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Des petites pieuvres pour accompagner les prématurés

Tous les ans prĂšs de 60 000 enfants naissent prĂ©maturĂ©ment en France. Ils sont placĂ©s en couveuse et n’obtiendront l’autorisation de sortie qu’aprĂšs avoir attend le poids de 2 kilos. Parfois les parents dĂ©couvrent dans les couveuses de leur bĂ©bĂ© une petite pieuvre crochetĂ©e Ă  la main, un vĂ©ritable accessoire thĂ©rapeutique pour accompagner le nouveau-nĂ© dans ce pĂ©riple de vie.

La dĂ©couverte d’un joli cadeau pour AnaĂŻs

Lorsque AnaĂŻs, la maman gourmande du compte Instagram Parisianovores, dĂ©couvre pour la premiĂšre son bĂ©bĂ© nĂ© prĂ©maturĂ©ment dans sa couveuse, elle se demande si quelqu’un ne « s‘est pas gourĂ© », car Ă  cĂŽtĂ© de lui se tient une petite pieuvre, blanche et bleue, faite Ă  la main. Elle raconte que cette pieuvre se tenait lĂ , « au milieu de la sonde gastrique dans la bouche, de l’assistance respiratoire dans le nez » et des nombreux fils et Ă©lectrodes qui aidaient IsmaĂ«l Ă  affronter ses premiers moments de vie prĂ©maturĂ©e. L’histoire de cette pieuvre va lui ĂȘtre expliquĂ©e par l’infirmiĂšre : « une association [les confectionne et les envoie] dans les hĂŽpitaux pour rĂ©conforter et tranquilliser les prĂ©maturĂ©s et bĂ©bĂ©s malades ».

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Il aurait dĂ» naĂźtre aujourd'hui et je ne me souviens dĂ©jĂ  plus comment c'Ă©tait avant lui. Ça, c'est sa pieuvre. La pieuvre que j'ai aperçue Ă  cĂŽtĂ© de lui la premiĂšre fois que je l'ai vu. Ds la couveuse mon bĂ©bĂ©, dans un plastique avec une sonde gastrique dans la bouche, une assistance respiratoire dans le nez, des perfusions, et des Ă©lectrodes sur son petit corps d'1kg. À ses cĂŽtĂ©s, cette petite pieuvre en crochet envoyĂ©e, comme des milliers d'autres, par une asso dans les hĂŽpitaux pr rĂ©conforter et tranquilliser les prĂ©maturĂ©s et bĂ©bĂ©s malades. Si l'on m'avait dit, il y a 2 mois, que des fĂ©es confectionnaient des pieuvres pour des bĂ©bĂ©s trop petits qui habitaient des boĂźtes, j'aurais cru lire le dernier scĂ©nario de Tim Burton. Je me souviens qu'alors que tout semblait s'Ă©crouler autour de moi et que je sentais le sol se dĂ©rober sous mes pieds en regardant mon bĂ©bĂ© Ă  travers le plexiglas, j'ai Ă©tĂ© Ă©mue que quelqu'un, quelque part, ait pris le temps de confectionner cette petite pieuvre pour mon fils. Quand ns sommes rentrĂ©s Ă  la maison aprĂšs un mois d'hospitalisation, j'ai mis la petite pieuvre dans un tiroir comme tant d'autres choses qui me rappelaient l'hĂŽpital, les bips, les cris, les larmes et les alarmes, l'odeur, les fils rouges, verts, bleus qui donnaient Ă  mon fils des allures de PlayStation Nouvelle gĂ©nĂ©ration. Deux semaines plus tard, j'ai trouvĂ© une pochette plastique ds un sac non vidĂ© avec une carte de visite au nom de l'asso qui envoie les pieuvres (Petite Pieuvre Sensation Cocon) et le prĂ©nom de la personne qui avait crochetĂ© la pieuvre d'IsmaĂ«l : Alex. Je rĂȘve qu'elle voie cette photo. Et puis, j'ai acceptĂ© ce qu'il s'Ă©tait passĂ©, pardonnĂ© au sort pr ne plus me demander pourquoi, je me ss sentie chanceuse qu'il soit en bonne santĂ©, et j'ai pensĂ© Ă  ts les parents dont les enfants sont malades. Y a-t-il pire au monde ? Je suis allĂ©e chercher la petite pieuvre en revenant de vacances. Je l'ai remise Ă  cĂŽtĂ© de mon fils, elle qui avait passĂ© un mois, jour et nuit, dans une petite boĂźte avec lui. Elle qui illustre le dĂ©but de son histoire. Cette petite pieuvre qui a rencontrĂ© mon fils avant moi. #monfils #maman #premature

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Les pieuvres, accessoire de support pour des milliers de bébés prématurés

