Bien nourrir son enfant : Interview du Docteur Florence Solsona, nutritionniste

Le Dr Florence Solsona est nutritionniste et l’auteure de l’ouvrage Mon enfant mange mal dans lequel elle fait part de son expérience et de ses bons conseils pour bien nourrir son enfant. Des astuces pour introduire de nouveaux aliments aux conseils sur les troubles alimentaires de nos enfants, le Dr Solsona répond à nos questions.

Pourquoi avoir écrit ce livre ?

En consultation, je reçois des enfants avec des troubles alimentaires. Lorsque les parents sont conseillés plus tôt sur l'attitude à adopter ou quand l'enfant est pris en charge rapidement, il est plus facile d'enrayer ces troubles. Le monde de la petite enfance dans lequel je fais des formations est aussi très demandeur de conseils.

Est-ce-que tous les enfants traversent une phase ponctuée de troubles alimentaires ?

70% des enfants connaissent une phase difficile à un moment ou à un autre sans que cela soit anormal. Le problème se situe dans la durée car dans le cas où cette période s'étend, elle vient parasiter la vie de famille et on parle alors de troubles alimentaires

Est-ce-que la malbouffe des ados peut provenir de l'enfance ?

Ce qui caractérise l'alimentation du tout-petit, c'est qu'elle est constituée d'une nourriture riche en graisse et en sucre, liquide ou molle, et que les repas sont pris seul et à la demande. …..ce qui n'est pas sans rappeler le fast food! Cela signifie que lorsqu'un grand enfant ou un adolescent ne se nourrit que de "malbouffe" c'est peut être que son entourage ne lui a pas appris à faire évoluer son alimentation vers une alimentation d'adulte.
Ce sont les parents qui doivent apprendre la diversification dans l'alimentation de l'enfant. Ce dernier doit adopter le mode alimentaire des adultes : la variété de consistance et de goût, l'attente, le partage etc. Mais la nourriture chez les ados est aussi affaire de liens sociaux.

Que faire si mon enfant ne finit pas ses biberons ?

Un bébé en bonne santé se régule seul quelques semaines après sa naissance.
S'il ne finit pas ses biberons, c'est qu'il n'en a pas besoin. Si on le force à finir ses biberons on peut le déréguler.

Et dans le cas où il en réclame encore, doit-on le restreindre ?

Non, s'il réclame davantage de lait, c'est qu'il en a besoin. Attention tout de même à vérifier la réelle raison de ses pleurs. Si bébé pleure, ce n'est pas forcément parce qu'il a faim. (il peut ressentir des douleurs, être fatigué, avoir sa couche sale) Le biberon ne doit pas servir de réponse à tout. Il faut éviter de compenser une angoisse par un biberon car dans sa vie d'adulte, il risquera de répondre aux sentiments négatifs par la nourriture.

Des conseils pour faciliter le sevrage ?

Le sevrage est souvent imposé par la reprise du travail. Il est donc primordial de l'anticiper afin d'éviter le cumul de changements : séparation avec la maman, journée en crèche, lait infantile au biberon. Il faut le faire le plus lentement possible. Il est possible d'avoir recours à un allaitement mixte : des biberons durant la journée, l'allaitement au sein le matin et le soir.

Jusqu'à quel âge puis-je allaiter mon enfant ?

Il n'y a pas d'âge tant que l'alimentation est diversifiée. Ce qui pose problème c'est le lien fusionnel. Si l'enfant est tourné vers l'extérieur, s'il est confié à des proches, si la maman a une vie de femme alors pourquoi pas allaiter tardivement. En revanche, si l'allaitement prolongé crée un lien trop fusionnel exclusivement tourné vers la maternité, cela peut nuire au développement de l'enfant.

A quel âge puis-je diversifier l'alimentation de mon bébé ?

Faites confiance à votre pédiatre qui vous le dira le moment venu. En général entre 4 et 6 mois. Vers 7 mois, apparaissent les premiers mouvements de mastication même si votre bébé n'a pas encore de dents. On commence par des purées de légumes et de fruits. En parallèle, votre bébé doit avoir une quantité suffisante de lait jusqu'à sa première année (et plus tard si possible).

