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L’ocytocine est-elle systématiquement utile le jour de l’accouchement ?

Le Collège National des Sages-Femmes a publié le 6 décembre dernier des recommandations pratiques concernant le bon usage de l’ocytocine, une hormone censée faciliter l’accouchement. Le CNSF s’élève en effet contre l’usage excessif de l’ocytocine en salle de naissance, comme le CIANE, une association de patients l’avait déjà fait à plusieurs reprises. Et pour de bonnes raisons, car l’ocytocine a aussi ses effets secondaires, comme tout médicament.

C’est la mode maintenant… ou plutôt c’est le protocole. Dès que vous êtes à 24h près du terme, allez zou, on vous fait entrer en maternité et comme on ne va pas y passer dix ans, on vous ficelle gentiment à un perroquet qui diffuse une solution glucosée pour vous aider à tenir le coup vu que vous êtes à jeun, et qui permet aussi de faire passer de l’ocytocine, le cas échéant, quand les contractions tardent à se mettre en route de manière efficace.  Certes, l’ocytocine, tout le monde n’y passe pas, juste… deux femmes sur trois tout de même, selon une enquête menée en 2010. Et bien que certains professionnels de santé le réfutent au point de téléphoner à la rédaction pour nous passer un savon quand on a le malheur de l’écrire, le souci, c’est que la perfusion d’ocytocine peut rendre les contractions plus douloureuses.

Un usage réservé à trois cas précis

Mais ça n’est pas le seul inconvénient de cette hormone. Comme le précise la feuille de route de bonne utilisation, l’ocytocine ne doit être administrée que dans trois cas de figure bien déterminés : une contraction insuffisante de l’utérus, une chirurgie obstétricale, une atonie de l’utérus. Bien évidemment, deux femmes sur trois ne présentent pas systématiquement l’un de ces cas de figure. Donc l’ocytocine est bien utilisée parfois pour faire avancer le travail, quand les contractions peinent à la tâche. Autrement dit on se sert de la médicalisation pour un but qui n’est pas justifié uniquement par la situation médicale de la parturiente. Cherchez l’erreur…

Le Collège National des Sages-femmes l’a fait, en émettant ses premières recommandations de pratique clinique. L’occasion de rappeler que les sages-femmes sont les professionnelles de santé de premier recours en matière de grossesse à bas risques et effectuent seules la majeure partie des accouchements en maternité, le gynécologue n’intervenant qu’en cas de difficulté ou de complications.

Limiter l’ocytocine à ses indications réelles

Pour le Collège National des Sages-Femmes, il n’est pas question de lancer l’opprobre sur un protocole qui a ses indications précises mais d’en limiter l’usage aux besoins réels, en prescrivant le recours à l’ocytocine dans les seuls cas justifiés.

Il était temps que les choses soient dites, car l’ocytocine n’est pas sans risque : elle multiplie de 1 à 5 le risque d’hémorragie grave du post-partum, en fonction des doses administrées. Qui plus est, alors que l’ocytocine est censée faciliter l’accouchement, on constate parfois des anomalies de la contractilité utérine, qui provoquent des anomalies du rythme cardiaque du fœtus.

Un dialogue à engager autour du projet de naissance

Sur les forums de mamans et de futures mamans, la question de l’ocytocine est souvent évoquée, en référence à un accouchement mal vécu, douloureux, compliqué, et à l’impression de n’avoir pas été associée à la décision. Les recommandations pratiques du CNSF vont permettre d’engager un dialogue aussi serein que possible autour du recours à l’ocytocine. Qui parfois s’avère en effet indispensable. Et l’équipe médicale tient compte de plusieurs paramètres avant d’y recourir. Ainsi, la perfusion d’ocytocine ne peut être utilisée que si les conditions sont favorables. La sage-femme ou le gynécologue se servent pour l’estimer d’un mode de calcul appelé score de Bishop qui permet d’évaluer par notation la dilatation et l’effacement du col, sa position, son état et le niveau d’engagement du bébé. Quand ce score (addition des notations) est élevé, c’est que toutes les conditions sont réunies pour déclencher l’accouchement.
L’injection d’ocytocine nécessite en parallèle une surveillance accrue du fœtus par monitoring. En effet, en empêchant l’utérus de se contracter normalement, l’ocytocine peut entraîner une hypertonie utérine qui est à l’origine parfois de souffrances fœtales et d’hémorragie du post-partum, comme indiqué précédemment.

Dans certains cas, utérus cicatriciel ou quand l’accouchée en est à son quatrième ou cinquième accouchement, il peut y avoir des risques de rupture utérine.

Accepter ou refuser l’ocytocine ? 

S’il s’agit d’un déclenchement pour convenance personnelle, ou parce qu’on est là et que finalement à deux jours près, autant y aller tout de suite, et que suite aux manoeuvres de déclenchement, les contractions ne jouent pas pleinement leur rôle, l’équipe doit demander l’accord de la future maman. Alors oui, vous avez le droit de dire non ! S’il s’agit d’une décision médicale, rien n’interdit de demander au médecin ou à la sage-femme de vous expliquer le pourquoi du comment. La sagesse, c’est de faire confiance à l’équipe médicale car la santé de bébé et la vôtre peuvent être en jeu. Les recommandations pratiques du Collège National des Sages-Femmes devraient faire avancer le dialogue dans le bon sens. Mais ce ne sont que des recommandations, pas des obligations. Donc vous pouvez avoir à faire à une équipe médicale qui ne l’entend pas de cette oreille. D’où l’intérêt de bien préparer son projet de naissance et de le discuter avec l’équipe médicale. Au risque de devoir changer de maternité si le protocole l’emporte sur le dialogue. Et c’est malheureusement parfois le cas.

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