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Pour ma maman, cette future grand-mùre
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Tout a commencĂ© il y a deux ans. Mon mari et moi avions pris la dĂ©cision d’avoir un bĂ©bĂ© !

Tout Ă©tait rĂ©uni : le mariage Ă©tait passĂ©, les travaux de la maison achevĂ©s et aprĂšs de longues Ă©tudes, la situation professionnelle Ă©tait stable. Nous pensions alors qu’il ne pouvait y avoir de meilleures bases pour accueillir un enfant.

Bien sĂ»r, folle de joie et persuadĂ©e que, comme ma mĂšre, je ferais un bĂ©bĂ© sans problĂšme, je me hĂątais de lui annoncer notre projet. Elle voulait tout savoir tout de suite, ne voulant pas en rater une miette. Pas question d’attendre les « trois mois » pour partager mes Ă©motions avec elle.

Mais malheureusement, mes deux premiĂšres grossesses se sont soldĂ©es par de fausses couches Ă  presque trois mois. Faute de joie, je lui confiais ma peine, mes inquiĂ©tudes. Le rĂȘve devenait cauchemars, angoisses, … un parcours du combattant. Mais ma mĂšre Ă©tait prĂ©sente, un pilier qui me soutenait sans faille.

Le temps passait. VoilĂ  qu’arrivent le mois de juillet et les vacances- temps propice Ă  l’oubli et Ă  la rĂ©ussite de ce genre d’entreprise dit-on. Il en serait autrement.

Jamais deux sans trois. La troisiĂšme catastrophe, ma mĂšre faisait une rĂ©cidive de cancer du sein, dix ans aprĂšs. Elle devait commencer les chimiothĂ©rapies sans tarder ! En effet, avec mes mĂ©saventures, elle avait nĂ©gligĂ©e ce sein qui durcissait et changeait d’aspect. Il n’y avait plus de temps Ă  perdre


Et voilĂ  notre hypothĂ©tique bĂ©bĂ© relĂ©guĂ© au second plan. Ma vie de femme mise entre parenthĂšse, je redevenais la petite fille qui a peur que sa maman l’abandonne. Comment envisager devenir mĂšre Ă  mon tour dans ces conditions ?

La vie est ainsi faite lorsque ma troisiĂšme grossesse dĂ©bute au mois d’octobre, avec la joie que j’en ressentais. Mais pas de petit nuage sur lequel me laisser porter, pas de cloches qui sonnent, rien de transcendant.

Juste une autre frayeur qui m’envahissait devant l’état de ma maman qui ne faisait qu’empirer : des mĂ©tastases pulmonaires, osseuses et cĂ©rĂ©brales pourraient-elles l’empĂȘcher de voir le petit bout que nous avions tant attendu ? La date du terme devenait pour ma mĂšre un prĂ©cipice. Son but Ă  elle ? Ne pas y penser pour ne pas succomber Ă  la maladie aprĂšs cette date buttoir.

Du coup, elle m’ignora totalement les six premiers mois. Quelle dĂ©convenue, nous qui rĂȘvions de faire les boutiques de femmes enceintes ensemble, de dĂ©corer la chambre ensemble, etc. Elle ne me posait aucune question, ne faisait aucune remarque sur mon Ă©tat.

J’ai longtemps ressenti cela comme quelque d’injuste, d’égoĂŻste et presque mĂ©chant de sa
part. Je sais qu’elle a bien d’autres soucis mais c’était plus fort que moi : je lui en voulais. Quelle dĂ©sillusion ! Je n’étais plus la petite fille qui comptait plus que tout pour elle. Et non, face Ă  la maladie et Ă  la mort, c’est son instinct de survie qui a pris le dessus.

Nous sommes aujourd’hui au mois d’avril, les traitements ont eu raison de sa belle chevelure brune frisĂ©e, de ses sourcils, de son charisme mĂȘme. C’était une femme de tĂȘte, mĂȘme un peu autoritaire, battante et indĂ©pendante. Maintenant elle est maigre, frĂȘle, fragile, courbĂ©e, lente Ă  se mouvoir, une moitiĂ© du visage paralysĂ© rendant mĂȘme l’alimentation difficile sa voie est diffĂ©rente, aussi.

Lorsque j’arrive Ă  me centrer sur mon bĂ©bĂ©, je m’interroge : que ressent-il de mes frayeurs, de mes peines, de mes pleurs ? J’ai peur de l’angoisser, de le rendre taciturne de nature.

Comment devenir maman si la mienne me quitte ? Sur qui me reposer et qui me conseillera ? Et si mon bĂ©bĂ© ne connaissait jamais sa grand-mĂšre ? Quelles consĂ©quences cela aura-t-il sur son Ă©quilibre ? J’adore ma belle-famille mais ce n’est pas mon histoire, pas mes racines ni mon tempĂ©rament.

J’ai peur de tout et de rien, le sol s’effondre sous mes pieds et le ciel me tombe sur la tĂȘte.

Le pire c’est qu’aujourd’hui ma mĂšre me parle de succession, mais je ne comprenais pas oĂč elle voulait en venir ? Pour moi, c’était la gĂ©nĂ©ration suivante, la filiation. L’hĂ©ritage c’était
tous les jeux, les chansons, les savoir-faire qu’elle allait apprendre à ses petits-enfants. Pas une procuration sur son compte, ni de savoir qui de mon frùre ou moi aura son armoire ancienne


Je voudrai qu’on rende la santĂ© Ă  ma maman et qu’on me la laisse longtemps


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