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A quoi servent les poches alimentaires pour bébé ?

Trois nourrissons, dont deux prĂ©maturĂ©s sont rĂ©cemment dĂ©cĂ©dĂ©s Ă  la maternitĂ© de l’hĂŽpital de ChambĂ©ry, en Savoie. Ces tout petits auraient Ă©tĂ© infectĂ©s par des poches de nutrition contaminĂ©es, poches dont la fabrication est pourtant contrĂŽlĂ©e. Aujourd’hui, ces derniĂšres se retrouvent dĂ©sormais au cƓur de la polĂ©mique qui entoure la mort des trois bĂ©bĂ©s. Mais Ă  quoi servent-elles exactement ? Quelle en est l’utilité et l’importance pour un bĂ©bĂ© prĂ©maturĂ© ? On fait le point avec le professeur François Chast, Chef du service de pharmacie du groupe hospitalier Cochin-Port Royal-HĂŽtel Dieu et Broca, Ă  Paris.

 

Qu’est-ce qu’une poche alimentaire ?

En rĂ©alitĂ©, on ne devrait pas parler de poche alimentaire. Il ne s’agit pas d’aliments mais de nutriments qui sont administrĂ©s au bĂ©bĂ© prĂ©maturĂ© par voie intra-veineuse. Il s’agit d’élĂ©ments de base (sucres, protĂ©ĂŻnes, lipides, sels minĂ©raux) nĂ©cessaires Ă  la croissance du bĂ©bĂ©.

 

Depuis quand ces poches existent-elles ?

L’objectif de la rĂ©animation nĂ©onatale, qui a une quarantaine d’annĂ©es, est d’apporter aux prĂ©maturĂ©s tous les Ă©lĂ©ments nutritionnels pour permettre la maturation de leurs organes et de  se dĂ©fendre contre le stress et l’ensemble des agressions. C’est à partir de la fin des annĂ©es 1960 et du dĂ©but des annĂ©es 1970 que l’on a acceptĂ© de rĂ©animer des enfants pesant de l’ordre du kilogramme, qui naissaient Ă  27 ou 28 semaines de grossesse. DĂ©sormais, il peut s’agir de nouveaux nĂ©s pesant 600 grammes. Ce sont de petits poids, avec une grande immaturitĂ© d’un grand nombre de fonctions physiologiques, parmi lesquelles les fonctions digestives.

 

A quoi servent-elles ?

Elles servent Ă  nourrir le bĂ©bĂ© prĂ©maturĂ©. Lorsqu’un enfant naĂźt prĂ©maturĂ©ment, il ne bĂ©nĂ©ficie plus de l’apport nutritionnel, Ă©nergĂ©tique qu’il recevait dans le ventre de sa maman par le cordon ombilical. Il se trouve plongĂ© dans un milieu hostile. Son tube digestif n’est pas encore mature pour recevoir du lait maternel. Ce qui oblige les rĂ©animateurs Ă  administrer les nutriments nĂ©cessaires Ă  sa croissance par voie veineuse.  Il s’agit dĂšs lors d’une nutrition artificielle qui va apporter Ă  l’enfant tout ce dont il a besoin.

 

De quoi se composent-elles ?

D’eau en premier lieu. Un prĂ©maturĂ© a besoin d’ĂȘtre beaucoup hydratĂ©. Parmi les Ă©lĂ©ments de base figure le sucre, Ă  savoir le glucose, assimilable par l’organisme. C’est le premier constituant de cet ensemble nutritionnel. Viennent ensuite les protĂ©ĂŻnes, plus prĂ©cisĂ©ment les petites briques, Ă  savoir les acides aminĂ©s qui vont constituer les unitĂ©s de protĂ©ĂŻnes. En troisiĂšme lieu viennent les graisses. Elles sont  apportĂ©es sous forme d’émulsions contenant des lipides de base : huile de soja, d’olive, de palme, des triglycĂ©rides Ă  chaĂźne moyenne. Parmi la composition de ces poches figurent Ă©galement des vitamines C, et des oligo-Ă©lĂ©ments : cuivre, zinc, sĂ©lĂ©nium qui participent au mĂ©tabolisme de l’enfant, ainsi que des sels minĂ©raux.

 

Comment sont-elles fabriquées ?

Nous fabriquons ces mĂ©langes dans les hĂŽpitaux. Il existe deux types de mĂ©langes : ceux standards qui rĂ©pondent Ă  des besoins standards et ceux sur-mesure, personnalisĂ©s adaptĂ©s aux besoins d’un enfant en particulier. D’un jour Ă  l’autre, il peut y avoir des variations. Au sein de notre groupe hospitalier, nous effectuons des bilans biologiques tous les jours chez les enfants prĂ©maturĂ©s pour adapter les mĂ©langes Ă  leur situation clinique. Dans le cas de l’hĂŽpital de ChambĂ©ry, c’est un laboratoire privĂ© industriel qui a fabriquĂ© ces poches.

 

Existe-t-il des risques de contamination ?

Dans le domaine de la prĂ©paration des mĂ©dicaments stĂ©riles, le zĂ©ro dĂ©faut est un impĂ©ratif absolu. Mais c’est plus facile Ă  dire qu’à faire. Nous sommes assujettis Ă  une politique d’assurance qualitĂ©, nous crĂ©ons les conditions d’une sĂ©curitĂ© la plus absolue possible, avec la formation de nos Ă©quipes, les contrĂŽles physico-chimiques rĂ©guliers pour valider la quantitĂ© de nutriments dans nos poches, des prĂ©lĂšvements. La difficultĂ© rĂ©side dans l’évaluation de la contamination de la poche. Les bactĂ©ries ne se dĂ©veloppent pas tout de suite, or l’enfant lui a besoin de la poche immĂ©diatement. Sur les cinq derniĂšres annĂ©es, aucun accident n’a Ă©tĂ© dĂ©plorĂ© mais nous ne sommes jamais Ă  l’abri d’un risque.  Nous ne sommes pas dans un cadre industriel mais artisanal. Les poches se conservent de 48 h Ă  96 h pour les sur-mesure et de 12 Ă  14 jours pour les standards.

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