Dépistage néonatal de la surdité : pourquoi est-ce obligatoire maintenant ?

A l’occasion du congrès d’ORL qui se tient à Toulouse aujourd’hui, Neuf Mois fait le point sur le dépistage néonatal de la surdité, obligatoire depuis 2012. Un test qui peut parfois induire des faux positifs dans les jours qui suivent la naissance, et donc un peu de frayeur pour les jeunes parents. Explications du Dr Isabelle Rouillon, oto-rhinologue à l’hôpital Necker-Enfants Malades (Paris).

Avoir mis en place un dépistage systématique sous-entend que la surdité n’est pas un cas si rare ?

Les surdités sévères ou profondes concernent 1 enfant sur 1000 à la naissance et 1 enfant sur 750 suite à une pathologie de l’oreille. Le dépistage néonatal est proposé parce que le diagnostic des surdités bilatérales moyennes à profondes doit être fait dans les quatre ou cinq premiers mois.

On dépiste 50% de surdités moyennes, 30% de profondes et 20% de sévères : informer vite les parents sur les outils de communication à mettre en place avec leur enfant est indispensable.

Une intervention précoce permet d’obtenir une réhabilitation auditive optimale afin de permettre le développement d’un langage, oral ou langue des signes ou encore « bilingue » dès le plus jeune âge.

Qu’est-ce que le dépistage systématique va changer en terme de diagnostic et de traitement ?

Avant l’obligation du dépistage néonatal, le diagnostic des surdités profondes était posé vers 16 mois et vers 29 mois pour les surdités sévères*. Grâce au dépistage néonatal systématique, l’âge au diagnostic est de 3,9 mois, l’âge à l’appareillage 9,3 mois alors qu’il était à 19,3 mois sans dépistage**.

Le dépistage néonatal induit parfois des faux positifs : pourquoi ne pas attendre l’âge de 3 mois ?

En France, le dépistage systématique hors maternité  semble irréalisable. L’étude menée en Picardie par le Dr Kolski1 le confirme : 96% des enfants ont été dépistés en maternité alors que 36% des familles ne se sont pas présentées au dépistage hors maternité organisé à 2 mois. Cette étude réalisée à petite échelle avec un suivi étroit des perdus de vue laisse présager une proportion plus importante encore à l’échelle nationale. A savoir, le dépistage en maternité a été choisi par la plupart des pays car il permet de dépister 98 à 99% des nouveau-nés malentendants.

Qu’est-ce que ce dépistage précoce change réellement pour l’enfant ?

L’absence d’audition pendant les deux premières années de vie a des répercussions irréversibles sur l’acquisition du langage car, à ce stade, les possibilités de plasticité cérébrale et d’apprentissage décroissent puis disparaissent.

Le bénéfice de l’appareillage précoce et de l’implantation cochléaire précoce sur le développement du langage, sur l’intelligibilité de la parole, sur l’intégration scolaire en milieu entendant ne fait plus débat : c’est établi !
Il existe aussi un bénéfice sur la sociabilité et les capacités de communication non verbales de l’enfant. A terme, cela signifie une meilleure intégration professionnelle à l’âge adulte.

Et il ne faut pas oublier qu’un enfant dépisté bénéficie d’un suivi médical exploratoire intense pour établir les causes de sa surdité, ce qui permet un traitement précoce de pathologies qui seraient passées autrement inaperçues pendant un certain temps.


En l’absence d’origine héréditaire, pourquoi la surdité ?

Si les cas de surdité profondes sont relativement rares, en revanche les facteurs déclenchant sont nombreux : prématurité, anoxie néonatale, c’est-à-dire arrêt des fonctions cardio-respiratoires à la naissance, privant le cerveau de l’irrigation sanguine nécessaire, hyper bilirubinémie (ndlr, jaunisse grave du nourrisson), développement de certaines pathologies pendant la grossesse comme la rubéole, la syphilis, l’herpès, la toxoplasmose, les infections à cytomégalovirus. Ou encore les traitements médicamenteux toxiques pour l’oreille, la méningite ou l’encéphalite, certains syndromes associés avec surdité, les malformations cranio-faciales…

*étude Trousseau 2011.

**Cemka Eval. Evaluation du programme expérimental de dépistage de la surdité en maternité. Suivi à 2 ans des enfants sourds. Comité de suivi du 14 janvier 2010.

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