L’allaitement peut-il protéger bébé de la rougeole ?

Face à la recrudescence des cas de rougeole, quelles solutions existent pour protéger bébé ? On serait tentées de répondre en chœur l’allaitement maternel ! Des chercheurs se sont penchés sur cette possibilité. Voici leurs conclusions.

La réduction des cas de rougeoles est l’un des objectifs majeurs de l’organisation mondiale de la santé. Si entre 2000 et 2007, le nombre de décès d’enfants causés par la rougeole a baissé de 74% à travers le monde, on constate actuellement une recrudescence des cas de rougeole dans les pays industrialisés en raison d’une couverture vaccinale insuffisante. Si, en France, quelques milliers de cas ont été recensés ces dernières années aboutissant parfois à des décès d’enfants, les États-Unis doivent actuellement faire face à une épidémie de rougeole, notamment en Californie où cette maladie avait jusque-là disparu. Selon Le Parisien, 59 cas ont été déclarés récemment dans cet Etat dont 42 qui auraient été exposés au virus au mois de décembre 2014, au Parc Disneyland d’Anaheim, dans la banlieue de Los Angeles.

Dans le Journal de Montréal, la semaine dernière, une maman d’un nourrisson s’inquiétait de s’être trouvée avec son bébé dans la même salle d’attente de médecin qu’une maman accompagnée de son fils atteint de la rougeole. Eh oui, nos bébés peuvent être contaminés par des enfants malades, or la rougeole est mortelle pour les nourrissons dans 20 à 30% des cas ! Comment les protéger, puisqu’ils ne peuvent pas être vaccinés avant l’âge de 9 mois s’ils sont gardés en collectivité, sinon avant l’âge de 1 an ?

Le lait maternel pour immuniser les nouveau-nés ?

On a toujours plus ou moins entendu dire que l’allaitement favorisait le renforcement des défenses immunitaires de bébés grâce aux anticorps de la maman qu’il contient. Une étude belge réalisée en 2010 a étudié la question en relevant le niveau d’anticorps efficaces contre la rougeole dans le lait maternel. Cette étude a été menée sur un groupe de 221 femmes divisées en deux unités : les femmes vaccinées contre la rougeole et celles qui étaient immunisées naturellement pour avoir rencontré le virus durant l’enfance.

D’où il ressort que si le lait maternel favorise un renforcement des défenses immunitaires du bébé, cela ne suffirait pas à protéger le bébé en cas de rougeole, selon le docteur James Abbay, chercheur médical au Infant Risk Center à Amarillo (Texas) qui a participé à l’équipe internationale d’évaluation : « Le lait maternel contient bien les anticorps IGG efficaces contre la rougeole, mais ceux-là ne vont pas se déplacer vers le sang du bébé où ils pourraient être potentiellement efficaces », rajoute t-il. Malheureusement, aussi bon que le lait maternel puisse être, celui-ci n’aurait donc pas d’impact significatif sur les défenses immunitaires du bébé face à la rougeole. Une affirmation qu’une majorité de médecins seraient prêts à valider selon la revue The Stir.

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Les surprises de l’étude

Durant l’étude, les chercheurs se sont penchés sur le niveau d’anticorps présents dans le lait maternel mais ils se sont également intéressés à l’éventuelle transmission d’anticorps qui pourrait s’effectuer pendant la grossesse. Surprise ! Si les bébés n’acquièrent pas de défenses efficaces contre la rougeole durant l’allaitement, en revanche, pendant la grossesse, c’est bien le cas. Cette transmission d’anticorps de la mère à l’enfant serait d’autant plus efficace si la mère est immunisée naturellement contre la rougeole, autrement dit si elle a contracté le virus durant son enfance. A noter cependant que si cette transmission est affirmée, ces anticorps restent environ trois mois dans le corps du fœtus d’une femme naturellement immunisée contre un peu moins de un mois pour le fœtus d’une femme vaccinée. Après le sixième mois de grossesse, il a été observé que 95 à 99% des bébés perdent la totalité de ces anticorps. Un phénomène curieux mais finalement sans grande incidence pour le bébé après la naissance, car c’est bien à ce moment-là qu’il risque d’être contaminé par le virus. Notamment si sa maman souffre d’une rougeole au moment de la naissance.

Dans ce cas, le nouveau-né peut présenter une rougeole congénitale dans les 10 jours suivant la naissance qui peut évoluer de la simple éruption à une pneumopathie sévère ou à une panencéphalite subaiguë sclérosante, (inflammation persistante du cerveau) dont l’issue est hélas fatale dans les quatre années qui suivent. Il n’existe hélas pas de traitement et la seule prévention consiste en la vaccination de l’entourage du bébé avant sa naissance (et avant la grossesse pour la maman).


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