Nous avons trois bébés étoiles !

Mon histoire va faire peur à plus d’une maman et par peur de cela, vous n’allez sûrement pas mettre mon histoire sur le site mais tant pis, j’essaie quand même. Car tout le monde et surtout les gynéco ne parlent que des trois premiers mois ou des risques de fausses couches élevés. Mais après, c’est bel et bien le cas aussi et tout ce qu’ils savent dire c’est, « C’est la faute à pas de chance! »

Je m’appelle Marianne, j’ai 26 ans, je suis mariée à Nico, 29 ans, depuis le 16 septembre 2006. Mais on est en couple depuis dix ans.
Tout a commencé en août 2002, quand nous avons décidé de donner la vie.

Après un an d’essai, je tombe enceinte. Je m’empresse de l’annoncer à Nico- le samedi 23 août 2003. Mais malheureusement, je perds le bébé trois jours après.

Ensuite l’attente va durer, entre les examens et les traitements. Puis vient l’été 2005. Le gynéco me dit que l’on va faire une pause de trois mois et en septembre, il envisage une insémination intra- utérine.
Rendez-vous le 1er septembre avec le gynéco : il nous explique et prescrit le traitement pour le prochain cycle.

Vient le jour de mes règles et rien, je n’ose pas trop y croire. J’attends donc une semaine pour faire un test et il s’avère positif. Le lendemain (vendredi 23 septembre 2005), je vais faire ma prise de sang- il faut attendre 14 heures pour les résultats. La journée va être longue !!

Et bien oui, pour ma plus grande joie, le test est positif ! Le soir même, je l’annonce à Nico.

La grossesse se passe très bien, à part une très grande fatigue pendant les trois premiers mois. Les échographies nous émerveillent à chaque fois. Mais arrive le mois de janvier où tout a basculé. Julia est née sans vie, le vendredi 27 janvier 2006 à 00h15, à cause d’une infection bactérienne.
Ils pensent au streptocoque B, mais… nous n’aurons jamais l’explication. Elle pesait 510 g pour 23 cm. Elle était magnifique et elle avait déjà des cheveux si bruns, comme son papa. Julia est partie en l’espace de 32 heures.

J’ai commencé à avoir des douleurs le jeudi 26 janvier 2006 vers 14h. Comme j’avais rendez-vous chez le gynéco à 16h30, je lui en ai parlé. Il m’a dit que c’était des douleurs musculaires (je l’ai cru car c’était ma première grossesse). J’ai eu quelques contractions qui m’ont réveillée pendant la nuit. Et le matin, direction la policlinique.

La sage-femme m’examine et me dit que mon col est ouvert, qu’il faut qu’elle me perfuse pour arrêter le travail. Et elle me demande aussi d’appeler mon compagnon.

Une demie heure après, arrêt des contractions. Je me dis « Ouf !! ». Car elle nous laisse un peu d’espoir. 13 heures : transfert dans une chambre.

Mais malheureusement, la reprise des contractions arrive à 17h; la sage-femme préfère me ramener dans la chambre d’accouchement.

Et là commencent les questions :

-Le bébé ne pourra pas être sauvé.

-Voulez-vous remplir un questionnaire pour une enquête (Poitou-Charentes 2005 à 2007) sur le devenir des prématurés ? Avez-vous un prénom ? Voulez-vous une autopsie ? Voulez vous voir votre bébé ? Voulez-vous le faire enterrer ou incinérer ? Voulez-vous vous en occuper ou pas ?

…..

J’ai accouché de Julia, née sans vie le vendredi 27 à 00h15. Je n’ai vu Julia qu’à 02h40. Il restait du placenta, alors direction le bloc.

J’ai pu rester 50 minutes avec ma fille, qui était magnifique. J’avais peur de ne pas me souvenir de cette image, mais heureusement que si et cela m’aide beaucoup.

J’ai su presque un mois après l’accouchement (le lundi 20 février) que je pouvais aller la voir à la chambre mortuaire de Poitiers, où elle était pour l’autopsie. J’ai accouru dès le lendemain pour la voir et j’ai pu la prendre en photo (à l’hôpital, il ne me l’avait pas proposé et je m’en voulais terriblement). J’y suis retournée le jeudi et le vendredi : elle était incinérée.

J’ai un regret : c’est de ne pas m’être occupée de l’incinération. Julia a été incinérée avec d’autres bébés et leurs cendres sont enterrées au crématorium où il n’y a qu’une étendue d’herbes. Nous pouvons mettre un bouquet, mais c’est tout. J’ai beaucoup de mal à l’accepter.

