est systématique chez toutes les femmes enceintes pendant l’hiver quelles que soient la région où elles habitent ou leur ethnie, souligne le Pr Franck Perrotin, chef de la maternité Olympe de Gouges à Tours. En été, la supplémentation concerne essentiellement les femmes enceintes habillant des régions peu ensoleillées ou certaines ethnies ». En cas de carence avérée, cet apport reste insuffisant tant pour la future maman que pour le fœtus. Certaines études ont montré qu’en allant jusqu’à 4 000 UI/j, le risque de prématurité diminuait de moitié comme le faible poids et taille de naissance, que les infections -comme la grippe et les gingivites- baissaient de 25% chez les futures mamans. Les études font mention aussi d’une diminution de 30% de certaines pathologies gravidiques, comme le diabète gestationnel. Outre la prescription d’une supplémentation en vitamine D qui est de la responsabilité du médecin ou de la sage-femme, il est aussi possible d’enrichir ses apports en vitamine D grâce à une alimentation choisie.

Avant la conception, la vitamine D est aussi importante

La prestigieuse revue The Lancet vient de publier une étude mettant en avant les bienfaits de la vitamine D dans la période préconceptionnelle. Plus de 1100 femmes ont participé à cette étude. Les chercheurs ont analysé leur taux de vitamine D avant la conception et pendant les premières semaines de grossesse. Il en résulte que les femmes qui ne sont pas carencées en vitamine D ont plus de chances de tomber enceinte et ont moins de risques de faire une fausse couche. L’étude souligne que l’effet bénéfique de la vitamine D concerne la période préconceptionnelle et non le début de grossesse. Actuellement, il n’existe pas de recommandations en supplémentation de vitamine D pendant la période préconceptionnelle mais vous pouvez en parler à votre médecin si vous pensez être carencée.


Quels sont les aliments qui contiennent le plus de vitamine D ?

Quand on dit vitamine D, on pense souvent au lait et à juste titre car il est en général enrichi en vitamine D. Les œufs et particulièrement le jaune d’œuf, en contiennent également. Cru, le jaune d’œuf en apporte davantage mais pendant la grossesse il faut toujours consommer l’œuf cuit. Les champignons de Paris en sont également un bon réservoir… à condition d’être cuits. Eh oui, la cuisson est souvent un révélateur de cette vitamine D : ainsi, les poissons grillés tels que le saumon (à limiter en raison de sa teneur en mercure), le thon cuit en conserve (moins riche en mercure que le thon frais), la truite ou encore le hareng sont de bons pourvoyeurs. Autre source intéressante mais à limiter (pas plus de deux fois par mois) en raison de sa teneur en vitamine A : le foie de veau. Enfin, la boisson au soja en est également une source intéressante à condition qu’elle soit enrichie en vitamine D puisqu’à l’état naturel, cette boisson n’en contient pas. Avec toute cette palette de saveurs, on peut donc doper facilement ses apports en vitamine D pendant la grossesse, tout en se régalant. Bien mieux que l’antique huile de foie de morue, l’aliment le plus riche en vitamine D mais dont le goût particulier a révulsé bien des estomacs d’enfants autrefois, quand c’était la mode de supplémenter les enfants avec de l’huile de foie de morue…

*Merwood Pediatrics, avril 2010

Voir les commentaires (1)

Laisser votre commentaire