Bébé sourit quand il dort, mais pourquoi ?

Pourquoi les bébés sourient-ils et s’expriment-ils par des mimiques dans leur sommeil, alors que l’enfant plus grand dort sans cligner de l’œil ? Résolvons donc ce mystère….

Que se passe-t-il dans la tête de bébé quand il dort ? A quoi rêve-t-il quand il sourit ou grimace ? Depuis les années 1950, le développement de l’imagerie médicale a permis de mieux comprendre le développement de la structure du sommeil chez les nouveau-nés et les bébés. Grâce, notamment, à une technique, l’enregistrement polysomnographique, qui analyse la neurophysiologie et l’organisation du sommeil paradoxal et du sommeil lent, les deux phases de sommeil de durée égale qui alternent chez un nouveau-né lors de cycles de sommeil de cinquante minutes.  

 

Sommeil sous surveillance

Cet enregistrement effectué à l’aide d’électrodes placées sous le menton, autour des orbites, sur le cuir chevelu, sur le torse, les membres ou encore les voies respiratoires, permet de noter tous les changements physiologiques durant le sommeil : la pression sanguine, l’activité électrique du cœur, le taux d’oxygène dans le sang, les mouvements oculaires ainsi que ceux des organes et muscles respiratoires et d’établir un patron d’ondes cérébrales. Soixante ans plus tard, le procédé est resté le même, seule l’évolution de la technologie et des connaissances permettant d’affiner les analyses. « Les mouvements oculaires, le tonus musculaire et les ondes encéphalographiques sont les principaux paramètres utilisés pour déterminer les états de sommeil paradoxal et de sommeil lent », explique Thomas Anders, Professeur de psychiatrie et de science du comportement à l’Université de Californie.   

 

Le rôle-clé du sommeil paradoxal

Selon les études menées sur différentes espèces de mammifères, tels que des chatons, des ratons, des bébés cobayes ou kangourous, l’importance du sommeil paradoxal dépend de la maturation cérébrale à la naissance. « Parmi ces animaux, seul le cobaye, qui naît cérébralement adulte, a peu de sommeil paradoxal », souligne le Docteur Marie-Josèphe Challamel (Inserm, Lyon). Conclusion logique, le sommeil paradoxal aurait donc pour mission de contribuer à la mise en place et au développement des circuits nerveux, autrement dit à la maturation cérébrale, et cela dès la vie fœtale et au cours des premiers mois de la vie. Ainsi, le fœtus qui ne reçoit pourtant aucune stimulation visuelle pendant sa vie utérine et pourtant capable, dès la naissance, de suivre des yeux un objet coloré. « Il est donc logique de penser que pendant son sommeil agité en période fœtale, il a branché ses circuits visuels et activé les neurones de la vision, qu’il a « rêvé » de stimulations visuelles », estime le Docteur Challamel. « De même, il a été démontré par des échographies récentes, que le fœtus respire pendant les phases de sommeil agité, s’entraînant à la respiration thoracique avant de naître, alors qu’il n’en a pas besoin in utero et qu’il le fait de plus en plus intensément que le terme approche. Il y a donc bien une maturation anténatale des circuits de la respiration grâce au sommeil paradoxal, il y a donc aussi une maturation des circuits visuels.»

 


Une préparation à l’éveil

Chez les animaux, il a été démontré que l’instinct prédomine sur l’éducation. Ainsi, un écureuil élevé en cage, n’ayant jamais vu une noisette de sa vie car nourri avec des aliments en poudre, cacherait instinctivement la noisette qu’on placerait soudain à sa portée, comme le feraient ses congénères en liberté. Pour les chercheurs, cela signifie que le sommeil paradoxal aurait permis à cet animal de conserver au fond de lui un peu de la mémoire de l’espèce, au-delà des acquis conditionnés par son environnement. Chez le bébé, le processus relèverait de la même dynamique : « Le sommeil paradoxal du tout-petit assurerait certaines fonctions qui seront plus tard celles de l’éveil », précise le Docteur Challamel. A savoir, la joie, la tristesse, la surprise, la colère, le dégoût et la peur. Rien de moins ! « Toutes ces mimiques servent aux humains à se communiquer mutuellement leurs états d’âme. Elles sont universelles, indépendantes des origines et des cultures et existent depuis la vie fœtale : des fœtus sourient dans le ventre de leur mère. » Pour les chercheurs, l’affaire est entendue : au cours de leur sommeil paradoxal (dit aussi agité), les nouveau-nés s’entraînent à formuler les mimiques qui leur serviront plus tard à communiquer leurs émotions à l’état de veille ! En effet, ces mimiques, que tous les parents repèrent chez leur nourrisson, disparaissent progressivement dans les premiers mois de vie, au fur et à mesure que l’enfant les utilise consciemment.

 

Le sommeil, clé de l’intelligence

Et s’il rêvait, tout simplement ? Cela a aussi été étudié. Selon certaines hypothèses, le sommeil paradoxal favoriserait la gestion des émotions, du fait de liaisons fonctionnelles étroites en sommeil paradoxal entre le système limbique – nos instincts – et le néo-cortex – notre capacité à analyser. « Le sommeil paradoxal permet probablement de confronter nos programmes instinctifs innés avec l’activité cognitive de l’apprentissage, estime le Dr Challamel. La persistance chez le bébé humain d’une grande quantité de sommeil paradoxal, supérieure à celle que l’on constate chez d’autres mammifères, tel que le singe par exemple, est sans doute l’explication du développement poussé du cerveau cortical supérieur chez l’humain. Qui en fait donc un être doté d’intelligence. Ce qui éclaire aussi le fait que, chez les bébés sujets à d’importants troubles du sommeil, on constate plus tard une moindre capacité aux apprentissages cognitifs : « Une étude sur des enfants d’âge préscolaire dans le cadre de laquelle les chercheurs ont examiné les habitudes de sommeil notées par les parents dans un journal a révélé que l’inconstance dans la quantité de sommeil et l’heure du coucher permettent de prédire une plus grande difficulté d’adaptation au préscolaire », conclut le Pr Thomas Anders. Aussi, si bébé manifeste quelques difficultés à s’endormir et des proportions inhabituelles à se réveiller la nuit après l’âge de 6 mois, il faut consulter un spécialiste. Sans paniquer plus que de mesure : les troubles du sommeil du bébé relèvent le plus souvent d’une mauvaise gestion de l’endormissement (dans les bras ou avec trop d’intervention des parents…) que d’un problème plus grave ! Une consultation permet de remettre les pendules à l’heure et d’apprendre à poser les bons gestes pour que bébé sombre dans les bras de Morphée… et non plus dans les nôtres ! 

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