Épilepsie et grossesse : les risques des traitements désormais mieux encadrés

L’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) a renforcé en mai 2015 les mesures de sécurité autour d’un médicament anticonvulsif, la Dépakine, indiqué en cas d’épilepsie. Désormais, il ne pourra plus être prescrit aux jeunes filles et aux femmes en âge de procréer sauf si aucun autre traitement ne peut lui être substitué et dans ce cas une contraception efficace devra être mise en place.

En effet, ce médicament peut provoquer des malformations graves et des retards mentaux chez l’enfant. L’ANSM a aussi recadré les autorisations de prescription en limitant strictement aux spécialistes (neurologues, psychiatres, pédiatres…) la première prescription, qui doit faire l’objet d’un formulaire d’accord de soins signé par la patiente, ainsi informée des risques que présente ce traitement pendant la grossesse.

Les effets secondaires du valproate de sodium, molécule composant de médicament commercialisé sous le nom de Dépakine, sont connus depuis longtemps. S’agit-il vraiment alors d’un « nouveau » scandale sanitaire, comme on l’entend depuis l’an dernier ? En effet, l’alerte ne date pas d’hier ! Dès 1982, les premières études font état des risques que présente ce traitement pendant la grossesse.

Des effets connus de longue date

Dès 1984, le journal « Pediatric Research » traite de la tératogénicité de l’acide valproïque. Puis, le 21 février 1987, le British Medical Journal (n°294) publie à son tour une étude très documentée. D’autres publications suivront, amenant le Laboratoire Sanofi qui commercialise ce médicament à indiquer clairement sur sa notice dès 2007 que ce traitement est « déconseillé pendant la grossesse et pendant l’allaitement ».

Sur le Vidal, la bible de tout prescripteur de médicaments, la mise en garde est clairement affichée et même présentée en lecture libre sur son site internet.

Mieux encore, sur le site du CRAT (Centre de référence sur les agents tératogènes), l’affaire est entendue depuis belle lurette : en effet, depuis le début des années 2000, le CRAT estime que le valproate de sodium « ne doit pas être prescrit aux filles, aux adolescentes, aux femmes en âge de procréer et aux femmes enceintes, sauf en cas d’inefficacité ou d’intolérance à toutes les autres alternatives médicamenteuses ». Et recommande une contraception efficace pour éviter toute grossesse pendant le traitement.

Quels sont les risques ?

Selon les études publiées, 30 à 40% des enfants exposés in utero au valproate de sodium présenteraient des problèmes de développement : retard psychomoteur (marche, langage), troubles de la mémoire et diminution des capacités intellectuelles. Des travaux plus anciens avaient aussi démontré le risque accru de développer des troubles autistiques ou un autisme, ainsi que des malformations (spina bifida, bec de lièvre…).

La visite préconceptionnelle, un rempart contre les traitements inadaptés

Ce fait divers pharmaceutique rappelle une fois de plus l’importance de la consultation préconceptionnelle, autrefois appelée consultation prénuptiale à l’époque où il y était inconcevable de faire un enfant sans être passé devant monsieur le maire (époque pas si lointaine que ça !).

« Malheureusement, trop peu de femmes aujourd’hui prennent la peine d’effectuer cette visite préconceptionnelle », déplore le Dr Teddy Linet, gynécologue-obstétricien. Cette consultation est pourtant l’occasion de faire le point sur l’état de santé, les carences et les particularités de chaque femme en désir d’enfant qui pourraient poser problème en cas de conception d’un bébé.

Et donc, pour les femmes traitées pour épilepsie ou pour des troubles bipolaires, de faire évoluer leur traitement vers des molécules compatibles avec la grossesse. Insuffisance de mise à jour des connaissances en pharmacologie des médecins prescripteurs et défaut de suivi préconceptionnel peuvent générer des handicaps dont des enfants seront les victimes.


La décision de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé présente l’intérêt de verrouiller un parcours de soins qui était pourtant balisé depuis des années par de nombreuses publications scientifiques et mentions dans les ouvrages de référence tels que le Vidal. Et auraient donc dû éviter, de part et d’autre, ces erreurs de prescription…

 

 

 

 

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