Le médecin généraliste est-il le plus apte à soigner bébé ?

Vous hésitez à choisir un pédiatre plutôt qu’un médecin généraliste pour suivre votre enfant en bonne santé ? Ce débat a fait rage il y a quelques mois entre ces deux spécialités. Points de vue croisés entre le Pr Brigitte Chabrol, présidente de l’Association française de pédiatrie, chef de service pédiatrie spécialisée et médecine infantile à l’hôpital de la Timone de Marseille (13), et le Dr Thomas Bourez, vice-président du SMG, médecin généraliste à Val de Reuil (27).

« Oui, car le recours au médecin généraliste référent améliore le délai de prise en charge spécialisée »

Dr Thomas Bourez, médecin généraliste 

La question ne se pose pas car c’est déjà très largement le cas en France. D’après la CNAM, 61 % des actes pratiqués en 2013 sur des nourrissons ont été réalisés par des généralistes. Ce chiffre est porté à 83% pour des enfants de 3 ans, à 97% au-delà de 15 ans. Passé 4 ans, un enfant consulte autant un pédiatre qu’un autre spécialiste : 711 000 actes émanant de pédiatres contre 727 000 pour l’ensemble des spécialistes et près de 4 millions pour les généralistes.

Contrairement aux pédiatres majoritairement installés dans les grandes agglomérations, les médecins généralistes sont disséminés en ville comme en campagne. Et assurent l’essentiel de la prise en charge des demandes de soins non programmés, c’est-à-dire des actes de premier recours.

A titre d’exemple, 40% des demandes de soins non programmés dans l’Eure concernent des enfants entre 0 et 16 ans alors que cette tranche d’âge représente seulement 18% de la population. Nous revendiquons notre statut de médecin de premier recours pour une meilleure organisation du deuxième recours, notamment pour qu’il ne faille plus attendre plus d’un an pour consulter un neuro-pédiatre lorsqu’une anomalie est détectée. Nous avons besoin des pédiatres dans leur rôle d’expertise et non pour assurer des actes qui finissent par surcharger leur planning et pour lesquels les généralistes ont les compétences adéquates, comme notamment les examens obligatoires du 9ème et du 24ème mois. L’accès aux soins doit être gradué : au médecin généraliste d’assurer le premier filtre et, au besoin, d’orienter vers le professionnel en mesure d’effectuer rapidement un diagnostic.

« Non car les parents doivent avoir la liberté de choisir »

Pr Brigitte Chabrol, pédiatre 

En France, le nombre de pédiatre étant insuffisant pour assurer l’ensemble des consultations nécessaires à la prévention et au dépistage de maladie, pathologie ou toute autre anomalie pouvant venir altérer le bon développement d’un enfant, il convient de définir un suivi harmonieux entre les généralistes et les pédiatres en laissant le choix directement aux parents.

Nommer un médecin traitant pour les tout-petits et les enfants serait contraire à la liberté d’accès aux soins pédiatriques et s’inscrirait à contre-courant des directions prises par l’Europe, et notamment de l’Angleterre qui tente, à l’heure actuelle, de favoriser l’accès aux soins pédiatriques.


Pour rappel, l’Europe compte un pédiatre pour 2000 enfants, un pour 6000 en France. Cette décision ne serait pas bénéfique pour le bien-être de l’enfant qui, comme les adultes, nécessite des soins spécifiques devant être dispensés par le personnel le plus compétent.

Médecin généraliste et pédiatre ne sont pas en compétition. Une parfaite synergie doit, au contraire, s’instaurer entre eux pour proposer une offre de santé qualifiée et flexible. Cela sous-entend que les généralistes devraient adresser les enfants à un pédiatre ambulatoire dès lors qu’ils suspectent une pathologie plutôt que les envoyer en consultations à l’hôpital déjà surchargées; d’autant qu’ils ont l’habitude de procéder ainsi avec les adultes en recommandant le confrère le plus habilité selon les symptômes. Il faut noter par ailleurs que 34% des rendez-vous des pédiatres sont des consultations non programmées correspondant à des urgences.

 

 

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