La péridurale : petite piqûre de rappel !

Vous avez tout lu, tout entendu sur la péridurale et rien que le mot vous donne des frissons ? Vous vous posez de nombreuses questions sur cette anesthésie connue pour vous faire accoucher sans douleur. Notre expert, le Docteur Monique Berl, Praticien Hospitalier Anesthésiste en Maternité, nous explique dans les moindres détails les principes de cette technique, utilisée par plus de 60% des femmes le jour de leur accouchement.

La pose de la péridurale, comment ça se passe ?

Pour aller mettre des produits anesthésiques dans l’espace péridural, il faut d’abord repérer l’espace. Dans cette recherche, la participation de la patiente est très importante. Je recommande donc une position soit assise, soit couchée sur le côté mais surtout, la patiente ne doit pas bouger et doit bien faire le dos rond pour faire ressortir ses vertèbres.

Bien souvent l’aiguille fait peur…

Si l’aiguille fait peur c’est à cause de sa longueur mais il faut bien qu’elle rentre dans l’espace péridural ! Avant toute introduction, une anesthésie locale de la peau du dos est réalisée. La grande majorité des futures mamans reconnaissent après, que la péridurale ne leur a pas fait mal ! L’aiguille est en fait creuse pour permettre de mettre le cathéter à l’intérieur du corps de la patiente. Celui-ci restera en place jusqu’à la fin de l’accouchement pour permettre à l’équipe médicale de s’adapter rapidement à toutes les situations. On peut alors adapter la dose et les réinjections des produits anesthésiques à la longueur du travail.

Différentes méthodes d’injections existent.

Il existe d’une part, les méthodes contrôlées complètement par le corps médical qui détermine les doses et les intervalles d’injections. D’autre part, il existe aussi le système de la pompe programmable qui permet à la patiente, à l’aide d’une manette, de doser à la demande la quantité de produit injecté. Elle peut en effet ajouter du produit si la quantité de base n’est pas suffisante. Bien sûr, selon la dose les effets sont différents. Plus on injecte de produit plus l’anesthésie locale est profonde.

Le moment de la mise en place du dispositif dépend vraiment de la patiente et des équipes médicales. Une chose est sûre, la péridurale n’est installée que quand le travail a commencé !

Est-ce que toutes les futures mamans peuvent en bénéficier ?

Toutes les futures mamans ne peuvent pas bénéficier de la péridurale, parce que c’est un acte médical et à tout acte médical il existe des contre-indications.

C’est pour cela que la consultation avec le médecin anesthésiste est très importante. Elle est même légale et obligatoire depuis 1994. Cette dernière est réalisée en général six semaines avant l’accouchement. La patiente doit alors remplir un dossier médical et donner un maximum d’informations au médecin anesthésiste sur ses antécédents médicaux. Cette consultation permet à la patiente de discuter avec le médecin anesthésiste et de prévoir une stratégie pour mettre en place la péridurale ou non.

Quand la balance « bénéfice-risque » penche plus sur les risques, alors la patiente ne pourra pas bénéficier de la péridurale. C’est notamment le cas des patientes qui ont des maladies ou des traitements qui altèrent la coagulation. Également si l’accouchement est déclenché, que ce soit pour des raisons médicales ou de convenance, la péridurale est fortement recommandée. En effet, les contractions étant déclenchées artificiellement, cela augmente considérablement la douleur.

Mais évidemment la première des contre-indications c’est le refus de la patiente !

Quelles sont les alternatives à la péridurales ?

On peut parler d’hypnose, d’haptonomie, de sophrologie. Ce sont des médecines douces. Il existe aussi la PCA (patient controlled analagesia). Ce sont des injections de dérivés morphiniques contrôlées par la patiente. Cette technique a un effet secondaire majeur : l’apnée. Il faut faire particulièrement attention au bébé. Les doses sont donc limitées.

La préparation à l’accouchement est aussi très importante. Il faut apprendre certaines techniques. On n’apprend pas à se relaxer en 1h avec des contractions qui font mal. Il faut se préparer et savoir ce dont on a envie. On peut associer les techniques entre elles. C’est vraiment l’affaire de chacun car on peut en effet mixer médecine douce et péridurale.

Quels sont les bénéfices attendus de la péridurale ?

La mise en place du cathéter permet de faire face à une situation obstétricale critique de façon très rapide. Cela permet d’assurer la sécurité de la maman mais aussi du bébé. En effet, si on doit faire une manœuvre très douloureuse, on se sera obligé de faire une anesthésie générale. Les risques sont alors beaucoup plus importants pour la femme enceinte que l’anesthésie péridurale qui n’endort qu’une région du corps. De plus, l’anesthésie générale risque d’endormir le bébé.


Pour les grossesses multiples, la naissance du 2e et a fortiori 3e, et 4e se fait souvent avec des manœuvres obstétricales douloureuses. Ces manœuvres seront facilitées si la patiente n’a pas mal et qu’elle est relâchée. Dans ce cas, la péridurale est fortement recommandée, dans le cas où la césarienne n’est pas envisagée.

Enfin, il existe beaucoup de pathologies en particulier cardiaques pour lesquelles il est important que la patiente ait une péridurale. Il faut éviter que ces mamans soient trop fatiguées et fassent de l’hyper ventilation pendant le travail.

Existe-t-il des effets secondaires ?

Oui tout peut arriver. C’est comme quand on traverse la route. Si on traverse en respectant la signalisation, il y a moins de risque que si on traverse le périphérique de nuit. Le risque zéro n’existe pas.
Les choses les plus fréquentes si effets secondaires il y a :

  • Ça ne marche pas du tout ou l’anesthésie est asymétrique : soit le cathéter est mal placé, soit il a bougé. Si ça ne marche pas on remet en place le dispositif. Ce n’est pas gênant de reposer une péridurale.
  • Maux de têtes après la péridurale.

Est-ce que vous recommandez la péridurale aux futures mamans qui peuvent la recevoir ?

En tant qu’anesthésiste je la recommande car cela assure la sécurité de la patiente et du bébé. Je la recommande d’autant plus si je pense que l’accouchement a peu de chances de se passer sans l’intervention d’un obstétricien.  Certaines patientes veulent sentir les sensations de l’accouchement.

Aujourd’hui, avec les techniques que l’on a, les patientes sont maîtresses de la quantité de produit qu’elles injectent. Ce que je recommande dans ce cas c’est de mettre un tout petit peu de produit. Les patientes ressentent les contractions et ont le dispositif en place qui va assurer leur sécurité et celle du bébé.

Dans une société où personne ne se pose la question de savoir si on utilise des produits anesthésiques chez le dentiste par exemple, il est illogique de vouloir accoucher sans péridurale. Accoucher peut mettre la vie en jeu. N’oublions pas qu’il y a encore malheureusement des femmes qui meurent en couche. Alors s’il y a des éléments qui sont en faveur d’un accouchement compliqué, il ne faut pas hésiter à convaincre la patiente de recourir à la péridurale. Cela permettra de faire face rapidement à ces éventuelles complications.

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