Ayant droit, de justesse, au congé de maternité dans son intégralité, je suis donc restée à la maison jusqu’en mai. Il faut parler aussi des réflexions que l’on a car nous, mamans en souffrance, mamans endeuillées, nous voulons plus que tout parler de nos anges et nous finissons par moins en parler ou par répondre. Mais pas toujours en douceur, car les réactions que la plupart des gens ont sont très désagréables. La mort fait peur, en plus, les personnes n’ont pas connu notre enfant alors ils pensent qu’il n’a pas existé. C’est très dur pour nous. Ils ne veulent pas admettre que pour nous, il compte comme s’il était en vie.

Je vous mets quelques réflexions que nous avons eues:

« Ce n’est pas grave, vous en aurez d’autres », « Vous êtes jeunes, vous en aurez d’autres », « Il faut passer à autre chose », « Il vaut mieux le perdre à six mois qu’à neuf mois », « Reprenez une vie normale », « La machine marche, vous recommencerez ». Et j’en passe…

Ma gynéco m’avait demandé d’arrêter de prendre le Duphaston, mais je n’avais pas envie, car je pensais que je ne tomberais pas enceinte vu que je n’ai pas de cycles réguliers (4 à 5 mois en gros). Mais je me trompais fortement.

A partir de fin août, je l’ai arrêté et fin octobre, je suis tombée enceinte. J’ai même ressenti l’ovulation, quelque chose de vraiment très douloureux que je n’avais jamais eu.


Rendez-vous pris avec ma gynéco pour le vendredi 15 décembre, pour dater la grossesse. J’étais très heureuse, mais très angoissée aussi. Je me faisais toutes sortes de films. Le jour de l’échographie est arrivé et en voyant Minipouss sur l’écran, je me suis dit « Ouf ! Ce n’est pas un oeuf clair ». Mais son cœur ne battait plus !

La gynécologue me dit que l’on va passer le week-end et me demande de revenir le lundi suivant pour une autre échographie et faire le curetage le mardi. Mais cela ne s’est pas passé comme prévu car le lundi, je lui ai dit que je ne voulais pas faire le curetage le lendemain, que j’avais besoin de temps pour digérer et que je ne voulais pas que l’on me l’enlève si vite.

Suivant les premiers résultats, Minipouss est décédé à cause d’une infection bactérienne- j’avais demandé, le lundi 18 décembre, un prélèvement dans le col et ils ont trouvé deux bactéries.

J’ai donc eu le curetage le mardi 2 janvier 2007 : le personnel n’a pas été à la hauteur, j’ai même eu droit aux bébés qui pleuraient dans la salle de réveil. Je leur ai dit, « Je suis obligée de subir ça ? »
« Oui madame, désolé ! »
Pas de psy, pas d’écoute de la part des infirmières, même pas l’interne, quand elle est venue pour ma sortie le soir. Elle m’a dit, « Comment allez-vous ? »
Je lui ai répondu, « Je suppose que c’est au point de vue santé que vous me demandez cela, et bien je n’ai pas mal au ventre. Mais j’ai très mal au cœur ».
Mais, rien n’est sorti de sa bouche !

Fin janvier 2007 n’a pas été facile à gérer avec l’anniversaire de Julia, mais j’ai su garder, la plupart du temps, le sourire. Je me suis remémorée les bons souvenirs avec elle, enfin si peu soient-ils.

Suite à notre troisième petite étoile, ma gynéco nous a refait faire des examens, sans réponse. Elle nous a dirigés vers une de ses collègues AMP en mars pour une insémination intra-utérine et bien évidemment, avec encore une autre série d’examens. Puis, un essai de traitements hormonaux en mai, qui ne s’est pas très bien déroulé, mais qui nous a donné un petit bébé le mois suivant.

Au jour d’aujourd’hui, je suis à 11 semaines d’aménorrhée, nous sommes très heureux. Mais nous gardons quand même une certaine distance par rapport à cela. Nous l’avons annoncé à nos proches dès le début. Je fais attention à tout ce que je mange, je dors comme une vraie marmotte, j’ai des nausées et des vomissements et depuis deux semaines, je fais des malaises. Mais malgré tous ces petits désagréments, ce n’est que du bonheur. Tous ces petits désagréments me rassurent car les angoisses, il y en a !

Nous avons tout de suite mis la famille au parfum car nous ne voulons pas de projets, d’achats et je ne peux plus supporter que l’on me touche le ventre et que l’on soit tout le temps en train de me demander si ça va, si je veux quelque chose… J’essaie tant bien que mal de ne pas angoisser et tout cela amplifie mes angoisses, mes peurs, mes doutes…

Durant ces cinq années, nous avons connu la joie et la tristesse de perdre nos trois enfants. Ils nous ont rapprochés, notre amour est plus fort que jamais ! Notre bébé espoir est au creux de moi, chaque jour de cette grossesse est un combat contre Dame Nature…

Je voudrais remercier les mamans du forum Magrossesse (qui se reconnaîtront, j’en suis sure), qui ont toujours été là pour m’aider, me remonter le moral, me soutenir dans les moments où nous avons tellement besoin d’aide.

MERCI

Amicalement Marianne

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