C’est en 2014 que Jacqueline Vandrebeck, reprĂ©sentant l’Association des petites pieuvres, vient toquer Ă  la porte de la cadre de santĂ©puĂ©ricultrice responsable du service de nĂ©onatalogie de l’hĂŽpital de Fontainebleau, premier hĂŽpital français Ă  intĂ©grer les pieuvres dans les couveuses. Dans son sac, une pieuvre faite Ă  la main, qui aurait dĂ©jĂ  fait ces preuves au Danemark, au Pays-Bas et en SuĂšde. GrĂące Ă  cet accessoire, les bĂ©bĂ©s ne s’agrippent plus aux fils qui sont dans la couveuse, mais aux tentacules de l’animal. Ils sont ainsi rassurĂ©s et plus calmes.
Marie-Catherine Pons-Thomas, cadre du santĂ© puĂ©ricultrice de Fontainebleau, accepte au dĂ©but sans grande conviction. Rapidement pourtant, l’équipe mĂ©dical vient Ă  en redemander. En effet, les bĂ©bĂ©s prĂ©maturĂ©s ont le rĂ©flexe d’agripper, qui comme le rĂ©flexe de succion les rassure et les apaise. On place l’accessoire Ă  proximitĂ© de l’enfant et on le laisse attraper les tentacules. Les soignants observent alors que les bĂ©bĂ©s ne tirent plus sur les sondes gastriques, compliquĂ©es Ă  installer.
Ce n’est pas un doudou ! Mme Pons-Thomas y tient « et ne remplace pas non plus la prĂ©sence des parents », mais est donnĂ©e Ă  « l’enfant qui en a besoin Ă  un moment donnĂ© », qui peut ĂȘtre en difficultĂ© en nĂ©onatalogie. « Tous les prĂ©maturĂ©s et tous les enfants n’en n’auront pas forcĂ©ment ». La pieuvre s’implante dans une vĂ©ritable rĂ©flexion autour de l’accompagnement individualisĂ© de l’enfant. Elle aide Ă  faire face aux stimulations extĂ©rieures, aux bruits des machines etc. Ce n’est pas un jouet mais un objet de transition, au plus proche de ce dont l’enfant a besoin. Il l’aide Ă  progresser vers la sortie le plus sereinement possible.

Crédit Photo PPSC

La sécurité avant tout

Quand les pieuvres sont crĂ©Ă©es, elles sont d’abord mises Ă  rudes Ă©preuves. On tire sur les tentacules, on vĂ©rifie que ce soit le bon coton, on s’assure que tout tient. Ensuite, on lave Ă  60 degrĂ©s et on emballe dans des sachets uniques. Chaque service peut aussi exiger des normes spĂ©cifiques dont devront tenir comptes leur crĂ©atrice. « On ne rigole pas avec ça, si une pieuvre ne convient pas, on ne la prend pas » nous assure Jacqueline ! L’ambassadrice collecte alors chaque pieuvre et les emmĂšne ensuite dans le service auquel elle est rattachĂ©e. Pour les hĂŽpitaux participants, c’est un gage de qualitĂ© et surtout de sĂ©curitĂ©. A Fontainebleau par exemple, la cadre de santĂ© puĂ©ricultrice n’hĂ©site pas Ă  ajouter ses conditions. Les tentacules doivent avoir une taille trĂšs prĂ©cise, la tĂȘte aussi et le coton devra ĂȘtre choisie parmi une liste restrictive. Pas de place Ă  l’erreur. Elle demande qu’une seule et unique personne, « l’ambassadrice » lui fournisse les objets. « Elle est mon assurance que les pieuvres sont aux normes, elle engage sa responsabilitĂ© » nous affirme-t-elle avant d’ajouter qu’elle n’aurait pas de mal Ă  tout arrĂȘter si elle venait Ă  s’en aller.

« Avoir une pieuvrite aigue »

La lĂ©gende dirait que certaines de ces « bonnes fĂ©es » crocheteuses ont parfois du mal Ă  s’arrĂȘter de fabriquer les pieuvres. « Il faut en moyenne trois Ă  quatre heures si on crochĂšte bien, pour en terminer une » nous confie la reprĂ©sentante de l’association en France et il faut faire attention Ă  toutes les normes de sĂ©curitĂ© exigĂ©e par l’association et par les hĂŽpitaux ! Parfois les pieuvres viennent avec une petite carte avec un mail si les parents veulent remercier leur fĂ©e, pour le reste tout est anonyme.
Aujourd’hui, le compteur du projet Petite Pieuvre Sensation Cocon indique dĂ©jĂ  plus de 28 560 pieuvres distribuĂ©es dans 126 hĂŽpitaux participants en France et 29 en Belgique. Le projet est une action bĂ©nĂ©vole et les pieuvres sont systĂ©matiquement donnĂ©es, insiste Jacqueline « elles ne sont pas vendre ! ». D’ailleurs, pour participer, pas forcĂ©ment besoin d’ĂȘtre douĂ© avec des crochets, « les gens peuvent nous faire des dons de coton parmi la liste prĂ©sente sur notre site internet ». Tout le monde peut donc apporter son tentacule et aider les prĂ©maturĂ©s et leur famille Ă  surmonter un moment dĂ©licat, un vĂ©ritable combat pour la vie.

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