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Pour le psychologue Didier Pleux, les parents d’aujourd’hui ne savent plus ĂȘtre parents

Il n’est pas facile de devenir parents. Pour un couple, renoncer Ă  sa vie d’avant, entre les sorties avec les amis, les grasses matinĂ©es du dimanche matin, et autres plaisirs de la vie parce qu’on est devenu parents, c’est compliquĂ©. Selon un sondage allemand rĂ©alisĂ© Ă  la fin du mois de juillet 2016 par le site YouGov, une sociĂ©tĂ© d’Ă©tudes de marchĂ© sur Internet, sur des parents d’Ăąges diffĂ©rents, un Allemand sur cinq regrette d’ĂȘtre devenu parent. Et le psychologue français, Didier Pleux, semble avoir la rĂ©ponse Ă  ce rĂ©sultat…

Bien qu’ils aiment leurs enfants d’un amour profond, 20% des Allemands estiment que leur donner la vie a Ă©tĂ© une erreur. Outre-Rhin, il existe une vĂ©ritable pression sur les femmes quand un enfant arrive dans leur vie : celui de la mĂšre parfaite, « En Allemagne, la conception de la maternitĂ© est celle d’un sacrifice total de soi », avait dĂ©clarĂ© Barbara Vinken, professeure de littĂ©rature et de philologie romaine Ă  l’universitĂ© Ludwig-Maximilians de Munich et auteure en 2001 d’un ouvrage sur le mythe de la mĂšre allemande. Et cela d’autant plus qu’il n’existe pas beaucoup de modes de garde adaptĂ©s au budget des familles, et que les mĂšres sont souvent obligĂ©es d’arrĂȘter de travailler jusqu’Ă  ce que leur enfant ait 5 ans, puisque l’Ă©cole maternelle gratuite n’existe pas en Allemagne.

Des enfants rois que des parents ne supportent plus

Pour le psychologue français Didier Pleux, auteur du livre La rĂ©volution du divan, sorti en 2015 aux Éditions Odile Jacob, il est vrai qu’il est bien plus difficile d’ĂȘtre parent Ă  l’heure actuelle, mais pour lui, les parents semblent aussi ĂȘtre un peu trop centrĂ©s sur eux-mĂȘmes. InterviewĂ© par BFM TV, il a dĂ©clarĂ© : « En consultation, je vois surtout et de plus en plus des parents qui sont dans les difficultĂ©s avec leurs jeunes enfants. » Pour le psychologue, les parents de la gĂ©nĂ©ration Y (les personnes nĂ©es entre 1980 et le milieu des annĂ©es 1990), ne se rendent pas compte qu’un enfant n’est pas un jouet, et qu’ĂȘtre parent, c’est avoir des contraintes, des frustrations, mettre en place des rites Ă©ducatifs auxquels parents et enfants doivent se soumettre.

Et en rĂ©alitĂ©, toujours selon le psychologue, certains parents qu’il reçoit en consultation en raison de difficultĂ©s avec leur enfant ne souhaitent pas vĂ©ritablement ĂȘtre parents, c’est-Ă -dire Ă©duquer. En consĂ©quence de quoi, on se retrouve avec des enfants rois (qui prennent le pouvoir) et donc des parents qui ne supportent plus leurs petits. Ces mĂȘmes parents dĂ©cident donc de les emmener en consultation chez un psychologue. Mais pour le Didier Pleux : « le problĂšme n’est pas psychologique, c’est un problĂšme Ă©ducatif. »

Des parents qui veulent vivre pour eux…

Bien que le psychologue admette qu’il est aujourd’hui plus difficile  d’Ă©duquer des enfants, il souligne toutefois l’Ă©gocentrisme de certains parents, Ă  vouloir continuer de vivre comme avant, tout en ayant un petit. Continuer Ă  sortir, se coucher tard, se lever tard, Ă  gĂ©rer un budget en fonction de leurs souhaits… Bien sĂ»r que c’est toujours possible avec un enfant, mais plus tard, pas dĂšs la naissance du nourrisson, comme le dĂ©clare le Dr Didier Pleux : « Les gens veulent jouir de la vie, mais le problĂšme c’est qu’avec un enfant on ne peut pas toujours jouir de la vie ». BĂ©bĂ© pleure aussi, alors il faudra le nourrir pendant la nuit, se lever pour le consoler, supporter ses cris pendant des heures, renoncer Ă  un achat personnel pour acheter un siĂšge auto sĂ©curisant, donc cher ou payer la crĂšche ou l’assistante maternelle…. Il n’a jamais Ă©tĂ© dit que c’Ă©tait facile d’ĂȘtre parents pourtant !

… parce qu’on ne leur pas appris Ă  ĂȘtre parents

Alors cette nouvelle gĂ©nĂ©ration de parents s’en sort comme elle peut… Et le psychologue ne les blĂąme pas, non, il blĂąme ceux qui n’ont pas appris aux parents actuels comment devenir des parents. Au micro de BFM TV, il a dĂ©clarĂ© : « Il y a cinquante ans, c’Ă©tait plus facile pour un parent, l’enfant Ă©tait Ă©levĂ© entre le curĂ©, l’instituteur, la voisine, les grands-parents… » Mais les mƓurs ont changĂ©, et il faut que les parents apprennent Ă  devenir parents selon les codes actuels. Un enfant roi, aprĂšs tout, ça a aussi des atouts. Comme le souligne une cĂ©lĂšbre psychologue, Simone Korff-Sausse, ces enfants-lĂ  sont souvent plus autonomes et plus curieux car moins bridĂ©s dans leurs actions par une sĂ©rie d’interdits pas toujours pertinents.

Le souci, ce n’est pas tant d’avoir un enfant-roi ou pas chez soi, mais plutĂŽt d’apprendre Ă  ĂȘtre parent, Ă  Ă©duquer sans craindre d’ĂȘtre moins aimĂ©, Ă  poser des rĂšgles et des limites, parce que c’est nĂ©cessaire Ă  l’enfant et aussi salutaire pour les parents. Mais comme charitĂ© bien ordonnĂ©e commence par soi-mĂȘme, dans une sociĂ©tĂ© trĂšs individualiste comme la nĂŽtre dans laquelle plus personne ne respecte les rĂšgles Ă  commencer par nos Ă©lites censĂ©es donner l’exemple, il va falloir aussi apprendre, en tant que parents, Ă  respecter des rĂšgles Ă©ducatives mĂȘme si elles restreignent notre libertĂ© pour que nos enfants respectent les leurs. Et c’est lĂ  que le bĂąt blesse… Mais les parents aimant Ă©videmment leurs enfants, tout devrait rentrer dans l’ordre avec un peu de mĂ©thode. On vous conseille la lecture de « De l’enfant-roi Ă  l’enfant tyran », de Didier Pleux (Ă©d. Odile Jacob) et de « Plaidoyer pour l’enfant-roi » de Simone Korff-Sausse (Ă©d. Fayard). Ça dĂ©coiffe, et ça aide !

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