J’ai accouché sans sage-femme dans ma baignoire

Bonjour la communauté Neuf Mois, je m’appelle Aurore, j’ai 32 ans, et en couple depuis 9 ans avec Chéri. Je suis déjà maman de 3 enfants de 14 ans, 11 ans et 6 ans. Et je suis enceinte de mon quatrième enfant. Après avoir vécu 3 accouchements normaux, à l’hôpital, dans une salle d’accouchement blanche, froide, pleine d’appareils médicaux qui au premier abord effraient plus qu’ils ne rassurent, j’avais envie d’autre chose pour la venue de mon quatrième enfant… Quelque chose de plus naturel et beaucoup moins médicalisé : l’accouchement à domicile (AAD)

Ma difficulté à trouver une sage-femme pratiquant l’AAD

J’ai appris ma grossesse début février, bébé s’était installé depuis le 22 janvier pour notre plus grand bonheur. Les premiers mois se sont relativement bien passés, avec quelques inquiétudes, et toute une batterie d’examens à faire. Étant originaire de la région Centre, plus particulièrement de Bourges, je me suis informée afin de trouver dans ma région une sage-femme pratiquant l’AAD, chose qui a très vite tourné à la déception puisque la seule que j’ai trouvée habitait à plus de 2 heures de route de notre domicile, et ne se déplaçait pas sur de si longs trajets.

Mon souhait fut exhaussé

Courant juin, une opportunité professionnelle s’offre à nous, mais pour se faire il nous faut déménager dans le sud à plus de 600 km. Après mûre réflexion nous avons accepté la proposition… C’est alors que fin août, enceinte de 7 mois, je quitte ma région natale avec toute ma petite famille. J’ai donc sauté sur l’occasion pour relancer les recherches et trouver à nouveau une sage-femme, chose qui va se faire très vite car une seule pratique les accouchements à domicile. Elle s’appelle Charlotte et elle sera mon soutien dans ce moment magique et intense qu’est l’accouchement.

J’ai rencontré Charlotte trois fois avant mon accouchement. En effet, arrivée à 7 mois de grossesse c’est un peu tard. Mais lors de nos rencontres nous avons parlé des conditions pour accoucher à domicile (pas de grossesse multiple, pas de diabète gestationnel, pas de bébé en siège, pas d’accouchement avant 37 SA etc). Nous avons fait tous les examens nécessaires (prise de sang, 3ème échographie, etc). Je me suis également rendue à la maternité la plus proche afin de constituer un dossier. J’ai aussi rencontré une sage-femme et un anesthésiste car en cas de problème lors de l’accouchement si je devais être transférée à l’hôpital, ils connaîtraient mon identité et toutes les informations relatives au déroulement de ma grossesse.

Le jour J arrive à grands pas

Nous voilà le 21 septembre, j’arrive à 37 SA demain, l’accouchement chez moi se précise, je suis soulagée. Charlotte vient me rendre visite afin de vérifier que tout va bien, comme d’habitude… Tout est ok,  le prochain rendez-vous est pris dans quinze jours. J’ai hâte de serrer mon fils dans mes bras, parce que oui je ne vous ai pas dit mais c’est un petit garçon que j’attends.

Le 24 septembre, il est 00h30, lorsque Chéri et moi décidons d’aller nous coucher. Et c’est 10 minutes plus tard, alors que je viens tout juste de m’enrouler dans ma couette, installée bien au chaud, que les premières contractions ont commencé à se faire ressentir.

Plus les minutes passent, plus j’ai mal

À 1h du matin, voyant que les contractions sont régulières et assez douloureuses, je comprends que c’est le moment. Ce soir je vais serrer mon fils contre moi.

Après 20 minutes de contractions j’appelle donc Charlotte qui me dit qu’elle n’est pas à côté (elle habite à 1h de route) et donc qu’elle part de suite. À  2h du matin je suis allongée sur mon lit, afin de gérer au mieux les contractions qui se rapprochent et sont de plus en plus douloureuses, je respire profondément. Charlotte appelle mon mari pour prendre des nouvelles, et en savoir plus sur le déroulement des choses. Il lui explique que j’ai mal, mais que mis à part ça tout va bien. Elle lui dit qu’il lui reste encore 1h de route, et là, en une fraction de seconde, c’est la panique.