Que se passe-t-il si on diversifie trop tôt son alimentation ?

Le risque principal est l'apparition de carences par diminution de la quantité de lait consommée quotidiennement par le bébé. Par ailleurs, jusqu'à l'âge de 4 à 6 mois, votre bébé a un réflexe de protrusion, c'est-à-dire qu'il rejette, à l'aide de sa langue, tout aliment qui n'est pas liquide. Il ne peut donc que boire et non manger. Ce réflexe finit par disparaître avec l'âge.

Des conseils pour introduire de nouveaux aliments ?

Ne vous précipitez pas ! Vous devez vous adapter au rythme de l'enfant. S'il refuse, ne le forcez pas, proposez-lui à nouveau 2-3 jours plus tard. Il finira par accepter à un moment ou un autre. Laissez-lui le temps de s'adapter à la texture, à la température, au goût.

Pourquoi mon enfant refuse-t-il de manger ce qu'il mangeait auparavant ?

77% des enfants traversent une phase de néophobie (peur de ce qui est nouveau) entre 18 mois et 2 ans. Pas d'inquiétude, c'est une phase normale du développement. Il y a une théorie selon laquelle l'enfant est capable de s'éloigner de sa mère mais n'est pas capable d'intégrer les interdits. Pour se protéger, il refuse ce qui est nouveau.

Comment réagir face à ce changement de comportement ?


Vous devez le familiariser avec l'aliment et le rassurer. L'aliment que vous lui proposez dans l'assiette doit lui être connu. Pour cela, vous pouvez l'acheter ou le cueillir et le cuisiner avec lui. Si vous mangez le même plat que lui, votre enfant sera mis davantage en confiance.

Doit-on le punir s'il ne mange pas ?

Dans le cas où l'enfant refuse l'aliment, retentez l'expérience quelques semaines plus tard. Ne le punissez pas car l'aliment pourrait être associé à un contexte pénible. Insistez pour que votre enfant goûte mais ne le forcez pas à manger, il ne fait pas un caprice mais a peur. Parfois un aliment doit être présenté jusqu'à 9 fois à l'enfant avant que celui-ci ne l'apprécie. Il ne doit pas être ni puni lorsqu'il ne mange pas ni récompensé parce qu'il mange. L'enfant mange pour lui et non pour faire plaisir à ses parents.

Comment faire si mon enfant prend trop de poids ?

Vous devez consultez votre médecin afin qu'il vérifie la courbe de poids de votre enfant et vous donne des conseils sur l'attitude à adopter. Ne mettez surtout pas votre enfant au régime. Optez plutôt pour un repas au calme, à table et en famille. Votre enfant doit manger lentement, augmenter son activité sportive, éviter l'ennui et éviter d'avoir des sucreries en permanence sous les yeux.

La première complication du surpoids est l'échec scolaire, soyez donc attentives.

Comment faire si mon enfant n'en prend pas assez ?

Les parents pensent souvent à l'anorexie. Dans ce cas, vous devez également consulter votre médecin afin qu'il vérifie la courbe de poids. Une cassure de la courbe de poids doit alerter. Elle peut être le début d'une conduite anorexique mais elle peut aussi être liée à d'autres pathologies qu'il faut rechercher

Que faire quand mon enfant a peur de manger à la cantine ?

Discutez-en avec le personnel, demandez à ce qu'il soit à la table d'enfants qui mangent bien. Généralement, les repas à la cantine se passent mieux car les enfants sont loin des parents.

Le repas c'est chaque fois la bataille, que faire ? Quels rites instaurer ?

Privilégiez les repas familiaux au moins les soirs et les week-ends. Les dîners en famille permettent de réduire le risque de troubles alimentaires. Le moment du repas doit être un moment de joie et de partage. Pensez à inclure vos enfants dans les conversations. Évitez les remontrances au sujet de l'école ou du comportement.

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