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In Carna, Expérience de grossesse, par Caroline Hinault

  • Un désir littéraire
  • Le prisme du féminisme
  • La découverte
  • La grossesse
  • La rencontre
  • La maternité
  • Le conseil de Caroline aurait aimé recevoir avant

Professeure de littérature agrégée de Lettres modernes, Caroline Hinault n’a pas fini de surprendre, quelques mois après la parution de son premier roman Solak salué par la critique et lauréat du prix Claude Mesplède. Cette fois, c’est le sujet de la grossesse que l’autrice explore avec In Carna, fragments de grossesse, qu’elle a rédigé au cours des dix dernières années. Caroline Hinault nous livre son témoignage de grossesse, sous le prisme d’un féminisme assumé. 

 

Un désir littéraire

Avec In Carna, j’avais envie d’une approche au plus près de la grossesse par le langage, et de tous les enjeux de la grossesse pour les femmes. Ces enjeux sont très intimes : la métamorphose du corps, la métamorphose psychique. Mais la grossesse est très sociable, très politique également. En tant que professeure de littérature, au cours de ma grossesse, j’étais désemparée que la montagne de livres sur le sujet n’étaient pas rédigés de manière littéraire. J’ai structuré mon livre avec plusieurs chapitres qui traitent des 3 grossesses à la fois pour ne pas répéter à chaque fois chaque grossesse. J’attache une grande importance à la question du langage, qui pour moi est très important pour rendre compte de la complexité de l’expérience de la grossesse. Notamment à travers la dépersonnalisation de mon écrit : mon livre n’est pas juste un témoignage. C’est quelque chose de plus fragmentaire des petits paragraphes comme un kaléidoscope. Le choix des mots, des formules, c’est très beau d’écrire là dessus. J’ai eu un peu peur de le publier tout de suite après mon premier livre car les 2 livres sont de genres éloignés mais finalement je suis très contente, car au final je n’ai pas le sentiment d’avoir changé de cap.  J’écris sur ce qui m’anime, ce qui m’intéresse. Je ne pourrais pas écrire sur des sujets choisis objectivement… C’est assez viscéral à chaque fois. Solak est plus sur la masculinité, c’était né d’un sentiment de révolte, ce livre a jailli. In Carna, c’est parti d’une nécessité d’écrire. Enceinte, j’écrivais tous les jours, c’était thérapeutique. 

 

Le prisme du féminisme

Aujourd’hui il y a de plus en plus de discours féministes. Les femmes se font entendre, mais la maternité est toujours synonyme d’une relégation domestique, par rapport à la charge mentale notamment. Certaines paroles féministes viennent de plus en plus désacraliser et diaboliser la grossesse et évidemment, j’espère que mon livre en fait partie. Moi, je veux écrire sur la grossesse “lambda” donc mon livre n’est pas exhaustif mais il s’interroge sur le fait de rester mère et libre, d’un point de vue très féministe. Malheureusement, dès qu’on dit que la grossesse entrave, les gens nous disent qu’on se victimise. Moi je suis ambivalente, je parle du bonheur incommensurable mais aussi du côté écrasant, je parle des 2 aspects. Ça demande une plus grande réflexion d’aborder la grossesse, quand on est féministe. Déjà parce que la grossesse suit la matrice du patriarcat selon laquelle la femme reste à la maison. Mais aussi parce qu’objectivement, le féminisme est très embarrassé avec la question de la grossesse, car la première vague a permis aux femmes de ne justement pas être mère avec la contraception, l’avortement… Seulement aujourd’hui, le féminisme doit aussi aider les femmes à être enceinte de manière juste. Je pense qu’il faut créer un nouveau modèle de parentalité. Ma culture féministe, c’est ce qui a rendu l’écriture de mon livre passionnant. Je me trouvais à un point de jonction entre l’intime et le politique, et j’ai essayé d’en rendre compte. Le livre est d’ailleurs en écriture inclusive, et en faisant cet exercice, je me suis rendue compte que ce n’est pas du tout un effort supplémentaire, finalement. On doit juste penser à tout le monde. 

 

Dans In Carna, je raconte mes 3 grossesses. Je veux éviter la caricature, être dans la nuance. Je parle du fait qu’en tant que femme, on a envie de rester libre, non d’être une esclave domestique, même après la grossesse. Quand c’est un couple, la question du conjoint est très importante. Dans le couple hétérosexuel, la réflexion ne peut pas venir seulement des femmes. L’éthique de la parentalité est complètement à repenser. Pour inclure les hommes il faudrait aborder une éducation non genrée lorsqu’ils sont enfants, redéfinir la virilité, il faudrait que le fait de s’occuper de l’autre ne soit plus féminin. Le débat de société doit continuer, la loi doit changer. C’est pour ça que la grossesse m’intéresse : comme elle a lieu dans le corps des femmes, cela ne justifie pas qu’elles soient les seules à en avoir la responsabilité. La dépense maternelle est déjà tellement énorme que tout le monde s’en remet à la mère pour s’occuper de l’enfant.  Mais les mamans donnent déjà beaucoup pendant la grossesse. C’est pourquoi j’aimerais que les hommes lisent aussi ce livre, qu’ils assurent leur part et qu’ils prennent même plus de charge que les femmes en post-partum. Car depuis des siècles, on ne leur demande pas de s’occuper du nourrisson et les mères sont épuisées dans le post-partum. Et c’est en ça que la grossesse est très politique : elle essentialise énormément les femmes.

