Comment éviter de transmettre sa tristesse à son bébé ?

Quand on est angoissée pour différentes raisons, dont certaines peuvent décider d’un pessimisme à vie, comment ne pas transmettre ces idées négatives à son enfant ?

Justine Levy, la fille de Bernard Henry-Lévy, maman de deux jeunes enfants, a consacré son quatrième roman, La gaieté, à ce sujet difficile. A Neuf Mois, elle explique ce qui a nourri la trame de son roman, à partir de sa propre expérience.

Comment avez-vous vécu votre grossesse ?

Ma première grossesse a été géniale ! Toutes mes transformations physiques et psychologiques étaient passionnantes. Je les ai vécues intensément. Ce fut une révolution interne. En revanche la seconde, qui n’offrait plus de nouveautés, a été longue et ennuyante. La tristesse et ses pleurs me gagnaient.

Mais heureusement, la grossesse ne présage de rien : ma fille aînée a mis longtemps avant de sourire alors que son petit frère a été un bébé calme et souriant. Je ne leur ai pas particulièrement transmis in utero ni mes joies, ni ma tristesse.

D’ailleurs, que transmet-on, malgré soi, à ses enfants ?

Tout ce qu’on n’a pas réglé, ce à quoi on ne veut pas faire face. On transmet parfois de génération en génération des non-dits, des stigmates familiaux. Plus on nie ces fardeaux, plus ils se faufilent. Il faut casser cette chaine de transmission, en faisant le tri dans son histoire personnelle et casser la loi du silence. Il serait préférable de faire le ménage dans sa propre histoire, avant d’être enceinte.

Vous racontez dans La gaieté, votre volonté d’élever vos enfants très différemment de la façon dont vous avez été vous-même élevée dans les années 1970. Comment fait-on pour transmettre ce qu’on n’a pas reçu ?

Je me surprends moi-même, à avoir envers mes enfants, des attitudes et des gestes inédits au sens où je ne les ai jamais reçus, ni vus. Mais, les musiques, les livres, les films, les rêves, les gens rencontrés sont autant inspirations.

C’est finalement assez facile, avec un peu de volonté, de faire différemment de ses propres parents. On peut ne transmettre que les bonnes choses reçues et remplacer les mauvaises, par d’autres qui nous paraissent meilleures.

Cependant, il ne faudrait pas croire que les enfants reçoivent tout ce que leurs parents essayent de leur transmettre. Ils ont leurs propres désirs et rebellions, ils en prennent, ils en laissent et ils en rejettent. D’après moi, élever un enfant, c’est l’aider à devenir ce qu’il est. Ca ne passe pas que par la transmission. Au contraire, ça mène parfois sur des terrains inconnus.

Quand vous êtes-vous sentie mère ?

Pour ma fille, le jour où elle a balbutié « maman ». Etre désignée par elle comme mère, m’a rendue mère. Pour mon fils, c’est arrivé plus tôt : un jour il a accroché mon regard et j’ai vu qu’il ne me regardait pas comme les autres personnes de son environnement. Je ne crois pas à l’instinct maternel. Je ne pense pas qu’une femme devienne mère lorsqu’on lui pose son bébé sur le ventre.


La routine maternelle des couches, des biberons, des bains, apparemment vous avez aimé ?

Oui beaucoup. La régularité monotone et sévère m’a aidé à éduquer mes enfants et m’a fait beaucoup de bien, pour m’installer dans mon rôle. C’est sûrement le contre coup d’une enfance chaotique.

Mes enfants choisiront peut-être d’élever les leurs à un rythme plus rock and roll. J’ai conscience que des enfants trimbalés partout peuvent tout aussi bien trouver leur stabilité, simplement dans les bras de leur mère.

La Gaieté, Justine Lévy, éd. Stock, 2015, 216 pages

 

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