Chaussure à son pied : course aux idées reçues !

Soucieuse d’acheter à votre bébé la meilleure chaussure qui soit dès qu’il se tient debout ? Eh bien, non ! C’est surprenant, mais ce n’est pas aussi nécessaire qu’on le croit ! Si on faisait le point avec notre orthopédiste pédiatre Christine Thémar-Noël, sur les vrais besoins des petons de nos bébés ?

 
En matière de mode enfantine, le rayon chaussures n’a de leçons à recevoir de personne ! Après les chaussons en cuir, les baskets de champion en taille 16 et les babies à petits talons de Suri Holmes, on a trouvé encore plus décalé : les chaussons à talons rose pétant ou imprimé léopard pour bébé de 0 à 6 mois.  Il n’y a qu’un célibataire endurci n’ayant jamais vu un tout petit de sa vie pour imaginer un tel sketch ! Loupé ! Ce sont deux mamans américaines qui ont eu envie de mettre un peu d’humour (allez, bonne fille, on rit… jaune !) et de glamour (on rêve, là, non ?) dans la vie des bébés. Le tout pour environ trente-cinq dollars (26€). Le plus surprenant, c’est que leur petite entreprise ne connaît pas la crise : 350 points de vente, un site internet marchand et des stars ambassadrices, telles Nicole Richie et Elisabeth Rohm : buzz assuré ! 
 

Quel danger pour les petits petons ?

Outre l’hyper sexualisation des petites filles concernées, quel est l’impact de ces « escarpins » nouvelle vague sur les petons des concernées ? En l’occurrence nul, vu qu’entre 0 et 6 mois, les bébés se contentent de jouer les pieds en l’air. Le danger viendrait surtout de l’évolution logique du marketing : après les 0-6 mois, les 6 mois-1 an, et puis, chemin faisant, le « glamour » finira bien par intégrer aussi l’armoire à chaussures des fashionistas qui posent un pied devant l’autre et qui recommencent, histoire d’apprendre à marcher. Et là, tout ce qu’elles risquent de gagner, c’est d’apprendre à évoluer sur la pointe des pieds avec les dommages collatéraux qui s’en suivront (déformation musculaire avec rééducation obligée).  
 

La meilleure chaussure, le pied ! 

Jusqu’à 3 ans, l’enfant a surtout besoin de marcher pied nu. Depuis deux générations, le marché de la chaussure pour enfant a beaucoup évolué, soutenu par l’hypothèse émise par des pédiatres que l’enfant aurait besoin d’un soutien pour que les muscles et la structure osseuse de son pied se développent correctement, et pour prévenir les troubles de la marche (pieds en dedans, trébuchement…). En fait, les études scientifiques ont démontré le contraire : si les pieds de 99 % des nouveau-nés sont sains, ils ne sont plus que 20 % à l’être encore à l’âge adulte dans les pays industrialisés, contre 70 % dans les populations vivant pieds nus ! 
Chez l’enfant en bonne santé, le développement du pied se fait tout naturellement et le port de chaussures n’y change rien. A la crèche, d’ailleurs, on laisse souvent les bébés marcher pieds nus, en plaçant sur leur trajectoire divers obstacles, dont des paillassons… et des ballons sur lequel on place les enfants en équilibre. Le but, apprendre au pied naturellement plat de bébé à se creuser pour former, petit à petit, la voûte plantaire, « mature » vers l’âge de 4 ans. D’où l’importance de programmer une séance de contrôle chez un podologue à ce stade. 
 

Des stimulations quotidiennes

Pendant les premiers mois, on conseille souvent aux jeunes parents de stimuler les côtés des pieds de bébé avec une brosse à dents, d’effectuer des massages à l’huile d’amande douce sur la voûte plantaire et le dessus du pied. Les orteils, souvent recroquevillés les premiers mois, doivent aussi bénéficier de ce traitement de faveur : pétrissez-les entre le pouce et l’index, en prenant soin de bien les séparer les uns des autres. S’ils persistent à rester repliés, collez un sparadrap sur le petit orteil, passez-le sous le doigt de pied suivant, puis au-dessus du troisième et ainsi de suite. Après quelques semaines de patience et quelques rouleaux de sparadrap, les petits coquins auront le pris le bon pli : bien droits, bien à plat. 
 

Premières chaussures : seconde peau !

Tant que bébé ne se tient pas debout, la première chaussure a souvent une motivation mode ou une fonction anti-frimas. Le modèle idéal est celui qui se rapproche le plus du pied nu, type chausson souple en cuir fantaisie.  Mais dès que bébé pose un pied par terre, la chaussure a pour mission de protéger son pied des blessures possibles et des contacts désagréables comme un carrelage gelé. Néanmoins, son choix ne peut se limiter aux diktats du look : chaussé, le pied de bébé va faire travailler ses muscles intrinsèques, relativement courts et qui sont décisifs dans la formation de l’arche plantaire. L’impératif ? Une semelle souple qui laisse le pied évoluer, une tige haute pour un bon maintien, un profil asymétrique qui respecte l’anatomie du pied. Et bien sûr, des matériaux de qualité : cuir et semelle extérieur élastomère et coutures intérieures discrètes.  A la maison, sur un sol sans danger, bébé peut rester pieds nus, ou en chaussettes à semelles antidérapantes, inutile de le chausser par principe. 
 

La semelle des premiers pas

Souple, la chaussure permet au pied de bébé se dérouler en fonction de la surface sur laquelle il évolue. C’est ainsi qu’il va former sa voûte plantaire. D’où l’importance de ne pas choisir une chaussure déjà dotée d’une cambrure  intérieure. Sinon, les muscles de bébé se reposeraient tranquillement sur cette « prothèse »au lieu de s’exercer à chaque pas. Le risque serait de développer des pieds plats valgus pathologiques. C’est pourquoi les chaussons premiers âges en cuir souple sont un bon choix car ces modèles favorisent le mouvement naturel du pied. Plus la chaussure est souple, flexible, plus les muscles du pied s’exercent, comme lors de la marche à pied nu. Même si la mesure n’est pas très populaire, il faut éviter de faire porter au bébé une paire déjà utilisée par un aîné, car la semelle a pris l’empreinte du pied de son premier utilisateur, ce qui risque de perturber l’évolution de la voûte plantaire de bébé. En revanche, une fois le pied formé, il est moins pénalisant de recycler un modèle encore en bon état. A supposer qu’on en dispose car nos petits aventuriers en herbe ont le chic pour vous ruiner une paire de chaussures en un rien de temps. Mieux vaut acheter un modèle neuf à petit prix, en profitant des soldes ou en se rendant dans des grandes surfaces spécialisées où l’on trouve des modèles similaires aux grandes marques (cuir, tige haute, talon renforcé et semelle souple) à prix raisonnable. Inutile de charger l’armoire de modèles pour tous les looks, même après 4 ans, il faut inciter l’enfant à marcher aussi souvent que possible sans chaussures : ça lui fera les pieds ! 
 

Comment mesurer le pied de bébé ? 

  • Utiliser un pédimètre posé bien à plat sur le sol. 
  • Vérifier que les orteils de bébé ne sont pas recroquevillés. 
  • Ajouter un centimètre et demi entre la longueur du pied et la taille de la chaussure pour le confort. 
  • Remesurer le pied de bébé tous les trois mois. 
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