 

La découverte

Je suis tombée enceinte après plus d’un an d’essai. C’est frustrant et j’en parle dans mon livre. Si j’étais tombée enceinte immédiatement, j’aurais moins écrit. Mais j’ai dû soulever tout un tas de questions. Il y a une frustration qui devient une colère quand on n’y arrive pas. Une souffrance secrète, silencieuse, on est obnubilé par ça mais ça ne se voit pas. Mon partenaire était très empathique mais on reste deux corps distincts, et comme ça avait lieu dans mon corps, je prenais plus le poids de cette frustration que lui, du moins au tout début, je l’ai ressenti. En échangeant, la frustration se répartit équitablement. Il y a un sentiment d’injustice, du fait d’avoir pris une contraception toute votre vie pour vous en protéger, et que d’un coup vous le vouliez et que ça ne vienne pas c’est presque absurde. Quand j’ai su que j’étais enceinte, je l’ai directement annoncé à mon conjoint. Je ne suis pas très “mise en scène”, c’était juste un moment de joie. Les amis très proches je leur ai dit très vite. La famille, j’ai dû attendre un ou deux mois. Mais socialement, au travail, ça ne m’a pas dérangé de le dire. Je ne voulais conscientiser ce qui était en train de se passer tout de suite, d’abord intimement et ensuite l’annoncer au monde. 

 

La grossesse

Globalement tout s’est très bien passé. Pas de problèmes particuliers. J’ai eu des saignements qui étaient sources d’immenses inquiétudes car le spectre de la fausse couche rode. On oscille entre la joie et l’inquiétude. Je me sentais bien informée, les sages-femmes sont extraordinaires. Simone de Beauvoir disait qu’on avait tellement dit aux femmes qu’elles auront envie de fraises, qu’on s’attend à avoir des attentes, mais en fait non. Donc on ne sait pas si c’est une réelle attente ou si ce n’est pas une construction dans la tête. Il y a une réalité du corps quand même, la fatigue et la nausée. Pour le sexe, on a voulu le savoir tout de suite, aux échographies. L’attente vis à vis du sexe est tellement construite et subjective à la société, à la culture. 

 

La rencontre 

C’était un mélange d’excitation, d’envie, et de panique et peur. Le moment où on sait que ça va arriver, on a tellement envie d’y être, on trouve ça génial. Le premier surtout, on ne sait pas à quoi s’attendre. L’envie de rencontrer l’enfant est folle. Dans mon livre, je parle de la péridurale. Moi, je la voulais, et le corps médical m’a dit que j’allais pouvoir m’en passer. Il peut y avoir quelque chose de culpabilisant. Je ne comprends pas l’injonction tacite qu’il y a à essayer de convaincre les femmes à se passer de la péridurale, alors que c’est un immense progrès. La notion de mérite me dépasse complètement. Est-ce qu’on a moins accouché parce qu’on accouche avec une péridurale ? Il y a l’idée de la performance, du rite de la féminité, comme la guerre pourrait être une épreuve de la virilité. Moi je crois que moins une femme souffre mieux elle vit son accouchement. Personnellement, j’ai eu la péridurale au dernier moment et j’ai eu l’impression de mourir de douleur.  Elle n’empêche pas les sensations en plus, si elle est bien faite ! J’aimerais bien que la question de la péridurale fasse partie du grand ménage des vieilles valeurs. Ça doit être un choix libre et il ne peut pas l’être s’il est valorisé comme un choix plus naturel. Il faudrait pulvériser cette idée.

 

La maternité

Ça change tout pour l’organisation logistique de l’existence. On en revient à la répartition des tâches. Il y a un raz de marée pragmatique, il faut penser à tout, nourrir, vêtir, veiller à la santé, faire les courses… La préoccupation très belle et permanente d’être responsable de la vie d’un enfant. On comprend d’un coup qu’on est le tout d’un être. L’enfant ne veut que vous, il vous aspire, vous dévore. C’est très beau et terrifiant. C’est ensuite l’histoire d’une séparation car il faut l’aider à partir, à aller vers le monde. Il y a de nouvelles sensations chaque jour. Ce qui ne change pas, en revanche, c’est qu’on est un être qui n’est pas seulement un parent. Cette cohabitation de ses désirs propres avec le fait qu’on a maintenant une famille, c’est aussi une vraie question. Ne pas être annihilé, englouti, par ça, d’autant plus pour les femmes. Ça a exacerbé ma révolte à l’égard de l’injustice. J’ai développé une hypersensibilité à tout ce qui touche les être humains vulnérables, comme les enfants. On ne peut pas imaginer ce que c’est que de voir un être grandir, le voir construire sa propre identité. Ma petite a 2 ans et demi, c’est un travail de s’occuper de quelqu’un. Le fait d’avoir 3 filles a renforcé mon envie qu’elles vivent dans un monde égalitaire. Elles sont très sensibilisées à l’école par l’éducation genrée. On en parle beaucoup, de la condition des êtres humains. 

 

Le conseil que Caroline aurait aimé recevoir avant

Personnellement, je n’ai pas aimé recevoir de conseils qui venaient de tous les sens. Il n’y a pas de normalité, pas de voie idéale. Il faut que chacune se fasse confiance, comme elle peut. En revanche, j’aurais aimé me rendre compte qu’il est important de partager, de discuter.

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