Etats- Unis : ces enfants orphelins légalement abandonnés par leur famille d’accueil

L’adoption est une étape très importante, qu’elle se fasse dès les premiers mois de la naissance ou quand l’enfant est plus grand. Aux Etats-Unis, le phénomène est encore plus impressionnant quand on sait que la ré-adoption est possible très facilement. Sur tous les enfants ou bébés adoptés, il est possible de s’en « débarrasser » pour à peu près n’importe quelle raison. Ils sont ensuite soit rendus en toute légalité aux services d’orphelinat soit l’ancienne famille peut en trouver une nouvelle, selon sa convenance.

Les dérives sont donc considérables : trafic illégal d’enfants, pédophilie, chocs émotionnels importants… Toutes ces conséquences viennent nuire à l’affect et au bon développement de l’enfant malmené. Un problème qui démontre bien la différence entre ce pays et nos coutumes européennes. Mais arrêtons-nous un peu pour comprendre le fonctionnement de ce système américain sur l’adoption.

Le « rehoming », une pratique très controversée dans le reste du monde

Sur l’ensemble des adoptions dans le monde, les Etats-Unis représentent à eux tous seuls 50% d’entre elles. Ce taux est encore plus inquiétant quand on sait que 100 000 enfants américains sont adoptés dans le pays et que 1/4 d’entre eux sont abandonnés par leur famille adoptive. De là en découlent des conséquences graves. Sous prétexte d’un mauvais comportement de l’enfant ou d’une mauvaise intégration dans la nouvelle famille, les parents adoptants peuvent le « rendre » et ainsi s’en débarrasser. Ces enfants sont ensuite, dans le meilleur des cas, ré-adoptés (quelques fois plusieurs fois dans une vie) et ce marché fructueux vaut le coup pour les familles candidates à la « reprise » de l’enfant : la ré-adoption coûte deux fois moins cher qu’une procédure classique (soit environ 5 000 euros).

Cette pratique très étonnante a même un nom, le « rehoming ». C’est-à-dire que l’on retrouve une famille, tel qu’on pourrait le faire pour un animal, à un enfant orphelin. La procédure est d’ailleurs très mal encadrée aux Etats-Unis puisque de nombreuses pratiques illégales ont couramment lieu dans différents Etats du pays. Et ce qui est le plus navrant dans cette histoire c’est que la procédure peut se répéter à l’infini. En attendant, pour ce qui est des pratiques illégales, il est possible de trouver des annonces sur Internet, dans les journaux ou dans les prospectus américains. Des agences indépendantes sont même spécialisées dans la ré-adoption et proposent un catalogue en ligne avec l’ensemble des enfants à adopter avec leur photo et une description explicative du caractère de chacun.

Chaque Etat peut pratiquer légalement ou illégalement la ré-adoption

Ce qui pose souvent du tort aux Etats-Unis dans cette affaire, c’est son système fédéral. En effet, chaque Etat décide de sa propre législation et c’est pourquoi il existe des dérives très graves dans certains d’entre eux. Les enfants sont exposés comme de la marchandise, comme s’ils étaient des animaux en cage que l’on peut vendre au plus méritant. Ils sont jugés sur leur apparence, sur leur détermination à trouver une famille et non sur leur plus profonde condition d’être humain.

Pis encore, des défilés ont même lieu dans certaines agences américaines. Une à deux fois par an, ces agences sortent le grand jeu : tapis rouge, petits fours etc. Les enfants se maquillent, se pomponnent et s’apprêtent pour essayer de trouver une famille qui, elle, se déplace « spécialement » pour l’occasion. C’est d’ailleurs ce que montre avec étonnement un récent reportage sur France 5 où l’on voit une agence en Pennsylvanie présentant fièrement des enfants devant une assemblée attendrie. Sous les applaudissements du public, les enfants paradent dans l’espoir de trouver une nouvelle attache affective. Des photos sont même prises pour, peut-être, demander l’avis au parent non présent… Qui sait ?

Le problème de cette pratique est aussi la dérive dans laquelle les agences peuvent tomber. Lorsqu’un enfant doit être ré-adopté, il n’est ni vérifié le casier judiciaire du futur adoptant ni ses antécédents psychiatriques. Cela donne malheureusement lieu à des dérapages d’ordre sexuel où les enfants sont abusés par leurs nouveaux parents. Ce système est un marché juteux qui profite à toutes les catégories sociales américaines. C’est notamment l’histoire d’un député républicain, Justin Harris, qui a donné ses jumelles à un proche. Ce dernier s’est révélé être un pédophile. Les conséquences psychologiques sur un enfant peuvent être très lourdes et pour l’instant, aucune évolution n’est prévue à ce sujet.


Le reflet d’une société désabusée

Les Etats-Unis sont considérés comme le pays où il y a le plus d’enfants à adopter. Mais il y a une explication à ce phénomène : par an, un million de femmes portent un enfant alors qu’elles ne l’ont pas voulu. La moitié d’entre elles a recours à une IVG et la seconde moitié donne naissance mais ne souhaite pas garder l’enfant. C’est pourquoi tant d’enfants sont adoptables dans ce pays. Mais c’est également dû au fait que beaucoup d’enfants sont retirés de leur foyer familial par les services sociaux à cause de la pauvreté de leur famille. Ce retrait correspond d’ailleurs à 68% des cas constatés. L’issue est tragique mais malheureusement nous n’avons aucun chiffre concernant le nombre d’enfants placés en agences. Vu que ces pratiques sont illégales, les statistiques ne peuvent pas nous parvenir.

De plus, la close de confidentialité est totalement différente par rapport à la France. En effet, les parents adoptants connaissent et fréquentent parfois les parents biologiques qui ne souhaitaient pas garder leurs enfants. Cette proximité jugée malsaine en France pose effectivement le problème du secret professionnel. Sur le sol français, il est totalement interdit d’abandonner en direct un enfant au profit d’une autre famille, selon le Code pénal. Dans ces conditions, comment un enfant peut-il avoir des repères familiaux si ces derniers sont eux-mêmes trop nombreux ? Beaucoup de zones d’ombre existent alors et il est très difficile pour un enfant de trouver sa place au sein d’une structure familiale.

Ces adoptions à répétition peuvent très souvent causer des déséquilibres, des dépressions, des isolements ou un manque évident de confiance en soi. Se sentir abandonné plusieurs fois peut être un traumatisme évident pour chaque être humain et d’autant plus lorsque l’on est un enfant. Ce dernier n’a en effet même plus le temps de se réhabituer à une famille qu’il en est immédiatement arraché. Il fait son deuil mais celui-ci n’est jamais pleinement achevé. Chaque enfant a les capacités pour s’en sortir mais cela dépend surtout de la situation dans laquelle il est placé. Cependant, il faut bien imaginer que ces longues traversées du désert peuvent être un vrai calvaire pour ces petits en manque perpétuel d’affection. Il faut ainsi vraiment espérer que cette pratique cesse et parvienne à un fonctionnement beaucoup plus équilibrant pour ces enfants déjà victimes d’abandon primaire, comme c’est le cas dans la majorité des pays industrialisés du globe.

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