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AllĂŽ Maman et Papa, ici Manon !

Mon fils a six ans ; les annĂ©es ont passĂ© et j’ai mis du temps Ă  donner un deuxiĂšme enfant Ă  mon mari. Je le regrette un peu, mais l’essentiel est que notre petite famille est en pleine forme et heureuse.

Voici ce que pourrait Ă©crire ma petite fille :

Ils en ont mis du temps, mais je suis enfin lĂ  ! Nous sommes au mois de mars 2006, Maman a plus de quatre jours de retard et son espoir est grand car elle est rĂ©glĂ©e comme une horloge. Et puis, il y a prĂšs d’un an qu’elle n’a plus utilisĂ© de contraception.

Ce matin-lĂ , elle se prĂ©cipite Ă  la pharmacie. Son espoir sera anĂ©anti dans les heures qui suivent. Elle y croyait tant ; mais la bande est restĂ©e blanche ! Le mois suivant, l’histoire se rĂ©pĂšte mais cette fois, c’est parti : mon voyage a commencĂ©. Maman est folle de joie, Papa aussi, mais il veut la confirmation du laboratoire. Il y a si longtemps qu’il m’attend !

Ma venue est confirmĂ©e, j’ai 15 jours in utero. Mes parents attendent la fin du troisiĂšme trimestre pour se rĂ©jouir d’avantage et annoncer la nouvelle Ă  mon grand frĂšre. Les semaines dĂ©filent et moi, je fais mon p’tit bout de chemin.
Maman vit cette grossesse diffĂ©remment, elle part au travail l’air barbouillĂ© Ă  cause des vertiges et des nausĂ©es
 Toutes les visites chez le docteur se passent bien mais Ă  partir du cinquiĂšme mois, grosse fatigue. Une complication est dĂ©celĂ©e ; si Maman ne se repose pas davantage, mon voyage risque d’ĂȘtre plus court que prĂ©vu, voire interrompu.

Verdict sans appel : repos forcĂ© et surveillance avec sage-femme. Ainsi, deux fois par semaine, Maman pouvait entendre, grĂące au monitoring, tout l’amour que j’avais dĂ©jĂ  dans mon p’tit cƓur battant. L’étĂ© laisse place Ă  l’automne- je me fais belle, le grand jour se rapproche, comme l’hiver. Maman va mieux, le repos lui est bĂ©nĂ©fique, mais toujours imposĂ©. Il va falloir Ă©crire au PĂšre NoĂ«l.

Est-ce qu’il va penser Ă  moi, bien que mon arrivĂ©e soit pour le 24 janvier 2007 ? Oui, il a pensĂ© Ă  moi et tant mieux car en fait, l’annĂ©e 2006 s’est achevĂ©e de maniĂšre inattendue. J’ai poussĂ© mon premier cri Ă  la maison, Maman n’a pas eu le temps de se rendre Ă  la clinique. Je suis donc arrivĂ©e, avec prĂšs d’un mois d’avance, devant le sapin qui trĂŽne dans le salon de la maison!!! Maman m’avait demandĂ© de rester au creux de son ventre, de lui laisser passer NoĂ«l Ă  la maison.

J’ai respectĂ© sa demande, je me suis abstenue de jouer le petit JĂ©sus et je suis nĂ©e le 27 dĂ©cembre ! Tout est allĂ© trĂšs vite : le rĂ©veil habituel de Maman Ă  8h30, la prĂ©paration du petit dej … mais lĂ , il se passe quelque chose. Il est 8h40, Maman appelle Papa et lui dit que le moment est venu ; mon grand frĂšre doit s’habiller car il va aller chez pĂ©pĂ© et mĂ©mĂ©. Quelques minutes passent, la poche d’eau me libĂšre enfin et puis soudain, impossible que Maman s’habille- je suis lĂ  tout prĂšs ; Papa arrive, pĂ©pĂ© aussi.

Maman rĂ©alise qu’elle n’ira pas Ă  la clinique. Tout s’accĂ©lĂšre, sa douleur aussi, il est 9h00 : « AllĂŽ le 18, allĂŽ le 15 », la panique gagne.

Au tĂ©lĂ©phone, les secondes semblent des minutes. On fait rĂ©pĂ©ter Ă  Papa l’adresse, on lui demande l’état de Maman, on lui dit de ne pas quitter car on va lui passer un mĂ©decin. On lui dit de prĂ©parer des serviettes propres
 Maman est figĂ©e sur le canapĂ©, intransportable, Ă©tendue, le regard tantĂŽt fixĂ© au plafond tantĂŽt sur l’Ă©quipe des marins pompiers qui vient d’arriver et qui la prend en charge. Le rythme, la souffrance par vague… tout s’accentue.

Je suis lĂ , toute proche, je veux sortir !! OpĂ©ration « salon transformĂ© en salle de naissance ». Le mĂ©decin du Samu est lĂ , Maman a peur de perdre connaissance face Ă  la douleur ; il faut la gĂ©rer. La pĂ©ridurale ? Une blague Ă  ce stade : « C’est bien plus du courage qu’une anesthĂ©sie qu’il vous faut ».
Alors elle mord, elle hurle pour lĂącher les tensions et ne pas penser au pire. Et si cela se passait mal ? Quand cela va-t-il finir ? On s’affaire autour de nous : tension, cardio, perfusion,
 les uniformes bleues marines semblent valser avec les blouses blanches au rythme de la sirĂšne des vĂ©hicules de REA qui bloquent la rue en bas de la maison. Maman a le tournis avec tout ce monde.

C’est fini : il est 9h40 ! Ça y est, je suis lĂ , bien vive et je crie presque aussi fort que Maman. Les larmes sur les joues de Maman se mĂȘlent Ă  celles de Papa, qui nous couvre de baisers. On me nettoie un peu et me place dans une couverture de survie et on me pose sur Maman pour rĂ©chauffer mes 2kg 600 d’amour. Il s’est produit quelque chose, la douleur ? DĂ©jĂ  oubliĂ©e, ma naissance est un souvenir inestimable !

AprĂšs un court sĂ©jour en clinique, nous sommes toutes deux rentrĂ©es Ă  la maison en pleine forme. Et petite confidence sur ma venue au monde : je voulais moi aussi pouvoir fĂȘter la nouvelle annĂ©e, mais dans les bras de mes parents et couverte de bisous de mon frĂšre !

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