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« Seins à louer » : quels risques pour le nourrisson ?

Nous vous en parlions samedi 3 aoĂ»t sur notre page Facebook. Il y a quelque temps, une jeune maman de 29 ans proposait de louer ses seins sur un site de location en ligne. DĂ©sireuse de venir en aide notamment aux « couples d’hommes homosexuels n’ayant pas la chance de pouvoir allaiter leur enfant », la jeune femme proposait ses services d’allaitement maternel pour 100€ la journĂ©e.

 

Face aux nombreuses rĂ©actions qu’a suscitĂ© cette annonce, Neufmois.fr a souhaitĂ© interroger le Docteur Virginie Rigourd, mĂ©decin responsable du lactarium de Paris.

 

Cette annonce est-elle une bonne initiative ?

La rĂ©ponse est non. Le lait de la femme est l’un des meilleurs aliments qui soit pour nourrir le bĂ©bĂ©. Cependant, il existe aujourd’hui de trĂšs bons laits artificiels, parfaitement adaptĂ©s aux besoins nutritionnels des nourrissons nĂ©s Ă  terme. Le lait proposĂ© ici n’est soumis Ă  aucun contrĂŽle sanitaire et peut ĂȘtre porteur de bactĂ©ries ou de virus tel que les hĂ©patites B et C ou encore le VIH ou le virus T-lymphotrophique (HTLV). L’aspect mercantile de la dĂ©marche apporte un facteur de risque supplĂ©mentaire. On peut supposer que si la mĂšre a besoin d’argent, elle se trouve dans une situation prĂ©caire et peut-ĂȘtre insalubre. Enfin, il existe diffĂ©rents stades de lactation qui s’adaptent Ă  mesure que l’enfant grandit et que ses besoins nutritionnels Ă©voluent. Il est donc peu recommandĂ© de donner le lait d’une mĂšre qui aurait accouchĂ© depuis 4 mois Ă  un nouveau-nĂ©.

 

Est-ce la premiùre fois qu’une mùre propose son lait sur Internet ?

L’annĂ©e derniĂšre dĂ©jĂ , une vaste campagne de promotion d’échange de lait maternel avait secouĂ© la toile. Venue tout droit du continent amĂ©ricain, elle s’est propagĂ©e jusqu’en France via les rĂ©seaux sociaux. À cette Ă©poque dĂ©jĂ , l’ANSM (Agence Nationale de SĂ©curitĂ© du MĂ©dicament) s’était prononcĂ©e contre ce type de pratiques.

 

N’est-ce pas simplement le retour des nourrices d’autrefois ?

À l’époque, on n’avait pas le choix, le lait artificiel n’existait pas. Nourrir son enfant avec le lait d’une autre mĂšre Ă©tait forcĂ©ment meilleur que de lui donner du lait de vache. Cependant, les transmissions de bactĂ©ries ou de virus via l’allaitement Ă©taient nombreuses et beaucoup de nourrissons dĂ©cĂ©daient d’infections contenues dans ce lait maternel. Aujourd’hui, on dispose de prĂ©parations artificielles adaptĂ©es aux nourrissons qui permettent d’éviter ce risque de contamination.

 

Peut-on aujourd’hui faire appel au don de lait maternel sans courir de risques pour la santĂ© de notre enfant ?

En France, seuls les lactariums sont autorisés à recueillir, traiter et distribuer le lait maternel dans le respect des normes sanitaires. Le lait provient de dons gratuits et anonymes de mÚres ayant un surplus par rapport au besoin nutritionnel de leur propre enfant. Les lactariums sont des structures encadrées et réglementées qui vérifient les conditions de santé des donneuses et la qualité bactériologique du lait avant et aprÚs la pasteurisation. Ce lait est administré en priorité aux nouveau-nés prématurés qui ont un besoin réel. Les quantités recueillies actuellement sont à peine suffisantes pour permettre de couvrir leurs besoins et ne permet pas de donner ce lait maternel aux enfants qui seraient nés à terme.

Il est primordial de continuer Ă  promouvoir l’allaitement maternel et le don de lait GRATUIT via les lactariums. Quant Ă  ces Ă©changes sur le net, ils sont Ă  prohiber. En voulant le meilleur pour leur bĂ©bĂ© (le lait maternel), les parents exposent volontairement leur enfant Ă  des risques graves. Si une mĂšre ne peut allaiter son petit, le lait artificiel reste Ă  ce jour la plus sĂ»re, et donc la meilleure des alternatives.

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