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Faut-il arrĂȘter de prendre sa pilule de 3Ăšme gĂ©nĂ©ration ?

La JournĂ©e Mondiale de la contraception, le 26 septembre, se dĂ©roule cette annĂ©e avec en toile de fond un dĂ©bat polĂ©mique. En effet, le 19 septembre, la Ministre de la SantĂ©, Marisol Touraine, a annoncĂ© le dĂ©remboursement des pilules de 3Ăšme gĂ©nĂ©ration au 30 septembre 2013, en raison de l’aggravation des risques thromboemboliques que ces contraceptifs prĂ©sentent par rapport aux pilules de 2Ăšme gĂ©nĂ©ration. Dans la foulĂ©e, la Ministre de la SantĂ©, Marisol Touraine, a chargĂ© l’Anses d’examiner la pertinence de l’autorisation de mise sur le marchĂ© de ces produits. Mais faut-il dĂšs maintenant jeter sa plaquette ? Explications du Pr Gilles Bouvenot, PrĂ©sident de la Commission de transparence de la HAS, qui surveille ces contraceptifs depuis 2007.

 

Pourquoi cette polémique autour des pilules de 3ème génération  ?

Pr Gilles Bouvenot Ces pilules de troisième génération présentent, selon les statistiques, un risque deux fois plus élevé de complications thrombo-veineuses que les pilules de 2ème génération. Cela ne touche certes que 4 utilisatrices sur 10  000, mais ce sont des complications graves avec, parfois, un pronostic vital engagé. Nous ne pouvions donc pas traiter l’élévation d’un tel risque à la légère. Ce n’est d’ailleurs pas notre premier avis sur ces pilules  : nous les surveillons depuis 2007 et avions, à l’époque, rendu un avis mettant en lumière ce que la littérature scientifique internationale a relevé en matière de risque d’embolie pulmonaire avec ces pilules. Notre position, alors, avait été de conseiller de limiter la prescription de ces pilules de 3ème génération en seconde intention, c’est-à-dire après essai de deux ou trois plaquettes de contraceptifs de 2ème génération. Notre récent rapport va plus loin, en préconisant le déremboursement.

 

Pourquoi cette position qui pénalisera financièrement les utilisatrices  ?

Pr Gilles Bouvenot Depuis cinq ans, peu de prescripteurs semblent avoir tenu compte de notre recommandation de ne recourir aux pilules de 3ème génération qu’en seconde intention. Or, fin 2011, les publications scientifiques internationales ont montré que le risque thromboembolique était multiplié par deux avec ces contraceptifs. La vraie pénalité, c’est le sur-risque  ! Maintenant que nous savons de source sûre qu’il y a sur-risque, il n’est pas question de continuer à faire courir des risques de complications graves à des femmes jeunes, en bonne santé. Il y a eu quelques cas de décès de très jeunes femmes, âgées de moins de 20 ans !  

 

Ne peut-on pas s’apercevoir des risques assez tôt, en étant attentives aux symptômes  ?

Pr Gilles Bouvenot En cas de complications veineuses, la phlébite doit être traitée en effet précocement pour éviter l’embolie pulmonaire qui peut être fatale. Mais l’embolie peut survenir brutalement parce que la phlébite est passée inaperçue, tout simplement parce que le caillot était petit. On a eu ainsi connaissance de cas de très jeunes femmes, de 17 ou 18 ans, décédées ainsi  !

 

Mais revenir aux pilules de 2ème génération, n’est-ce pas faire un pas en arrière en matière de protection contraceptive  ?

Pr Gilles Bouvenot Justement pas  ! Les études ont montré que les pilules de 3ème génération ne sont pas plus efficaces que celles de 2ème génération. Autrement dit, en langage courant, ça ne marche pas mieux. Les pilules de 3ème génération présentaient surtout de grands espoirs par rapport à des effets secondaires désagréables de celles de 2ème génération, tels que la prise de poids ou l’acné. Mais, en finalité, on s’est aperçus que ces pilules ne sont pas mieux tolérées, en moyenne, que les précédentes. En revanche, ce qui est certain, c’est que ces contraceptifs doublent le risque thromboembolique.

 

Alors pourquoi ne pas vous prononcer plutôt en faveur d’une interdiction des pilules de 3ème génération  ?

Pr Gilles Bouvenot Parce que ce n’est pas notre rôle  ! Notre mission est de comparer un produit à un autre. Dans ce cadre, nous affirmons que les pilules de 3ème génération ne présentent pas de réel intérêt par rapport aux pilules de 2ème génération et ne doivent être prescrites qu’en seconde intention si les pilules anciennes ne sont pas bien tolérées. En raison du sur-risque et de leurs performances limitées par rapport aux pilules de 2ème génération, nous avons donc suggéré à la Ministre de la Santé, Marisol Touraine, un déremboursement de ces contraceptifs qui sera effectif au 30 septembre 2013. La semaine dernière, la Ministre de la Santé est allée plus loin que ces recommandations, en chargeant l’Anses (ndlr, anciennement l’Afssaps) dont c’est le rôle d’évaluer les bénéfices-risques pour décider du maintien ou non de l’Autorisation de Mise sur le Marché (AMM) de ces pilules de 3ème génération. La HAS, pour sa part, est chargée de se prononcer sur des recommandations de bonnes pratiques sur la contraception. Car il n’y a pas que les contraceptifs oraux sur le marché  !

 

En conclusion, faut-il arrêter dès maintenant sa pilule, si elle est de 3ème génération  ?

Pr Gilles Bouvenot Non, absolument pas  ! Il n’y a pas d’urgence à arrêter de prendre ces pilules si elles sont bien tolérées. Mais à l’occasion d’une consultation, il vaut en parler avec son médecin. Et bien sûr, en cas d’alitement prolongé ou en cas de fracture provoquant l’immobilisation totale ou partielle de la jambe, il faut consulter son gynécologue qui pourra alors prescrire momentanément une pilule de 2ème génération pour limiter le risque thromboembolique. 

 

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