Mais pourquoi ? Elle habite à 1h de chez nous elle devrait déjà être arrivée ? Oui, mais exceptionnellement ce soir Charlotte n’était pas chez elle, mais à 2h de chez nous… Je comprends, j’en suis même sûre, je ne vais pas tenir jusqu’à son arrivée. J’avais fait couler un bain, car oui il était convenu que j’accouche dans ma baignoire, c’était mon souhait. Je demande donc à Charlotte « l’autorisation » de m’y glisser. Elle accepte et dit à mon mari que cela peut accélérer le travail, je prends le risque, j’ai envie de soulager ma douleur qui toutes les 3/4 minutes me plie en deux, me coupe le souffle.

2h30 environ me voilà dans mon bain, l’eau est chaude, ça me fait du bien, mes contractions sont alors toutes les 2/3 minutes, je respire, j’essaie de rester calme. Les minutes passent, les contractions s’accélèrent et la douleur augmente, je ne sais plus comment me mettre pour être « bien », soulager mon corps de cette douleur si particulière qui me traverse. J’ai mal… très mal…
Je ne montre pas trop ma douleur car mon mari est en panique, il ne sait pas quoi faire, se sent perdu, il envoie des SMS à Charlotte : « Je suis désemparé, elle a envie de pousser ! » Mon pauvre homme, dans quelle aventure l’ai-je embarqué, sûrement maintenant je le sais, dans la plus belle de notre vie !


J’ai accouché sans sage-femme dans ma baignoire

Les contractions sont très proches, toutes les minutes sûrement, j’ai envie de pousser, je ne tiens plus… Je pousse, de toutes mes forces, le moment est arrivé, mon bébé va naître. Après 2 poussées, sa tête sort, son visage face au fond de la baignoire, je le touche, le caresse, je sens ses cheveux. Mon homme assis sur le rebord de la baignoire, tétanisé et émerveillé par ce qui se passe, me regarde et me dit : « Il est sous l’eau, il ne peut pas respirer ! ». J‘essaie entre deux contractions de le rassurer en lui disant que dans mon ventre il est dans l’eau aussi donc pas de panique… Puis je pousse à nouveau, tout en prenant la tête de mon bébé dans mes mains, je le tourne un peu histoire de dégager ses épaules et en l’espace d’une seconde, mon bébé sort entièrement, je le prends, le pose sur ma poitrine, il est 03h05.

Mon mari prend les serviettes que nous avions mises à chauffer pour le couvrir, lui sécher le visage, bébé pleure dès sa sortie de l’eau, tout va très bien. Je suis encore sous le choc de cet accouchement si rapide, seule avec mon mari dans notre salle de bain.

Nous sommes heureux et émerveillés

On appelle alors Charlotte pour lui annoncer la bonne nouvelle, et lui demander les démarches à suivre, elle n’est plus très loin, dans 15 minutes elle sera là. Elle me dit de sortir du bain, de bien laisser bébé sur moi, couvert, après l’avoir séché pour qu’il garde une bonne température. Je sors de ma baignoire, le cordon toujours entre mes jambes, relié à mon fils et je m’installe sur mon lit où chéri nous a préparé un nid douillet. Nous sommes heureux, émerveillés, remplis d’adrénaline.

3h20 la sage-femme arrive enfin !

Charlotte arrive à 3h20. Elle vérifie mes paramètres vitaux, mes saignements, que mon bébé va bien. Nous laisserons le cordon cesser de battre avant de le couper, puis viendra le placenta 1h plus tard. J’ai d’ailleurs gardé une petite partie afin de l’enterrer au pied d’un arbre en pleine nature. Charlotte est restée avec nous jusqu’au matin, à surveiller toutes les 30 minutes que tout allait bien pour nous.

Issa, 2kg460, 47 cm est né le 24 septembre 2015 à 03h05 dans la baignoire familiale, sans aucune aide. Un accouchement merveilleux, un moment magique, inoubliable et hors du commun. Et pour la petite anecdote, il est la seule naissance déclarée dans mon village depuis plusieurs dizaines d’années.

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