Depuis le début de semaine, la polémique fait rage. Et finalement si ça n’était qu’un ballon de baudruche facilement dégonflable ? Sans s’enflammer trop vite, Neuf Mois a enquêté sur cette composition qui poserait problème. Voilà le résultat de nos recherches sur les fameux HAP cancérigènes qui squateraient ces couches.
Les couches Pampers contiendraient des traces d’hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) cancérigènes. Mais qu’est-ce que c’est donc que ces bestioles ?
Les HAP, c’est un peu tout le monde : ce sont des composés chimiques qui se forment suite à une combustion incomplète ou une décomposition de la matière organique par la chaleur (Sources Inserm). Autrement dit il y en a partout autour de bébé : dans les produits alimentaires mais aussi dans l’air ambiant (cuisson, barbecue, tabac, bougies ou encens, diesel…), dans l’eau, sur un certain nombre de surfaces (eh oui, la table à langer par exemple…). Qu’il y en ait dans les couches est donc une probabilité, mais pas que chez Pampers, forcément…
Les HAP sont-ils dangereux ?
C’est comme l’alcool, le chocolat, les médicaments, l’ignorance : ça dépend à quelle dose ! Les HAP sont régis par une réglementation européenne (REACH) extrêmement stricte : pas plus de 1mg/kg. sauf pour les produits concernant les enfants, pour lesquels le seuil est abaissé à 0,5 mg/kg.
Il n’y a pas qu’un seul HAP
On l’a dit plus haut, les HAP c’est un groupe de composés chimiques bien distincts les uns des autres. Ils ont tous un nom de baptême en général assez imprononçable (par exemple benzo anthracène). Chacun d’entre eux est classé en fonction de sa dangerosité. Ainsi, le magazine Que Choisir (ndl n°533) avait bien trouvé des HAP en petites quantités dans la moitié des marques de couches qu’il avait testées, mais « bonne nouvelle, écrivait alors notre confrère, en quantités infimes et aucune couche ne contient les 8 HAP les plus dangereux ». Le magazine de l’Union de Consommateurs Que Choisir précise avoir pénalisé dans son analyse une marque, car la somme des HAP repérés atteignait 0,81 mg/kg soit beaucoup plus que le seuil maximal de 0,5 mg/kg toléré. Et, scoop… ce n’était pas Pampers !
Y a-t-il des HAP dans les couches Pampers ?
Dans un communiqué de réponse à la polémique, la marque dit que non. Qu’elle n’utilise rien qui peut provoquer cela. En revanche, comme on le disait plus haut, les HAP sont partout, dans l’air ambiant, etc… Donc les HAP peuvent très bien venir d’ailleurs et se déposer dans les couches, comme sur le sol, sur le tapis de la table à langer, etc… De fait, les tests du laboratoire indépendant SGS menés sur les couches Pampers révèlent bien la présence de 2 HAP en quantité infime (0,194 mg/kg et 0,185 mg/kg) sur les élastiques mais, bonne nouvelle de nouveau, il s’agit de composés chimiques classés 2A, c’est-à-dire dans la catégorie « supposée cancérigène ».
Si ces composés étaient vraiment cancérigènes à coup sûr, ils seraient classés en 1A (Sources Centre international de recherches sur le Cancer et Inserm). Quid du petrolatum, le nouveau mot qui fait peur à beaucoup de parents, et qui est présent dans les couches Pampers ? « Le pétrolatum, explique le Pr Daniel Hohl, dermatologue en Suisse et ancien Président de l’Association Européenne de Dermatologie Pédiatrique, est le nom anglais de la vaseline, qui est un dérivé du pétrole. Autrefois, on utilisait de la vaseline jaune, laquelle pouvait en effet présenter des problèmes sanitaires. Mais depuis des dizaines d’années, on utilise de la vaseline purifiée, appelée vaseline blanche. Cette vaseline, que l’on retrouve dans les couches Pampers – que j’ai par ailleurs étudiées en qualité d’expert indépendant participant à un comité scientifique pour une étude internationale (Europe, Chine, Etats-Unis) sur les couches jetables en 2015 – est un produit inerte, absolument sans danger. Quand j’ai un patient qui arrive avec une allergie que je n’ai pas encore identifiée, j’utilise en première intention la vaseline blanche pour traiter l’eczéma parce que c’est le seul produit dont je suis certain qu’il ne provoquera pas de réaction néfaste. Ce produit est aussi utilisé en néontalogie sur des nouveaux-nés quand on a besoin d’un produit occlusif. »
Et pour la petite histoire en passant, en cas de circoncision chez un jeune enfant, c’est aussi la vaseline qui est utilisée en cataplasme sur le sexe opéré pour favoriser une bonne cicatrisation pendant les premières semaines après l’opération. Dans les couches, le petrolatum est utilisé sous forme de lotion pour adoucir le contact du matelassage de la couche sur le siège et prévenir les éventuelles irritations. D’ailleurs, selon le Pr Daniel Hohl, la santé dermatologique des bébés au niveau du siège s’est plutôt améliorée grâce à la qualité des couches jetables. « J’exerce la dermatologie depuis trente ans et je constate de manière générale beaucoup moins de dermites de contact aujourd’hui qu’au début de ma carrière. Certes, il peut y avoir des réactions allergiques chez quelques enfants, mais cela tient beaucoup à la sensibilité de la peau de l’enfant et à d’autres facteurs, telle que l’acidité des selles, les produits de soin utilisés, la fréquence de change, etc… »
Bref, l’alerte que présupposent les résultats des tests du laboratoire SGS semble ne reposer sur rien de réellement avéré. Juste sur un risque supposé… Ceci étant, l’argument de l’Asef (Association santé environnement France), relaté par Le Parisien, peut être jugé recevable par beaucoup de jeunes parents : sa directrice, Ludivine Ferrer, reconnaît que les taux relevés « sont conformes à la réglementation » mais que « même détectés au niveau de simples traces, c’est déjà moralement trop ».
Reste quand même la question qui fâche et qui ferait passer toutes les marques de couches pour des petits joueurs dans la cour des produits dangereux : quid de tous les composants cancérigènes qui entourent l’enfant de sa naissance à sa majorité (wifi, bonbons industriels, plats industriels, fruits, légumes, viandes et poissons non bio….) et qui n’ont rien à voir avec les couches dont l’usage est, de plus, limité à trois années ?
HAP : alerte sanitaire ou coup de pub ?
A chacun d’en juger à la lueur des faits ci-dessus expliqués. Les couches bio présentent en moyenne plus d’ingrédients naturels que les couches classiques, mais elles sont aussi souvent plus chères et facilitent moins la motricité du bébé que les couches Pampers (puisque ce sont celles mises en balance dans le test SGS Pampers vs Love&Green) qui ont évolué depuis les années 2000 vers toujours plus de finesse pour moins d’entraves aux mouvements. L’achat bio est un acte militant ou simplement un principe de précaution : deux choix totalement respectables, mais cela ne fait pas des produits non bio (respectant la réglementation européenne) le nouveau choléra à éradiquer, comme nous l’a expliqué le Pr Daniel Hohl.
Le ton alarmiste de la polémique lancée, revu à la lumière de l’analyse des tests indépendants et de la réglementation, semble servir surtout les arguments marketing du lobby du bio. Mais on ne peut que donner acte à Love&Green comme à l’Asef de leurs fortes convictions écologiques. Bien utiles aussi, il faut le reconnaître, pour faire avancer la réglementation vers plus de sécurité sanitaire quand la situation l’exige.
Crédit Photo : Pampers
